Comment gérer l’urgence psychologique ?

Comment gérer l'urgence psychologique ?

L’urgence dans une demande d’aide psychologique existe, mais cette urgence peut revêtir différentes formes, voire différentes réalités psychiques. La façon de recevoir cette demande, et d’y répondre, seront donc fonction de ce diagnostic différentiel absolument nécessaire.

Face à l’urgence, il revient au psychologue de décrypter sa nature. Pour moi, trois cas de figure peuvent se présenter : l’urgence contextuelle, l’urgence psychopathologique et l’urgence psychique. La première est évidente et son traitement spécifique fait consensus. La seconde demande une prise en charge psychiatrique et une aide médicamenteuse, voire une colocation. Il s’agit de la repérer pour la référer à un psychiatre. La troisième concerne davantage le chemin thérapeutique et constitue dès lors un élément de travail pertinent lors des séances psychologiques.

Un contexte d’urgence

Ces urgences naissent de situations critiques, soudaines, violentes, en un mot : potentiellement traumatiques. L’intervention doit être rapide car il existe un risque évident de stress post traumatique (répétition ou reviviscence).

Une intervention rapide et spécifique

L’objectif est ici d’atténuer ou de faire disparaître les conséquences de l’impact de l’événement. Par une prise en charge immédiate (parfois sur place) ou très rapprochée, à travers la technique du débriefing notamment, elle permet de retisser une trame de signifiants autour des éléments traumatiques qui sont venus « trouer » la psyché du sujet. Elle demande des praticiens particulièrement formés à cette approche.

Psychopathologie de l’urgence

Ce dérapage psychopathologique peut également se révéler brusquement, dans une décompensation brutale. Il peut être lourd de conséquences pour le sujet lui-même ou pour son entourage. Il peut survenir notamment dans le cadre d’une dépression profonde, voire mélancolique, ou dans un délire paranoïaque. Il se traduit toujours par une dangerosité pour soi ou pour autrui.

Nécessité de « passer la main »

Pour traiter cette dangerosité à court terme, le psychologue se doit de référer le plus vite possible ce patient à un psychiatre qui, lui, aura à sa disposition les outils médicamenteux voire la possibilité de colloquer la personne. Repérer ce haut risque puis alerter le monde médical est donc la première chose à faire. L’assistance aux personnes en danger est ici notre premier souci.

L’urgence psychothérapeutique

Enfin, il existe une urgence spécifiquement psychothérapeutique qui n’est donc ni « événementielle », ni médicale, ni psychiatrique. Elle se joue davantage dans la relation thérapeutique qui s’est instaurée au fil du temps, et concerne à la fois la problématique du sujet, mais aussi le cadre et le transfert. Cette urgence-là a sa place dans nos cabinets.

L’urgence et sa fonction

L’urgence ici se travaille à travers son accueil (ou son non accueil éventuel si elle sert une transgression du cadre systématique) mais elle se doit d’être interrogée en séance. C’est au travers de sa fonction, dans son écoute spécifique, dans sa possible interprétation, qu’elle pourra constituer un élément de travail précieux. Ce qu’elle dit. Ce qu’elle tait. Ce que le patient et le psychologue pourront construire autour d’elle.

D.B., psychologue

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