Chronique d’un psy : un miroir virtuel

Chronique d'un psy : un miroir virtuel

Vivre pleinement son époque, c’est se frotter à un casse-tête chinois lorsqu’il s’agit de concilier ses fonctions de psychologue et l’épandage virtuel que constituent les réseaux sociaux

Cette semaine, en voyant un de mes amis combler abyssalement ses failles narcissiques en postant une photographie de ses abdominaux saillants sur le mur de son réseau social favori, je me suis posé la question délicate, mais pourtant essentielle à l’heure où internet révolutionne la manière dont on se livre au monde : quelle position devrait-on adopter en tant que psychologue adepte des réseaux sociaux face à la possibilité hautement probable d’être épié par ses patients ?

Une question délicate qui ne demande qu’à être posée. Bien-sûr, chacun est totalement libre de faire ce qu’il veut et, en dehors du bon sens et du fait que cela n’intéresse personne, on ne peut pas empêcher nos collègues avides de faire savoir au monde entier à quel point la soupe de la cantine de l’institution est immonde, de le clamer haut et fort en dégainant leur téléphone portable. Comme dirait l’autre, il faut vivre avec son temps et les mœurs de son époque, fussent-ils détestables…

N’empêche que je me pose la question, face à un cadre où l’on tente d’être le plus neutre et bienveillant possible, en gommant nos propres principes et autres convictions, doit-on également appliquer ce diktat à notre vie sociale virtuelle ? Partant du principe saugrenu que l’on ne s’affiche pas sur internet et que cela reste de l’ordre de l’intime, j’aurais envie de dire que j’ai le droit d’avoir un endroit secret où je peux m’exprimer clairement et que d’une certaine manière, rien ne m’empêche de gueuler à tue-tête mon manque de spiritualité, du moment que je le fais dans le cadre de mon chez moi, où mes patients ne me voient pas. Peut-on postuler qu’il en est de même pour internet ? Tout ça est sécurisé, et en dehors de mes amis, jamais personne ne pourra voir les conneries que je débite sur la toile, non ?

Je vous l’avoue, je n’ai pas lu les conditions générales avant de m’inscrire sur Facebook, mais j’ai coché la case où l’on me demandait si je voulais que tout cela reste strictement confidentiel. J’ai donc la certitude que mes patients ne pourront jamais se faire une opinion de moi à travers une vidéo de deux minutes trente où l’on me voit à trois grammes d’alcool chanter à tue-tête un célèbre tube de Plastic Bertrand, debout sur la table d’un bar bruxellois à quatre heure du matin. Non… Tout cela reste bien évidemment entre nous et jamais personne en dehors du cercle de mes amis intimes ne pourra me juger.

Vous avez dit naïf ? Certainement… De fait, il ne serait pas farfelu de penser qu’en effet, une information sur internet, c’est comme l’eau des torrents, ça trouve toujours son chemin, ce qui, pour ma crédibilité, est assez fâcheux… Bref, il est important de prendre en considération, avant de poster la photo de votre tatouage intime sur Instagram, qu’éventuellement, une connaissance d’un ami de votre tante est certainement en lien avec votre patient qui n’en demande pas moins pour avoir accès à certaines de vos publications… Et à ceux qui me renverraient qu’il suffit simplement de changer de nom pour rester anonyme, votre serviteur vous dira qu’il est fort aisé de remonter la piste du fou qui se cache derrière un nom…

En conclusion, cette semaine, j’ai réussi à oublier cette histoire de vidéo, jusqu’au premier rendez-vous de l’après-midi. Une dame charmante, avec des attentions particulières qui a insisté pour m’offrir un cadeau que j’aurais pu difficilement refuser : un tampon encreur personnalisé. Son effigie ?

T. Persons, THE KING OF THE DIVAN…

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