N’est pas "coach" qui veut !

N'est pas

Les coachs sont partout. Normal. Le burn out est, malheureusement, devenue une réalité tangible pour beaucoup de travailleurs en détresse. Mais ce mot, tellement à la mode, est devenu un fourre-tout commode pour les diagnostics intempestifs et, surtout, un marché juteux pour toute personne en mal de reconversion professionnelle. Le danger est alors le simplisme, l’accompagnement fantaisiste, la négation d’une réalité complexe et multidimensionnelle qui s’inscrit pourtant toujours dans un parcours de vie spécifique.

Un diagnostic primordial

Le diagnostic est capital. Non seulement pour le burn out lui-même, mais pour tous les troubles qui peuvent ou non y être associés. Sans une solide formation psychologique, on isole l’événement de sa fonction, de son mécanisme, de ses enjeux, de ses processus conscients et inconscients. Savoir, par exemple, s’il s’agit d’un « passage à l’acte », sortie de scène nécessaire à la survie psychique, ou un « acting out », message mis en acte, mis « en corps » parfois pour dire l’insoutenable, est indispensable. Mais cette introspection nécessite un accompagnement adéquat pour la mettre au jour, la comprendre, la mettre au travail.

Un traitement pas si spécifique que ça

Finalement, l’accompagnement d’un burn out est un accompagnement psychique et comportemental comme un autre. Je veux dire en ce sens qu’il nécessite, comme toujours, un accueil bienveillant, une écoute avertie, une co-construction thérapeutique pleine et un travail de longue haleine parfois. Les outils spécifiques à cet accompagnement-là sont très précieux bien sûr, mais seulement comme ressource additionnelle, pas comme « recette » à appliquer. Toute la différence est là : d’abord explorer et comprendre avant de conclure ou de « soigner ».

Mais qui est « coach » ?

Coach, comme on le sait, ça ne veut rien dire. Personne ne « libère le potentiel » de quelqu’un. La solution vient toujours du sujet lui-même lorsqu’il trouve l’espace bienveillant pour le faire. Il est vrai que coach est un terme qui suscite moins de peur que celui de psychologue, qui fait parfois émerger le spectre de la « maladie mentale ». Il est vrai aussi que la formation de psychologue porte hélas ses lacunes. L’idéal est donc de conjuguer les deux : la formation psychologique de base d’abord, l’ajout de nouveaux outils plus spécifiques ensuite.

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Le terme de coach, vague et galvaudé, représente effectivement un danger potentiel de manque de compétence, même si certains de ces coachs font de l’excellent travail. Mais le levier législatif n’est pas la panacée. Il ne faudrait pas que le pouvoir politique en profite pour, une fois de plus, faire de cet accompagnement indispensable et spécifique un soin standardisé et vidé de sa substance. Il y aura toujours des gens qui se proclameront « thérapeutiques » et qui trouveront des gens en détresse pour le croire. C’est l’information qui doit permettre peu à peu à ces derniers d’être plus attentifs aux qualifications de la personne à qui ils s’adressent. Un tarif excessif est par exemple un élément qui peut donner l’alerte.

Pour conclure

Une souffrance est une souffrance, un besoin d’être accompagné est un besoin. Point. Chaque burn out est unique et son traitement, son accompagnement plutôt, l’est aussi. Et pour accompagner, il faut bien sûr être formé. C’est une posture, c’est un métier, c’est une juste distance, c’est une relation thérapeutique particulière. L’envie, aussi enthousiaste soit-elle, ne suffit pas. Et l’expérience personnelle encore moins. Le pire serait de prendre la position de « celui qui sait ». Cela n’aide personne.

D.B., psychologue

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