Après la crise, donner au secteur à profit social sa juste place

Après la crise, donner au secteur à profit social sa juste place

Parmi les experts du groupe de travail du déconfinement, aucun représentant ou presque du secteur psycho-médico-social… Face à cette absence de concertation, une série d’acteurs de terrain vont livrer leurs priorités et leurs recommandations pour l’après-crise, pour le déconfinement. Aujourd’hui, c’est au tour du secteur des entreprises à profit social. Pour l’UNISOC, BRUXEO et l’UNIPSO, il ne s’agit pas seulement de « sauver » le système en relançant l’économie mais de coconstruire un modèle de société plus durable, plus inclusif et plus résilient.

Regroupant les hôpitaux, les mutualités, les maisons de repos, les crèches, les entreprises de travail adapté, les structures d’hébergement pour personnes handicapées, la santé mentale, les services d’aide et soins à domicile, les associations socioculturelles (centres culturels, organisations de jeunesse, associations d’éducation permanente, ONG, etc.), l’enseignement ou encore les organisations d’action sociale (en tout plus de 32.000 associations occupant plus de 720.000 travailleurs sur l’ensemble du territoire national), le secteur et les entreprises à profit social répondent quotidiennement aux besoins sociétaux de la population tout en contribuant comme toute autre activité économique à la richesse nationale par la création d’emplois, des investissements en infrastructures et une demande de services divers vers de nombreux fournisseurs. Il est aussi un observateur privilégié de la vie en société.

Sécurité sociale et entreprises à profit social, amortisseurs et leviers de (l’après) crise

À des degrés divers et selon les métiers, en changeant parfois de façon radicale les méthodes et pratiques quotidiennes, les organisations du secteur ont été les amortisseurs sociaux pendant cette période de confinement durant laquelle les demandes et les besoins sanitaires et sociaux de la population sont restés sinon plus importants au moins identiques. Sans parler des hôpitaux confrontés aux soins lourds, la première ligne de soins n’a pas failli, les institutions résidentielles se sont protégées pour continuer, les services sociaux se sont débattus avec les moyens du bord alors que pour certains c’était la fermeture totale imposée.

Le confinement a généré des ruptures tant dans les processus de soins et les processus éducationnels que dans les processus de socialisation. Le confinement a généré du stress et de la violence, dans les familles, dans les collectivités, etc. Et enfin, l’exercice des métiers au contact du virus a généré de l’angoisse dont l’émergence au niveau du réel et les pathologies induites se manifesteront dans les mois et les années à venir.

D’amortisseur en période de crise, à côté de la sécurité sociale, le secteur à profit social se veut levier de l’après crise. Résolument, le secteur à profit social prépare l’après confinement en anticipation de la période intermédiaire de relance et en anticipation des effets socio-pathologiques sur la population à long terme.

Placer l’humain au centre des préoccupations

La stratégie de déconfinement adoptée par le Conseil National de Sécurité doit composer avec les impératifs sanitaires, économiques et sociaux. Dans ce contexte, l’aspect social de la stratégie doit apparaître au premier plan. La crise actuelle est de nature à creuser les inégalités et favoriser l’exclusion sociale. Nous rappelons qu’il est fondamental que les responsables politiques prennent la mesure des enjeux pour demain et placent l’humain, et donc le bien commun, au centre des préoccupations.

Dans cet esprit, il ne s’agit donc pas seulement de « sauver » le système en relançant l’économie mais de coconstruire un modèle de société plus durable, plus inclusif et plus résilient. Une logique d’investissement social ambitieux, efficace et pérenne dans le secteur à profit social, notamment dans la santé, l’action sociale, la lutte contre l’exclusion et les inégalités, est indispensable dans le cadre d’un redressement national.

Tous les secteurs subissent cette crise, des grandes entreprises industrielles aux PME, des secteurs agro-alimentaires aux institutions socio-sanitaires et culturelles. Le tribut payé est lourd, mais on peut constater que le modèle social belge a montré une forte résilience au milieu de la tempête. Renforcer la résilience de notre société et sa capacité à relever de nouveaux défis passe par une remise en question tant collective qu’individuelle. Aussi nous appelons à ce que les hommes et femmes politiques agissent avec le sens de l’État et de l’intérêt général. Il est fondamental que les leçons de cette crise soient tirées.

Repenser notre rapport au « bien commun »

En 1944, au sortir d’une guerre qui a ravagé nos pays, nous sommes parvenus à mettre en place un système basé sur la solidarité : la sécurité sociale. Son importance est aujourd’hui reconfirmée et la pérennisation de son financement constitue une des clés pour notre avenir.

Nous avons par ailleurs mis en place des organes de concertation socio-économiques. Aujourd’hui, les acteurs qui les composent doivent plus que jamais se parler, se comprendre, s’associer pour reconstruire, coconstruire un meilleur modèle, sur des fondations solides avec des matériaux durables. Nous en appelons au sens des responsabilités et à l’intelligence collective.

La situation actuelle nous invite à une plongée dans une forme d’empathie, dans une capacité à être en connexion, à prendre en compte les intérêts divers en les distinguant des nôtres. Nous cherchons, bien sûr avec nos spécificités et notre perception mais en toute indépendance et objectivité, à décrypter et analyser pour impulser une approche différente, adaptée, dont les effets bénéfiques s’imprimeront pour toutes et tous dans le long terme.

Coconstruisons un deal, un vrai deal sociétal pour penser à long terme une société plus saine, créatrice de lien social et protectrice, un deal fort qui associe plutôt qu’oppose, qui consolide notre « patrimoine commun » pour garantir une place, de la dignité, de l’épanouissement pour chacun et chacune et un mieux vivre ensemble. Bref, un nouveau modèle de société plus durable, plus inclusif et plus résilient, capable de surmonter de nouvelles crises et d’améliorer le bien-être de la population. C’est le défi que le secteur et les entreprises à profit social proposent à l’ensemble des décideurs, à l’ensemble des acteurs socio-économiques et à l’ensemble de la société civile.

Donner au secteur à profit social sa juste place

Pour que le secteur à profit social puisse pleinement remplir son rôle tant d’amortisseur que de levier, pour qu’il puisse remplir ses missions d’intérêt social et sociétal dans le cadre de ce nouveau modèle, il faut que les applaudissements de 20h quotidiens au cours de la crise ne laissent pas la place à l’oubli une fois qu’elle sera terminée.

Ce nouveau modèle passe par une pérennisation des activités du secteur à profit social, dans toute sa diversité. Il passe aussi par un vrai plan d’investissement à la hauteur de ce nouveau modèle, notamment dans les infrastructures, l’emploi et l’encadrement humain et matériel. Il passe enfin par une inclusion du secteur à profit social, en amont, en tant qu’acteur socio-économique à part entière, dans les processus décisionnels. Des signes encourageants sont déjà visibles, mais ils doivent devenir structurels et transversaux.

Michaël De Gols et Margot Cloet, directeur et présidente de l’UNISOC (secteur et entreprises à profit social au niveau fédéral)

Bruno Gérard et Jean-Claude Praet, directeur et président de BRUXEO (secteur et entreprises à profit social au niveau bruxellois)

Dominique Van de Sype et Stéphane Emmanuelidis, secrétaire général et président de l’UNIPSO (secteur et entreprises à profit social aux niveaux wallon et francophone)

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