UNE VIE DE PSY - Épisode XX : la disparition

UNE VIE DE PSY - Épisode XX : la disparition

Dans cet épisode de la vie insaisissable de T. Persons, vous découvrirez que les apparences peuvent être trompeuses… Affaire à suivre…

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite… - Il n’y a rien à faire, un patient qui ne vient pas et qui ne donne plus de nouvelle, cela a toujours résonné en moi comme un échec profond. Celui de me dire que je suis tellement mauvais que je ne vaux même pas un coup de fil pour annuler. Vous me direz qu’avec Anita, j’avais été passablement un médiocre thérapeute et qu’entre le fait de négliger son discours, de l’imaginer avoir une liaison avec un autre de mes patients et de surtout tomber dans les pommes devant elle et la retrouver à me border dans ma propre maison, je n’étais réellement pas le thérapeute de l’année… Néanmoins, quelque chose d’étrange s’était produit. Comme une sorte de déclic.

Je ne sais pas si c’était ma paternité nouvelle ou si j’avais simplement décidé de passer à autre chose, mais je n’étais pas emballé à l’idée de chasser Anita. Si elle ne reprenait pas contact avec moi, c’était, d’une certaine manière, sa volonté et il fallait que je la respecte. J’avais essayé à trois reprises de la joindre dans les deux jours et son numéro ne semblait toujours plus attribué. Le psychologue que j’étais trouvait que j’en avait fait assez. J’étais donc prêt à lâcher prise, tout en espérant sincèrement qu’Anita pourrait trouver une personne qui l’aiderait dans sa démarche.

Je m’apprêtais à recevoir Georges, qui, le hasard faisant bien les choses, avait quelques minutes de retard. J’avais donc juste le temps d’imaginer des plans dignes d’un film des années cinquante d’Hitchcock où Anita et Georges, tels des Grace Kelly et James Stewart modernes s’en allaient du jour au lendemain, disparaissant sans laisser de trace pour refaire leur vie ailleurs, avec, si possible un cadavre dans le coffre et une mallette contenant 200.000 dollars, lorsque la sonnette de mon cabinet retentit.

« Sa réponse me glaça le sang »

Il était bien là, avec son physique de Jacques Villeret aux antipodes d’une star américaine. Il n’avait pas de mallette et ne semblait rien cacher, si ce n’est un profond malaise. Pour être plus précis, il s’agissait d’un mélange subtil de honte et de culpabilité, héritage forgé au fil des siècles par l’éducation judéo-chrétienne. Georges s’en voulait. Il avait accusé Marthe d’avoir commis l’irréparable : tabasser sa collègue. Or, il n’en était rien. Il avait longuement discuté avec elle et s’était rendu compte de l’absurde de la situation. Le point positif était que le couple s’être enfin parlé. Il comprenait que Marthe puisse se poser des questions tant, ces derniers mois, des éléments troublants étaient arrivés. Mais il se savait fidèle et il était convaincu que le fait d’être transparent avec Marthe ne pouvait que simplifier la situation. Il avait compris qu’elle se sentait seule, isolée. Il avait envie de partager plus avec elle. De mon côté, je ne ressentais aucune colère, j’étais en paix face à ce que j’avais pu éprouver pour Marthe et finalement assez content de ce dénouement.

Néanmoins, je demandai à Georges quels éléments lui permettaient d’écarter le fait que Marthe n’était pas l’auteure de l’agression sur sa collègue. Sa réponse me glaça le sang. Il m’expliqua qu’une vidéo du parking avait pu filmer l’agression. Pour une raison inconnue, sa collègue s’était faite sauvagement agressée par une autre collègue qui, depuis hier, ne donnait plus signe de vie. Il m’indique que cette personne était un peu particulière. Qu’il se sentait mal à l’aise en sa présence, qu’elle le regardait avec insistance, lui donnant l’impression qu’ils partageaient une certaine complicité. Georges, sans réellement comprendre ce que cela impliquait, me dit qu’en effet, maintenant qu’il y voyait plus clair, il avait le sentiment que cette personne était complètement dingue. Lui-même avait le sentiment qu’elle l’épiait. Sur le ton de la rigolade, il m’expliqua que c’était typiquement le genre de personne que l’on croisait aux abords d’un supermarché ou sur le parking d’un hôtel où l’on a une formation et qui vous colle aux basques pendant dix minutes alors que l’on n’a strictement rien à lui dire. Enfin, il m’assena un coup fatal en disant sobrement que, d’une certaine manière, il se sentait désolé pour elle. Il s’imaginait que sa collègue avait dû décompenser avec sa grossesse…

Quand Georges quitta mon cabinet, pour la première fois, je compris entièrement tout ce qui se passait. Anita… Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Je m’en voulais terriblement et d’une certaine manière, je sentais que je devais faire quelque chose. Je m’assis donc dans mon fauteuil, pris une profonde inspiration et me mit à réfléchir quand la sonnerie de mon téléphone portable coupa toutes mes pensées. C’était Marion, en panique. Il y a des coups de fil que l’on n’oublie pas… Celui-ci en particulier a fait chavirer ma vie. De fait, on n’est jamais préparé à ce que votre femme vous dise qu’il faut rentrer d’urgence à la maison parce qu’il semble que quelqu’un y soit rentré par effraction et qu’il aurait enlevé votre fils…

T. Persons

[Du même auteur]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…
- Épisode VII : une question de choix
- Épisode VIII : le poids des secrets
- Épisode IX : la ligne rouge
- Épisode X : autour d’un verre
- Épisode XI : savoir dire non (partie I)
- Épisode XII : savoir dire non (partie II)
- Épisode XIII : un métier dangereux
- Épisode XIV : les idées noires...
- Épisode XV : l’effet papillon
- Épisode XVI : un état de choc
- Épisode XVII : une rencontre inopinée
- Épisode XVIII : démêler le vrai du faux



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