Le non-marchand, oublié du (dé)confinement

Le non-marchand, oublié du (dé)confinement

Ces derniers temps, nous avons entendu les cris de colère et de désespoir de nombreux indépendants menacés de faillite, mais aussi d’artistes et de gérants d’infrastructures culturelles, qui sont à l’arrêt et en grandes difficultés, avec une partie, voire la totalité, de leurs ressources financières amputées. Et bien, ce ne sont pas les seuls. Beaucoup d’acteurs du secteur non-marchand sont inquiets, leur survie est également en péril. Nous avons été les oubliés du confinement, et nous sommes encore les oubliés du déconfinement. Il faut dire que, pour bon nombre d’entre nous, les aides publiques n’ont été qu’un doux rêve.

Lorsque la crise sanitaire a frappé notre pays et que les mesures de confinement ont suivi, beaucoup de secteurs ont cessé leurs activités, en ce compris bon nombre d’acteurs du non-marchand. Et c’est parfaitement normal, la santé n’est pas à mettre dans la balance ! Parmi les acteurs du non-marchand qui ont cessé leurs activités, beaucoup sont actuellement en péril. En effet, nous sommes nombreux à n’avoir bénéficié d’aucune aide publique.

Une décision responsable

Dès les premières annonces alarmantes concernant l’augmentation exponentielle du nombre de cas de coronavirus dans notre pays, et avant même la décision de confinement, mon employeur a décidé que nous allions cesser nos activités. Cette décision a été prise dans le but de préserver la santé et la sécurité de tous, travailleurs comme bénéficiaires. En effet, nous faisons du travail à domicile. De plus, étant donné la nature même de notre travail (nous réalisons des dépannages et travaux divers), il était compliqué de garantir des mesures de distances physiques et de sécurité sanitaire. Nos bénéficiaires ont été par ailleurs bien encadrés par des services sociaux de première ligne qui ont, pour leur part, poursuivi leurs activités.

Aucune mesure de soutien

Durant cette période d’interruption, nous n’avons bénéficié d’absolument aucune rentrée financière. Fatalement, l’arrêt de nos activités a entraîné l’interruption des quote-parts réglées par nos bénéficiaires, qui couvrent habituellement un quart de nos frais de fonctionnement, hors salaires. Nous n’avons pas pu bénéficier des aides publiques, car notre secteur d’activité n’était repris dans aucune catégorie pouvant bénéficier de ces mesures, que ce soit à destination des entreprises ou du secteur social. Nous avons donc continué à payer nos charges, en puisant dans nos maigres réserves. En effet, nous ne sommes pas riches : rappelez-vous, secteur « non-marchand ».

Des subsides garantis, qui tardent à venir

La seule aide que nous avons pu recevoir, du moins en théorie, était la poursuite du payement des subsides finançant les salaires d’une partie du personnel. J’insiste sur la théorie … Mon employeur a donc pu garantir un salaire payé à 100% durant la période d’inactivité, ce qui nous a évité, à mes collègues et moi-même, une perte de revenus substantielle.

Sauf que … ces fameux subsides tardent à venir. Voici déjà une bonne année et demi que de nombreux retards s’accumulent au niveau de leur payement, et ce retard ne fait qu’augmenter avec la crise. A nouveau, nos réserves sont mises à contribution.

Aucune aide à la reprise

La reprise de nos activités, très partielle et réduite, et décidée de manière à assurer l’urgence, tout en préservant la santé et la sécurité de tous, ne permet pas de couvrir ces frais. Sans compter que les autres subsides, que nous recevons de manière ponctuelle, prennent aussi du retard dans le traitement. Bien entendu, nous n’avons pas non plus été aidés en ce qui concerne la fourniture d’équipements de protection, que nous avons du trouver et acheter nous-mêmes.

Notre réalité actuelle est donc que nous sommes en péril, au même titre que de nombreux autres acteurs du secteur non marchand, culturel, artistique, qui ont simplement été oubliés par nos décideurs, tant lors de la mise en confinement de notre société que pour décider de la reprise.

Survie en péril, emplois menacés

Je savais déjà que le secteur social n’avait que peu de place pour ceux qui tiennent les cordons des bourses de notre pays, mais une gifle magistrale vient de nous faire la démonstration de la puissance de leur mépris. Le secteur social, ce ne sont pas uniquement les institutions publiques, celles qui sont agrées, ou qui rentrent dans les cases adéquates. Le secteur social, c’est aussi une multitudes d’initiatives issues de la société civile, qui emploient des êtres humains et font un travail conséquent auprès d’autres êtres humains. Travail qui est nécessaire, étant donné qu’il répond à des besoins auquel les institutions publiques ne sont pas toujours en mesure de répondre. Aujourd’hui, notre survie, et nos emplois, sont menacés, à cause de l’iniquité de nos décideurs. Que je ne remercie pas, donc.

MF - travailleuse sociale

[Sur le même sujet] :
- Patients psychiatriques, détenus, personnel : les oubliés de la crise
- Éducateurs, travailleurs sociaux… les oubliés de la crise sanitaire
- Coronavirus : travailleur social en télétravail ?
- Travailleurs sociaux, entre envie de servir et inquiétude
- "Nous, les éducateurs spécialisés, nous sommes des soignants !"
- Aide et soins à domicile : "Que cette crise change nos conditions de travail"
- La griotte du mois : "Si vous le pouvez, restez chez vous !"
- Aide à la jeunesse : "Nous sommes les parents pauvres de la crise"
- Soins psychiatriques à domicile : continuer le travail coûte que coûte
- Les aides à domicile, de la "chair à canon envoyée au combat"



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus