Bulletin social : une histoire médiatique…

Bulletin social : une histoire médiatique...

Un bulletin social spécial pour commencer l’année en douceur avec au programme : des bons vœux, des gargarismes et des métaphores footballistiques.

« La télévision, c’est comme la poste : ça transmet… », J.-L. Godard (1996)

Alors que la période pénible des bons vœux joue les prolongations, nous rappelant que l’on vit dans une société où même la personne qui rêve secrètement de vous torturer en vous ligotant sur un nid de fourmis rouges se verra dans l’obligation sociale de vous souhaiter une magnifique et tendre année, j’ai réfléchi de mon côté à ce qui pourrait faire de moi un meilleur homme en 2018…

On ne va pas se mentir, vous devez bien imaginer que derrière la plume facétieuse du psychologue bienveillant quoique rongé outrageusement par l’anxiété, mais calmé à coup de cocktails chimiques à faire pâlir mon pharmacien de quartier, se cache un être doux et sensible qui a de nombreuses failles et autres difficultés… Parmi ces chimères, il y en a une que je n’évoque pas suffisamment et dont j’aimerais couper la tête en cette nouvelle année : mon rapport aux médias.

C’est quoi le problème avec les médias ? Je ne sais pas si vous trouverez écho dans mes propos, mais j’ai le sentiment qu’en qualité d’acteur social, j’ai des difficultés à composer avec ce monde obscur qui informe, transforme et divertit, tout en jouant subtilement sur la confusion des genres pour finalement compliquer singulièrement ma tâche en tant que professionnel de la santé. Dans un monde où internet et la télévision sont érigés en experts absolus, j’ai du mal à faire le poids avec mes propos épris de prudence, de critique, de recul et de relativisation.

Bref, j’ai un gros souci et pour le régler, j’ai décidé de prendre ce taureau médiatique par les cornes en convoquant autour d’une table ronde mes deux maîtres à penser : j’ai nommé Benjamin Maréchal et Stéphane Pauwels…

Alors que le premier a fortement insisté pour me donner rendez-vous à la pompe à essence d’une aire d’autoroute pour parler de l’antisémitisme latent chez les psychanalystes freudiens, le deuxième n’en démordait pas de vouloir venir à mon domicile avec deux ou trois caméras aussi discrètes qu’une flûte de Pan dans une chanson triste de Cabrel, afin d’y filmer de manière intimiste et chaleureuse mon quotidien pathétique… Il m’a donc fallu user de tout mon savoir-faire pour arriver à un compromis réaliste, à savoir : un bar anonyme du centre-ville où un présentateur vedette de journal télévisé va gargariser son accent bruxellois dans ses deux litres de cervoise quotidienne.

Face à ces deux poids lourds du monde médiatique belge, je me suis permis de lancer le débat d’une manière calme et nuancée en posant une question des plus subtiles, à savoir comment, dans une réalité journalistique qui va de plus en plus vers le direct et l’instantané, peut-on néanmoins prendre un minimum de recul afin d’éviter, primo de dire n’importe quoi et deuxio de marginaliser, blesser, voire potentiellement traumatiser la personne qui regarde ou écoute de l’autre côté du média ?

Vous l’imaginez bien, je n’ai pas eu l’occasion de formuler entièrement le fond de ma pensée que déjà, mon grand ami, tel un guépard bondissant sur sa proie, me coupa instantanément : « Ce que vous voulez dire, c’est que les médias sont tous pourris et corrompus, à la solde du Grand Capital et que vous voulez dénoncer cela avec virulence, non » ? Heu, non, pas vraiment en fait… Reprenant avec prudence mon argumentation, j’essayai de faire comprendre à mes acolytes l’importance que les médias ont et d’évoquer cette notion fondamentale : un grand pouvoir implique d’énormes responsabilités. Il n’en fallu pas plus pour qu’à nouveau, notre renard des aires de repos nationales rugisse et me dise : « J’entends votre discours quand vous dites à l’ensemble de nos concitoyens à quel point le journaliste belge est vil, méchant et irresponsable. »

« Mais pas du tout » ! répondis-je, d’un air médusé. J’essayai à nouveau de préciser mes propos face à quelqu’un qui visiblement n’avait pas l’air si intéressé par mon discours, étant trop préoccupé par les répercussions médiatiques que celui-ci pourrait lui apporter, pour finalement me retourner avec un désespoir certain vers mon ami Steph. Celui-ci pragmatique au possible dit alors : « Tu ne crois pas qu’on pigerait mieux ce que tu dis, si on mettait un fond sonore semblable à la bande son de la liste de Schindler, tout en ralentissant volontairement tes mouvements afin d’y apposer une voix off grave et solennelle, qui dirait toutes tes conneries là, mais sous forme de métaphore footballistique ? »

Soit, après plusieurs heures de discussions acharnées, j’en arrivai à une conclusion bien délicate : à l’heure actuelle, un fossé est certainement en train de se creuser entre les métiers de l’humain, du social et de la relation d’aide et celui des médias. Or, c’est profondément injuste parce que je pense que dans les métiers de l’humain, les médias jouent déjà un rôle crucial et qui, lorsqu’il est pensé, peut réellement accompagner les personnes que l’on aide de manière tellement appropriée… Vous me direz qu’on peut toujours rêver que cela change et qu’un débat puisse enfin avoir lieu… Je vous renverrais qu’il est d’usage en début d’année d’adresser ses vœux en espérant qu’ils soient miraculeusement exhaussés…

T.Persons

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