Secteur du social en crise : guide de survie du travailleur

Manque de moyens, pénurie de travailleurs, pressions accrues sur l’efficacité et le résultat, complexification des demandes, charge administrative… Le secteur du social est en crise en Belgique. Dans ce contexte, comment survivre en tant que travailleur social ? Comment trouver du sens à son métier, préserver sa santé mentale et physique, rester motivé ?
Le Guide Social vous donne les principales clés de la résilience dans ce guide de survie.
Un rapide résumé : pourquoi le secteur du social est-il en crise ?
La crise que traverse le secteur social se traduit par plusieurs difficultés structurelles et professionnelles.
D’une part, l’augmentation des situations de vulnérabilité, le manque de moyens et la complexification des procédures administratives augmentent la charge de travail des professionnels du secteur, dans un contexte de pénurie du métier. Les travailleurs font les frais de pressions institutionnelles grandissantes pour des résultats rapides et quantifiables, tout en ayant des ressources limitées.
Par ailleurs, les travailleurs du social font également face à une dérive du cadre institutionnel. La politique d’activation des demandeurs d’aide induit un renforcement du contrôle et limite la marge de manœuvre des accompagnants.
Enfin, les services sociaux sont aujourd’hui victimes d’une gestion "utilitariste" qui favorise une certaine idée de l’efficience, laquelle peut se réaliser au détriment du suivi humain et de la relation d’aide. [1]
Difficile, dans ces conditions, d’échapper à un certain sentiment d’impuissance, à la démotivation, voire à l’épuisement professionnel.
Lire aussi : Travailleur social : "Retrouver le sens premier de notre métier"
Quels sont vos droits et acquis sociaux face à la pression ambiante ?
Avant tout, il est important de connaître vos droits afin de les faire respecter le cas échéant. Fort heureusement, vous pouvez encore compter sur le droit du travail et les conventions collectives pour vous aiguiller dans le domaine.
Qui est responsable des conditions de travail en rapport avec la santé mentale ?
Le stress et, dans le pire des cas, le burn out, sont aussi liés aux conditions de travail et donc, sont la responsabilité de l’employeur. Si vos conditions de travail sont délétères à votre santé mentale, l’employeur a l’obligation de prendre des mesures préventives afin d’éviter l’aggravation de la situation et doit également mettre en place des aménagements.
Pour en savoir plus, consultez le site du SPF Emploi, travail et concertation sociale.
En cas de question, consultez votre commission paritaire !
La commission paritaire du secteur est la CP 332. Il s’agit de votre meilleure alliée pour savoir si vos droits en tant que travailleur sont respectés. Consultez ses détails et ses mises à jour sur le site de la Fédération des associations sociales et de santé.
Quelles sont les aides disponibles en cas de besoin ?
Vos droits au travail ne sont pas respectés ? Vous êtes dans une situation propice au burn out ? Vous avez dans ce cas plusieurs ressources.
- La Fédération des associations sociales et de santé vous informe et vous conseille.
- Les syndicats : vous y affilier vous donne accès à de l’aide, des ressources et du soutien dans vos démarches.
- Le site Emploi Belgique contient de nombreuses informations légales utiles.
Lire aussi : Les différentes commissions paritaires du social et de la santé
Quelles stratégies mettre en place pour survivre au quotidien ?
On ne va pas se mentir, si les commissions paritaires et les syndicats sont des acteurs primordiaux pour défendre vos droits, la crise que traverse le secteur du social est multifactorielle et ne sera pas réglée rapidement.
En attendant, vous devez- et nous l’espérons, souhaitez encore - travailler dans ce secteur. Pour y parvenir sans subir, voici quelques conseils.
Identifiez votre réseau de soutien au travail
Vos collègues sont vos meilleurs alliés. Si vous travaillez en équipe, le soutien de vos pairs est primordial. Identifiez qui, dans votre entourage professionnel, est en mesure de vous apporter du soutien. Créer et solidifier ce réseau vous permettra de lâcher du lest - que ce soit verbalement ou en déléguant en cas de besoin.
Afin de renforcer ce réseau, veillez à ce qu’il puisse vous apporter plus que du soutien administratif. La capacité à se soutenir émotionnellement peut vraiment faire la différence.
Apprenez à poser vos limites
Vous exercez un métier à impact et il est normal de vous sentir investi d’une responsabilité envers vos bénéficiaires ou vos collègues. Cependant, votre bien-être et votre santé sont aussi un enjeu, aussi précieux que celui des personnes avec qui vous travaillez. Et là, vous seul.e pouvez écouter vos besoins.
Respecter vos horaires de travail - notamment la pause lunch - et ménager des temps de concentration (sans interruption) est important pour rester opérationnel.
De même, savoir déconnecter et mettre le travail derrière soi en fin de journée peut s’avérer compliqué, mais est pourtant bénéfique sur le long terme.
Face aux situations difficiles et au stress au travail, protégez-vous. Savoir déconnecter complètement et profiter pleinement de sa vie privée est probablement la pierre angulaire du bien-être au travail dans un secteur sous tension.
Investissez votre vie privée : projets avec des amis, de la famille, ou projets personnels. En-dehors du travail, nourrissez-vous de moments enrichissants.
Lire aussi : Travail dans le social : comment concilier vie professionnelle et vie privée ?
Adaptez votre organisation de travail
Structurer et prioriser vos tâches est essentiel pour éviter la surcharge mentale. Voici quelques pistes que vous pouvez tester.
- Identifiez vos missions essentielles et concentrez-vous sur celles qui ont le plus d’impact.
- Utilisez des applications de gestion du temps pour organiser efficacement votre travail.
- Dites non aux tâches qui dépassent vos capacités.
- Privilégiez une gestion de votre énergie plutôt que simplement votre temps : planifiez les tâches complexes aux moments où vous êtes le plus concentré.
- Intégrez des pauses régulières à votre journée : la technique Pomodoro (une pause de 5 minutes par tranches de travail de 25 minutes) ou de courtes respirations entre deux interventions peuvent vous aider à maintenir un rythme soutenable.
Développez votre boite à outil de gestion du stress
Le stress continu a un impact reconnu sur la santé physique et mentale. Intégrer la gestion du stress dans votre vie quotidienne est donc une priorité si vous faites face à des challenge au quotidien..
Les exercices de respiration, comme la respiration carrée, ou la cohérence cardiaque, peuvent vous aider à agir directement sur le stress physiologique en envoyant à votre corps un signal apaisant.
Écrire vos frustrations dans un journal, pour vous vider la tête, peut également être une bonne idée. Cela permet généralement de prendre de la distance avec les pensées plutôt que de les laisser tourbillonner, prendre toute la place et nous déconnecter du présent.
Dans le même ordre d’idée, la méditation a prouvé ses bienfaits en matière de gestion du stress. En nous ramenant au présent, la méditation est une pratique - parmi d’autres - qui permet de prendre du recul et de revenir à soi et à ses valeurs.
Petite astuce : avoir l’impression que les pensées s’emballent et qu’une méditation de 15 minutes est interminable est normal, surtout au début ! Respirez. Détendez-vous et acceptez l’inconfort. Le plus grand bénéfice de la méditation parfois, c’est justement de se rendre compte à quel point nos pensées sont incohérentes - et donc arriver à y prêter moins attention.
Vous connaissez sans doute certaines des techniques proposées ci-dessus. Peut-être même les conseillez-vous à vos bénéficiaires. Mais vous donnez-vous l’occasion de les appliquer à vous-même ?
Prenez soin de votre "pourquoi"
Les métiers du social sont souvent des métiers choisis par passion et par engagement.
Durant cette période difficile, il est primordial de vous rappeler autant que possible pourquoi vous avez choisi cette voie.
Retrouver son "pourquoi" au quotidien
Malgré les dossiers qui s’accumulent et les situations difficiles dont vous êtes le témoin, pouvez-vous, à la fin de la journée ou de la semaine, mesurer un tant soit peu l’impact positif de votre action ?
Si c’est le cas, écrivez-le, répétez-le. Mettez l’emphase sur cette sensation d’accomplissement, car le cerveau a naturellement tendance à retenir plus facilement le négatif que le positif. Parfois, faire la liste du positif aide à renverser un peu la balance.
Investissez votre emploi autrement
Si votre quotidien professionnel vous pèse, est-il possible de le modifier un tant soit peu ? Pouvez-vous par exemple chercher à vous former pour étendre vos horizons ou rafraîchir vos connaissances ? Est-il possible d’agrandir votre champ d’action pour diversifier vos tâches ou encore, de vous engager dans une association qui vous permettra, en-dehors des heures de travail, de changer d’air et de retrouver du sens ?
Quand envisager un grand changement ?
Se sentir vampirisé par son métier, même s’il a un grand sens social, est tout à fait possible. Dans ce cas, vous pourriez envisager un changement d’horizon.
Cette solution peut prendre plusieurs formes :
- de la mobilité interne ou un changement de secteur
- un passage à l’indépendance
- une reconversion
Quelle que soit la décision que vous souhaitez prendre, sachez que cela vous prendra du temps et des efforts. Le temps de voir votre projet émerger, prenez avant tout soin de vous !
Et souvenez-vous : vous êtes loin d’être seul et la solidarité entre travailleurs est bien présente. Le secteur du social se mobilise pour changer les choses !
Quelques ressources intéressantes :
- Pour trouver des ressources légales : Pourquoi s’engager dans une union professionnelle ?
- Pour prévenir le burn out : Podcast : Alexandre, conseiller en prévention aspects psychosociaux : se préserver du burn-out
- Pour retrouver son "pourquoi" à travers un témoignage inspirant : "Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir autant d’impact dans la vie des gens"
- Si la reconversion vous intéresse :
[1] : Serré, A. et Vleminckx, J. (2016) . Contexte de crise en Belgique francophone : quelles marges de manoeuvre aux marges du social ? Le Sociographe, N° 55(3), 19-32. https://doi.org/10.3917/graph.055.0019.
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