Quels sont vos préjugés face aux troubles psychiques ?

Quels sont vos préjugés face aux troubles psychiques ?

Le mois passé, le service des urgences du CHR de Liège a mis en place un projet d’auto-évaluation au sein de son équipe pour la sensibiliser à ses propres stéréotypes sur les troubles psychiques. Certaines représentations sociales de ces troubles peuvent impacter la qualité de la prise en charge des patients.

Les personnes atteintes de troubles psychiques ont la vie dure. Dans notre société, elles ont tendance à être fortement stigmatisées par de nombreux acteurs (médias, politiques), même les professionnels de la santé peuvent y prendre part, affectant ainsi leur prise en charge. Le projet d’auto-évaluation du service des urgences de Liège, qui bénéficie d’un soutien de 15.000 euros par la Fondation Roi Baudouin, aide les professionnels à prendre conscience de leurs préjugés négatifs à l’encontre des troubles psychiques.

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Des dispositifs d’auto-évaluation efficaces

« L’accueil des patients avec des troubles psychiques était parfois difficile à gérer. La méconnaissance de ces problématiques générait un stress et des difficultés de communication, tant avec le patient qu’entre professionnels », reconnaît Maude Evrard, cheffe du service de Psychologie clinique au CHR, dans un article publié par la Fondation Roi Baudouin.

Les professionnels se sont donc vu demander quels étaient les cinq premiers mots qui leur venaient à l’esprit lorsqu’ils sont confrontés à un patient vulnérable psychiquement. La plupart des résultats, condensées dans des « nuages de mots » renvoyait à des caractéristiques négatives telles que le danger, l’agressivité et la manipulation. Par la suite, les professionnels, réunis en petits groupes pluridisciplinaires, se sont questionnés sur comment agir de manière neutre et collective dans une situation concrète notamment en se référant aux « frames » et « counterframes ».

Cet exercice n’a pas été réalisé que par les psychiatres et psychologues mais par l’ensemble des professionnels du secteur des urgences. En effet, « il faut que chacun – le psychologue, le psychiatre, le somaticien, l’infirmier… – puisse apporter son éclairage et communiquer des observations, des faits et des constats objectifs afin de permettre une prise en charge intégrée », souligne Maude Evrard avant d’ajouter : « Cette problématique s’observe aussi dans toutes les unités de soins. Si le projet mené au niveau des urgences est un succès, il devrait donc pouvoir être étendu à l’ensemble de l’hôpital. »

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Frames : voir les troubles comme un problème

En 2017, la Fondation Roi Baudouin avait déjà soutenu la création d’une brochure intitulée « Tous Fous ? Parler autrement de la santé mentale. » Destinée à sensibiliser les journalistes, politiciens et professionnels de la santé, cette étude expose les représentations sociales les plus courantes à propos des troubles psychiques à l’aide du concept des « frames » et « counterframes. »

Sont nommées frames, les représentations des troubles psychiques considérées comme problématisantes (c’est à dire qui offrent une vision des vulnérabilités psychiques avant tout comme un problème). Il en existe cinq :

- La peur de l’inconnu : le trouble psychique se caractérise par une imprévisibilité à l’origine d’une certaine méfiance car la personne concernée peut se révéler potentiellement dangereuse pour la société.

- La maîtrise de soi : le trouble psychique s’explique par un manque de contrôle et de volonté chez la personne qui s’inflige à elle-même un traitement autodestructeur.

Le Monstre : le trouble psychique renvoie à une force sombre et hostile qui s’empare entièrement de la vie de la personne, qui doit constamment être à l’affût et se battre pour sortir de cette spirale négative.

- Le maillon faible : le trouble psychique est la preuve d’une faiblesse et incapacité à suivre le mouvement et à répondre aux attentes de la société moderne.

- La proie facile : le trouble psychique est une construction à l’origine d’une industrie de produits pharmaceutiques, de thérapeutes et chercheurs qui profitent de la crédulité des patients.

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Counterframes : un rétablissement possible

Au contraire, sont appelées counterframes les représentations qui « déproblématisent » ces troubles. Opposées aux clichés et à la stigmatisation, ces approches se concentrent davantage sur un rétablissement possible. On en dénombre sept :

- La mosaïque : le trouble psychique correspond à l’extériorisation d’une sensibilité et d’une vulnérabilité mais n’en reste pas moins qu’un des nombreux traits de chaque personnalité.

- Le cas particulier : le trouble psychique est l’expression d’une compétence extraordinaire qui mérite une certaine attention sans pour autant que la personne concernée cherche à se distinguer à tout prix.

- La jambe cassée : le trouble psychique se rapporte à des problèmes physiques et physiologiques, qui objectivement diagnostiqués permettent un traitement ciblé et efficace.

- L’invité imprévu : le trouble psychique constitue un “invité” capricieux qui s’immisce dans le quotidien de la personne qui doit apprendre à être flexible et vivre avec.

- La longue marche : le trouble psychique représente une épreuve mais aussi l’opportunité pour la personne concernée, si elle fait preuve de ténacité et de résilience, de se redéfinir et d’évoluer.

- La faille : le trouble psychique est une réaction causée par des événements extérieurs et traumatisants. L’origine de la maladie, qui est démontrable, ne doit pas être refoulé mais exposé et compris à d’autres personnes.

- Le canari dans la mine : le trouble psychique représente un symptôme d’une société devenue trop exigeante et stressante, basée sur la concurrence et le perfectionnisme.

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Vers une communication nuancée

Si chaque frames et counterframes renvoient à de perspectives positives et négatives, il n’en reste pas moins que les counterframes permettent une meilleure prise en charge non stigmatisante. Cette catégorisation est donc primordiale pour évoluer vers une communication nuancée, c’est à dire une approche des troubles psychiques basée sur une non-stigmatisation et une compréhension neutre de ses fonctionnements.

Professionnels de la santé, vous êtes donc invités à vous familiariser avec ces différentes catégories de représentations et à vous questionner sur la manière dont vous considérez les troubles psychiques. Alors, à quelles catégories appartenez-vous ?



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