Préavis de grève en front commun pour tout le non-marchand

Préavis de grève en front commun pour tout le non-marchand

Les secteurs de l’aide à domicile, aux personnes handicapées ou bien encore de l’aide à la jeunesse, tous ont souffert de la crise sanitaire. Délaissés et relégués au second plan, ils auront souvent dû gérer leur travail et leurs craintes face au coronavirus avec les moyens du bord. Les négociations entre le gouvernement et les syndicats pour une revalorisation des salaires et de l’attractivité du secteur hospitalier poussent les représentants des travailleurs à aller encore plus loin, pourquoi pas en élargissant ces discussions de revalorisation avec toutes les filières. L’objectif ? La mise en place d’un New Deal du Non-marchand.

Le constat est simple. Le secteur du non-marchand a été très largement impacté par la crise sanitaire liée à la pandémie. Seulement, toutes les filières n’ont pas été traitées de la même manière par les instances politiques. Il aura évidemment fallu prioriser la distribution de matériels de protection. Si les hôpitaux les ont reçus en premier, d’autres professions, comme par exemple les infirmières à domicile ou les aides médicales ont dû attendre et parfois se débrouiller comme elles le pouvaient.

Les aides à domicile sont globalement : « Une force de travail très féminisée, très précarisée, et très dévalorisée - salaires bas, horaires difficiles, manque d’opportunités d’évolution professionnelles », comme le décrivait Chiara Giordano dans une interview réalisée par nos soins. Néanmoins, et indépendamment de leurs statuts : « Les travailleuses à domicile qui s’occupent des personnes âgées se sont retrouvées en première ligne et ont joué un rôle central » faisant face à des conséquences importantes. Elles ont « dû gérer la pression du caractère ‘vital’ de leurs prestations pour les bénéficiaires ». Le tout sans avoir le matériel adéquat à disposition.

Des filières délaissées

Pour le secteur du handicap, le confinement a été très compliqué. Pour les associations s’occupant de personnes en situation de handicap, il aura fallu s’adapter. Soit en garantissant la sécurité des résidents dans les centres d’accueil, mais cela se matérialisait souvent par une absence de contact préjudiciable pour un public qui en a tellement besoin. Soit en accompagnant, en écoutant, en guidant, en conseillant les familles qui avaient choisi de s’occuper de leur proche durant le confinement. Il fallait également veiller à ne pas couper du monde ces personnes en situation de handicap. Par ailleurs, la fermeture de la majorité des cabinets de logopédies, kinésithérapie, psychomotricité laissaient les familles et les centres d’hébergement dans des situations compliquées. Un manque d’entretien physique, de contacts sociaux et de stimulation intellectuelle aura surement eu comme impact pour certaines personnes handicapées une forme de régression ou en tout cas une absence de progrès. Enfin, là aussi, le secteur a manqué de moyens de protection pour s’occuper de la meilleure des façon de son public.

Du côté de la petite enfance, la situation n’était pas tout rose non plus. Béatrice Minne, éducatrice au sein d’un SRG/SASPE, soit un service résidentiel spécialisé dans la petite enfance, témoignait en mars de son quotidien sur notre site. « Aujourd’hui, je suis en colère de la violence que me renvoient les médias, que me renvoient mes connaissances, que me renvoie la radio… que me renvoient les responsables de mon secteur. A nous les ignorés du système, ceux dont personne ne parle alors que travaillant avec une surcharge de travail énorme et avec un public fragilisé et/ou porteur sain nous n’avons aucune protection. Pas de gants, pas de masques, pas de gels, pas d’aide, pas un mot… Ni pour eux, ni pour nous. On enchaîne les heures, les jours, les nez à moucher, les câlins, les bisous, le confinement… 10, 15, 20, 30 enfants ensemble h24. Et nos familles, nous ne sommes pas proches d’elles et pourtant nous leur faisons courir un risque réel. Et quand on ne sera plus assez pour fonctionner ? Que feront-ils ? Mais de notre secteur on ne parle pas. On n’en parle jamais. On en parle que pour ragoter lorsqu’il y a un gros incident. Et pourtant 98 % du temps tout va bien. On fait partie de ces métiers dont la société a besoin, mais ne veut pas savoir qu’ils existent, les parents pauvres. »

Ces témoignages sont autant de raisons pour les syndicats d’intervenir. Pour demander que ces métiers soient enfin reconnus à leur juste valeur. Qu’ils aient enfin les moyens d’être menés à bien.

Vers un New Deal du non-marchand ?

Yves Hellendorf, secrétaire national de la CNE, résume ce ressenti, transversal dans le secteur : « Quelques professions ont été érigées en héros, comme les infirmières hospitalières. Beaucoup trop d’autres ont été traitées différemment, ont reçu du matériel médical tardivement. On parle ici d’infirmières à domicile, d’aides médicales laissées sans directives ni matériel. Ces professionnelles dont on n’a pas assez parlé méritent la même chose que les autres. »

Il faut dire que les fonctions collectives sociales et de santé ont été délaissées pendant des années. Les représentants syndicaux attendent des réactions concrètes, une volonté d’agir claire. Les professionnels ont besoin de reconnaissance et de valorisation. D’où la naissance de cette idée de New Deal du Non-marchand. Hellendorf explique : « Le secteur du non-marchand est financé par l’Etat et les bénéficiaires. Il existe un équilibre entre ces deux sources de revenus. Or, pendant des années, nous avons assisté à une réduction de la participation de l’Etat, contre une augmentation de la participation des bénéficiaires, donc des citoyens. Elle passe soit par une forme directe, de la poche des patients, ou indirectement, via les assurances. »

C’est pourquoi, en clair, les syndicats attendent de l’Etat qu’il réinvestisse dans le secteur : « Il faut un nouveau pacte, un nouvel accord avec un réinvestissement de l’Etat. Que ces derniers garantissent un accès plus égalitaire aux services de santé, et une meilleure qualité dans les soins », réclame le secrétaire national de la CNE. La boucle est bouclée. C’est là qu’intervient le lien avec les négociations entre instances politiques et syndicats du personnel hospitalier. Une meilleure attractivité du secteur, une revalorisation salariale… ce sont autant d’objectifs que se fixent les représentants syndicaux de toutes les filières du non-marchand.

Pourquoi ? Car il faut éviter une commercialisation des secteurs de la santé et du social, à l’image de ce qu’il se passe dans les maisons de repos. Yves Hellendorf l’affirme : « Il faut éviter la commercialisation et la mainmise de grands groupes multinationaux sur ces secteurs. On le voit avec les maisons de repos ou nos seniors payent une fortune. Il faut éviter à tout prix une généralisation de cela à toutes les filières du non-marchand ». En effet, cette commercialisation viendrait largement handicaper le contribuable, et toutes les forces vives officiant dans le secteur du non-marchand.

C.D.



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