Le choix de la réorientation professionnelle

Le choix de la réorientation professionnelle

Lorsqu’on se choisit une profession, surtout pour ceux d’entre nous qui ont la chance de poursuivre des études dans une voie qu’ils ont décidé d’emprunter, on pense généralement qu’on va l’exercer toute sa carrière. Or, ce n’est pas toujours le cas … Pour diverses raisons, parfois, on se réoriente, volontairement ou non. Et ce n’est pas toujours bien vécu.

Je vois souvent, dans mon entourage, des réorientations professionnelles, dont certaines, aux airs de revirements complets. Pour ma part, j’y ai déjà pensé également, surtout dans des moments de lassitude professionnelle, ou lorsque je travaillais dans un environnement qui ne me convenait pas. Ce que je constate aussi, c’est que certaines de ces réorientations ne sont pas toujours bien vécues, même lorsqu’elles sont volontaires.

Une orientation initiale décidée à un âge (trop) jeune

Une chose que l’on peut constater, c’est que 18 ans est un âge fort jeune pour choisir son orientation professionnelle. Je dirais même plus : souvent, l’orientation scolaire principale se fait entre la 2e et la 3e année, donc aux alentours de 14 ans. En général, les élèves se dirigeront ultérieurement vers une filière qui correspond à cette orientation de départ (technique, professionnelle, général scientifique, économique, etc.) Bien entendu, des changements sont encore possibles à la fin des études secondaires, ou même avant, mais ils ne sont pas toujours faciles. Par exemple, un élève qui n’aura pas pris d’option math fortes aura de grandes difficultés à suivre un cursus d’ingénieur. Et nous savons tous que le choix d’une option ne dépend pas forcément des aptitudes ou des envies de l’élève.

Réorientation involontaire

Notre orientation professionnelle est donc en partie décidée à un âge plutôt jeune. Parfois, cela porte ses fruits, et nous poursuivons notre carrière dans une profession qui nous convient tout à fait, et dans laquelle nous nous épanouissons et sommes utiles. Ce n’est pas toujours le cas. Cela peut être lié à des difficultés à trouver des débouchés sur un marché de l’emploi saturé. Dans ces cas-là, il faut bien souvent se rabattre sur autre chose et là, c’est un peu la loterie. Dans certaines situations, cette réorientation forcée sera une belle surprise, mais dans d’autres, non. Étant donné que, durant les années où nous sommes actifs professionnellement, nous passons la majeure partie de notre temps de vie éveillé au travail, on peut comprendre qu’une telle situation génère de nombreux problèmes dans le chef de la personne qui la subit.

Réorientations volontaires et douloureuses

Certaines personnes font le choix d’une profession, en pensant qu’elle leur conviendra et qu’eux même y conviendront. Puis vient le temps de la pratique, des expériences professionnelles qui viennent prouver, parfois douloureusement, que ce n’est pas le cas. Ce message est souvent difficile à comprendre, à entendre, à voir. C’est un regard à porter sur soi qui peut s’avérer douloureux, car il signifie que nous ne sommes pas comme nous pensions être. Effectivement, nous ne sommes pas toujours le meilleur juge de nous-même et, il arrive que nous pensions avoir des compétences que nous n’avons pas, et inversement. Ce sont des croyances qui peuvent être difficiles et douloureuses à démonter, car elles sont parfois reliées à des injonctions ou tabous familiaux. Dans certains cas, cela nécessite de revoir entièrement ce que nous pensions être. Compréhensible donc que ce soit vécu comme un échec par celui qui traverse cette situation.

Une déconstruction difficile

La tentation existe alors de se voiler la face, et de se forcer à persévérer dans cette voie, que nous imaginons être la nôtre, en se disant que nous devons encore apprendre, nous améliorer, etc. Bien entendu, une carrière professionnelle est jalonnée de périodes de doutes, de remises en question, de claques et d’apprentissages parfois douloureux. C’est l’exact reflet d’un parcours de vie, puisque cela en fait partie. Toutefois, il y a des signes qui ne trompent pas : ne pas se sentir serein, à sa place, éprouver des maux physiques, se voir constamment à côté de la plaque, etc. Sont souvent la preuve que nous ne sommes pas à notre place, que nous avons fait un choix qui ne nous convient pas. Souvent, nous nous en apercevons lorsque nous grandissons, murissons, que nous nous connaissons mieux, et c’est bien logique, lorsqu’on réfléchit à l’âge tendre auquel nous choisissons, parfois à notre insu, ce que nous allons faire du reste de notre vie.

Une démarche courageuse

Accepter qu’une autre voie nous est destinée peut être vécu comme un échec, celui du choix initial. Pourtant, ce choix initial est une expérience de vie, qui nous aura mené où nous sommes aujourd’hui, qui aura contribué à nous révéler à nous-mêmes. Persévérer dans ce premier choix alors qu’il devient de plus en plus clair que ce n’est pas le meilleur pour nous mène souvent à cet échec redouté et douloureux. Se regarder de manière objective demande du courage, que cette démarche soit faite en solo ou à l’aide d’un accompagnement, mais au bout du compte, elle peut mener à des choix de vie bien plus épanouissants que ce que l’on aurait imaginé.

MF - travailleuse social

[Du même auteur]
- Toujours en burn-out malgré les vacances...
- Vivre un deuil au travail
- De l’injonction à la résilience chez le travailleur social
- Éducateur spécialisé, le parent pauvre
- L’hypnose, un formidable outil pour le travailleur social
- Travailler en réseau : bénéfices et difficultés
- Les travailleurs sociaux sont-ils tous sur un pied d’égalité ?
- Travailleur social : gérer la lassitude professionnelle
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos bénéficiaires
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos collègues et notre hiérarchie
- Pourquoi nos métiers sont-ils si peu crédibles ?
- Eviter l’épuisement professionnel
- Les travailleurs sociaux et leur rapport à l’argent
- Travailleur social : cumuler plusieurs emplois pour ne pas s’épuiser
- Et moi, émoi... De l’importance des émotions dans le travail social
- Pauvreté et justice sociale : quand la colère gronde
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Travailleurs pauvres, les nouveaux bénéficiaires ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus