Parole de psy : Tel un phénix...

Parole de psy : Tel un phénix...

Un nouveau format de chronique où il est question d’un come-back fougueux, de Moyen Age sur fond de mauvaise musique et de droit à avoir le droit

Cette semaine, alors qu’une bande de quidam réclame la résurrection de mes chroniques tandis que la majeure partie du genre humain serait prête à se mobiliser pour me démobiliser d’un quelconque rôle à jouer dans le commentaire de l’actualité sociale, j’ai décidé, en mon âme et conscience, de récidiver et de me cantonner à ce que je fais de mieux : parler de moi.

Qu’on se le dise, j’entends déjà les rires moqueurs de vieilles harpies me renvoyant qu’en dehors de faire le tour de mon nombril, mes écrits ont autant de pertinence que l’avis d’un végétarien sur la salaison du jambon de Parme... Je vous le concède, il est fort probable que ma plume virevoltante tourne en rond et que tel un radoteur qui n’en finit plus de raconter les mêmes sornettes, vous finissiez par totalement vous lasser de moi avant que moi-même je ne m’en lasse, mais après tout, est-ce réellement de ma faute si l’actualité de la psychologie en Belgique a tendance à s’enliser dans ses propres déjections, rabâchant les mêmes combats et les mêmes difficultés depuis plus de vingt ans ?

Bref, il y a des jours où tout se passe pour le mieux dans votre vie… Les oiseaux chantent, le dernier patient a annulé sa consultation ce qui vous permet de profiter des derniers rayons du soleil sur un ring de Bruxelles pas trop saturé. En somme, tout va bien. D’un air calme, on se permet le luxe d’écouter la radio en faisant mine de ne pas être excédé par l’énergumène qui confond sa voiture tunée avec un club lugubre d’Ibiza. Puis, soudain, c’est le choc des informations : d’une voix calme et assurée, on vous renvoie que la majorité a décidé d’ajourner sine die l’examen des propositions concernant l’avortement.

Ah. On en est donc là en Belgique : se casser la tête pour savoir si l’interruption volontaire de grossesse est un acte punissable par la loi… Heureusement que la ligne de basse d’une chanson quelconque de David Guetta vibrait sur le bitume, tant j’aurais pu m’imaginer de retour au Moyen-Âge. Dépénaliser l’avortement ? Un débat qui divise alors que dans ma tête il résonne comme une absurdité, un peu comme si l’on faisait le débat du sida : la séropositivité, pour ou contre ?

Vous allez me dire, c’est quoi le rapport avec les psys ? A priori, pas grand-chose, si on travaille dans une maison de repos… Pour les autres, qui peut se targuer qu’il ne sera jamais confronté à cette problématique dans sa vie professionnelle ? Puis, on peut aller plus loin… Si l’on considère qu’avorter est un crime, entendre des petites voix dans sa tête n’est-il pas un acte d’hérésie ? Vous imaginez si l’on commence à brûler nos psychotiques… Et finalement, tant qu’à y être, pourquoi ne pas cisailler préventivement l’utérus de toutes les hystériques de Belgique ? Ça les calmerait, non ? Puis, ça désengorgerait nos salles d’attente…Mais du coup, on fait quoi de toutes ces plages horaires vides dans nos agendas ? Ce manque à gagner, quelle horreur …

N’imaginez pas non plus que je défende le droit d’avorter afin de consolider le pouvoir d’achat des psys, mais globalement, sans vouloir généraliser, peut-on postuler qu’être une femme en 2018 est aussi compliqué qu’au Moyen-Âge ?

Pour rappel, la loi Lallemand - Michielsen de 1990, chère à notre famille royale, autorise une femme à avorter uniquement si un médecin cavalier reconnaît en elle la détresse suffisante pour avaliser cet acte et qu’elle en est à moins de 12 semaines de grossesse. En dehors de ce cadre-là, c’est trois à douze mois de prison ainsi qu’une coquette amende.

Cela me pose question en qualité d’être humain, qui, en dehors de toute conviction religieuse, espère que l’autre me laissera le choix d’agir en fonction des miennes plutôt que de m’imposer une loi très orientée. Cela me questionne également dans ma pratique professionnelle, parce qu’un jour viendra où je serai confronté à une situation borderline qui frottera avec le contour de la loi et me renverra à l’impuissance ignoble qu’à l’époque, en tant qu’acteur social, j’aurais dû hausser la voix…

En conclusion, cette semaine je m’adresse donc à un tout autre public, qui, je l’espère trouvera écho à ma parole. Messieurs les parlementaires, politiques et autres acteurs de l’ombre, par pitié, évitez de nous infliger dans nos salles d’attente les conséquences de votre relative hypocrisie : imposer à l’autre de ne pas avoir de choix en est justement un que vous avez paradoxalement le luxe d’avoir…

T. Persons

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