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Aide à la Jeunesse : des changements concrets pour les professionnels dès 2025

13/03/25
Aide à la Jeunesse : des changements concrets pour les professionnels dès 2025

Dès 2025, la réforme de l’Aide à la Jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles, portée par la ministre Valérie Lescrenier, entraînera des changements concrets pour les professionnels du secteur. Renforcement des équipes, nouvelles méthodes d’accompagnement, simplification administrative et meilleure coordination intersectorielle : cette refonte vise à améliorer les conditions de travail et l’efficacité des prises en charge. Quels impacts pour les travailleurs ? Quelles mesures retenir ? Tour d’horizon des évolutions à venir.

Le secteur de l’Aide à la Jeunesse fait face à des défis croissants depuis plusieurs années. Conscient de cette réalité, le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a, à l’initiative de Valérie Lescrenier, dégagé 9 millions d’euros supplémentaires dès 2025 pour soutenir les politiques dédiées à l’Aide à la jeunesse. "Ces moyens pérennes participent à la mise en place d’une réforme du secteur qui se veut ambitieuse", annonce le gouvernement.

Et de rajouter : "Elle vise à apporter des solutions structurelles aux problématiques identifiées, en favorisant une approche plus transversale et intersectorielle. L’objectif est d’adapter l’accompagnement, le soutien, la prévention et l’application des sanctions pour mieux répondre aux besoins spécifiques de chaque jeune. Il est essentiel d’adopter une vision globale du secteur, en renforçant tant la prévention que l’accompagnement, afin de limiter l’aggravation des situations complexes et d’apporter des réponses plus adéquates aux jeunes pris en charge."

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Une réforme structurelle mise en œuvre au cours des cinq prochaines années

Elle s’appuiera sur trois grandes lignes directrices couvrant l’ensemble du secteur. Ces orientations viseront notamment à renforcer la prévention, l’accompagnement et le soutien des familles, fluidifier les parcours d’aide et favoriser la coordination entre les acteurs. L’objectif est d’assurer une prise en charge plus efficace et durable, au regard des réalités du terrain et en concertation avec le secteur.

1. Une prise en charge ciblée, adaptée, efficiente et innovante qui tient compte des besoins d’aujourd’hui et de demain

"Afin d’apporter une réponse personnalisée et adéquate aux situations particulières des jeunes qui nécessitent une prise en charge, il faut redéfinir clairement le public cible qui doit être accompagné par les services de l’Aide à la Jeunesse, Cela concerne tant les jeunes qui sont en situation de danger que ceux qui sont en conflit avec la loi", annonce l’exécutif.

  • Objectiver les besoins de tous les acteurs du secteur

"Face à l’évolution des besoins du secteur et aux urgences rencontrées, il est essentiel d’objectiver les attentes des structures d’accompagnement et des jeunes." Cette réflexion a été entamée lors de la législature précédente.

Un outil d’évaluation sera disponible dès juin 2025 pour mieux cerner les besoins en places. Il permettra d’adapter rapidement l’offre, qu’elle soit en accompagnement, en résidentiel, en famille d’accueil ou tout autre type de service... L’objectif est d’anticiper les situations à risque et d’intervenir au plus tôt pour permettre, en toute sécurité pour le jeune, de le maintenir dans son milieu de vie.

Dans l’attente de cet outil, la Ministre a d’ores et déjà étendu, dès le 1er janvier, les agréments pour augmenter la capacité des services d’accompagnement intensif en famille et pérennisera, en 2026, les nouvelles places financées de manière provisoire lors de la législature précédente. Une nouvelle structure d’hébergement (SRG – Service résidentiel général) a déjà ouvert ses portes fin 2024, permettant d’accueillir 15 jeunes, de la Province du Brabant Wallon et de Région Bruxelles-Capitale, cette dernière faisant face à une pénurie plus criante de places disponibles en résidentiel pour les jeunes en danger.

Par ailleurs, une étude de l’Université de Liège sur la complexité des prises en charge sera présentée avant l’été, et une recherche avec l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC) analysera l’évolution de la délinquance juvénile pour affiner les stratégies de prise en charge et les outils à disposition des magistrats pour les jeunes en conflit avec la loi.

  • Initier une nouvelle offre de prise en charge : les accueillants professionnels en famille

Certains jeunes font face à des besoins particuliers et ne trouvent pas leur place dans une structure existante, soit résidentielle soit en famille d’accueil.

Sous la précédente législature, SOS Villages d’Enfants s’est vu confié une recherche exploratoire ayant pour objet une comparaison des différents modèles existants. Des rencontres avec les acteurs de terrain ont également été réalisés en vue de formuler des propositions d’implémentation d’un modèle de « famille d’accueil professionnelle ». Ce rapport aboutira dans le courant du mois de février.

"Il s’agit, via cette nouvelle offre de prise en charge, que sont les accueillants professionnels en famille, de créer une réponse nouvelle et complémentaire pour des besoins particuliers. Le cadre en sera défini en concertation avec le secteur et les organisations syndicales afin de répondre précisément au besoins identifiés qui ne peuvent aujourd’hui être pleinement rencontrés."

  • Mieux orienter les mineurs en conflit avec la loi

Les mesures de prise en charge des mineurs en conflit avec la loi reposent sur trois modèles : protectionnel, restaurateur et sanctionnel qui appliquent chacun en leur sein des mesures graduelles et hiérachisées. Face à la pénurie récurrente de places dans certaines structures d’hébergement, "il est essentiel d’objectiver les besoins tout en optimisant l’utilisation des dispositifs alternatifs existants."

Cette problématique sera étudiée sous l’angle d’une meilleure utilisation des outils et mécanismes existants mais également du travail mené au niveau de la transversalité avec les autres compétences. Certains jeunes ne peuvent par exemple, actuellement, être transférés dans des structures correspondant à leur profil après un passage en IPPJ, ce qui contribue au manque de place dans ces structures.

  • Redéfinir la prise en charge des MENA

"Face à l’afflux important du nombre de MENA dans notre pays fin 2015-début 2016, le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tout en réaffirmant le caractère supplétif de l’aide à la jeunesse quant à l’accueil des MENA, a décidé que, de manière humanitaire et solidaire, le secteur de l’Aide à la jeunesse pouvait apporter son savoir-faire aux solutions à identifier pour assurer aux MENA un impératif accueil respectueux de la dignité humaine et de leurs droits."

Conformément à la Déclaration de politique communautaire « le Gouvernement poursuivra l’accueil de MENA particulièrement vulnérables dans le cadre d’une nouvelle convention « plan MENA ». Le caractère complémentaire et supplétif de l’Aide à la jeunesse sera réaffirmé par une participation accrue de FEDASIL. »

2. Une nécessaire transversalité et intersectorialité pour personnaliser la prise en charge

La prévention générale relève pour partie de la jeunesse mais également d’autres secteurs (logement, santé, emploi, enseignement, culture, sport,...), quant à la prévention éducative spécialisée, elle relève spécifiquement de l’Aide à la jeunesse.

Le gouvernement précise : "L’optique de transversalité doit être la norme au sein de la Fédération mais également avec les autres entités. Il est fondamental de proposer des prises en charge adaptées aux besoins spécifiques des jeunes, tant au niveau des soins quand c’est nécessaire, qu’au niveau du travail éducatif. Cela implique une nouvelle approche de l’accompagnement et une nouvelle stratégie de prise en charge tant en ambulatoire qu’en résidentiel."

Des concertations sont déjà menées : "Un premier pas a été franchi avec le secteur de la Santé, du Handicap en Wallonie avec l’annonce de la création d’un dispositif novateur, cette année, via une unité de crise résidentielle co-financée par les secteurs au sein d’un bâtiment de l’AVIQ situé dans la Province du Brabant wallon. Cette intersectorialité sera renforcée."

3. Des procédures claires pour un accompagnement efficace : simplifier, soutenir, accompagner

  • Réduire la charge administrative

Les services agréés et les familles d’accueil font face à une inflation des charges administratives. Chacun, tant au niveau des services de l’Aide à la jeunesse, que des familles, doit pouvoir se recentrer sur sa mission de base qui est d’accompagner les jeunes. "Cette complexité est, en outre, une véritable entrave à la motivation de nombreuses familles de s’impliquer dans l’accompagnement des jeunes qui rencontrent un parcours de vie plus difficile." Il s’agira par exemple de faciliter le remboursement de frais, l’accès aux crèches,…

  • Renforcer et soutenir le personnel de l’Aide à la Jeunesse

Qu’il soit agréé ou public, le personnel de l’Aide à la Jeunesse assure un métier particulièrement utile auprès des jeunes mais également prenant émotionnellement. Ce personnel joue aussi, et souvent, un rôle phare et référent dans la vie des jeunes concernés.

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Il bénéficiera de formation et du renforcement de la supervision afin de faire face à la charge mentale qui est la sienne. Près d’un million d’euros en 2025 y seront consacrés. Cela permettra une meilleur articulation de la charge de travail par un renforcement du soutien hiérarchique par exemple. Plus de 70 ETP (équivalent temps plein) supplémentaires seront créés afin de pérenniser et renforcer le personnel encadrant des SAJ (Services d’Aide à la jeunesse), SPJ (services protection de la jeunesse) et IPPJ (Institutions publiques de protection de la jeunesse) soit 4 ETP seront consacrés à l’inspection, 34,5 pour l’accompagnement et l’encadrement des jeunes et familles en IPPJ et 33 en SAJ/SPJ.

"Il faut également renforcer l’attractivité de ces métiers, en facilitant les engagements et en promouvant la mobilité au sein des services dans la fonction publique pour assurer un cadre d’encadrement complet mais également de permettre au personnel de mieux s’épanouir dans son parcours professionnel."

  • Renforcer l’accompagnement et le soutien aux familles

La qualité de l’accueil des jeunes sera renforcée par l’augmentation de la norme psychosociale. L’encadrement psychosocial au sein des Services Résidentiels Généraux et des Projets Educatifs Particuliers assimilés, qui a déjà été renforcé lors de la législature précédente passera à 1 ETP psychosocial pour 15 jeunes (+0,25 ETP). Le but est d’améliorer de manière substantielle le travail avec les familles pour favoriser le retour du jeune dans son milieu de vie quand c’est possible. Cela pourra permettre de limiter la durée des placements, ce qui aura pour effet d’augmenter le nombre d’enfants annuellement accueillis hors de leur milieu de vie.

Enfin, la qualité des prises en charge sera également renforcée par la création d’un « Référentiel de qualité » à l’instar de ce que connaît l’ONE, qui devrait être finalisé en fin d’année 2026. Centré sur une qualité de prise en charge identique et optimale dans toutes les structures d’accueil, il sera progressivement implémenté tant dans le secteur public que privé.



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