Travailleur social : gérer la lassitude professionnelle

Travailleur social: gérer la lassitude professionnelle

Je ne sais pas vous, mais, pour ma part, je me suis déjà vue plaquer mon job et partir faire quelque chose de complètement différent comme, par exemple, ouvrir un gite. Au-delà du mythe de la « vie rêvée », ce genre de fantasme se fait parfois l’écho d’une certaine forme de lassitude professionnelle qui, si elle n’est pas l’apanage de notre secteur, n’épargne pas pour autant le travailleur social.

Que faire par rapport à cette lassitude professionnelle que nous pouvons parfois rencontrer ? Et d’abord, d’où vient-elle ? Comment gérer ces périodes, que pouvons-nous mettre en place pour y faire face, ou l’utiliser comme un moteur de changement ? En effet, autant elle peut être passagère, autant elle peut être le signal d’une détresse plus profonde, à prendre en compte si nous ne voulons pas nous y noyer.

Compréhensible, au vu de la durée d’une carrière professionnelle

Dans tous secteurs confondus, il est rare de rencontrer un professionnel qui ne connaîtra jamais un moment de lassitude par rapport à son travail. Après tout, une carrière professionnelle complète dure, à l’heure actuelle, pas loin de 45 ans. Pour peu qu’on passe toutes ces années chez le même employeur, une certaine lassitude peut s’installer au fil du temps, ce qui est, somme toute, plutôt compréhensible. Les travailleurs qui changent d’employeurs et / ou de secteurs y sont aussi sujets, car, lorsqu’on y réfléchit bien, nous passons beaucoup d’années et beaucoup d’heures à travailler. Comme beaucoup, le travailleur social n’est pas à l’abri d’une certaine lassitude par rapport à son métier.

Episodes parfois temporaires

Ces épisodes de lassitude peuvent être temporaires, et il est parfaitement compréhensible d’y être confrontés à de multiples reprises durant sa carrière professionnelle. Nous avons tous des « coups de mou » et, en général, il suffit d’un peu de repos ou d’un événement ressourçant pour passer à autre chose. Nos métiers étant particulièrement exigeants au niveau psychologique, il est nécessaire de se ménager des zones « tampon ».

Les « zones tampon », garants d’un certain équilibre

C’est d’ailleurs la partie la moins « sexy » de notre routine journalière, mais elle est indispensable. Garder du temps de qualité pour soi, sa famille et ses loisirs. Pratiquer une activité qui nous épanouit, nous permet de relâcher la pression et d’arrêter de « ressasser » indéfiniment. Certains d’entre nous vont aussi passer des soirées à zapper d’une émission TV à une autre, toujours dans le but de décompresser de leurs journées. À long terme, outre le fait d’exercer en adéquation avec nos valeurs, un certain équilibre entre vies privée et professionnelle est primordial.

Un déséquilibre plus profond

Parfois, la lassitude professionnelle est le signe d’un déséquilibre plus profond. Cela arrive lorsque nous sommes tiraillés dans nos valeurs par exemple. Nous pouvons aussi nous trouver dans cette situation lorsque nous sommes soumis, de manière répétée et / ou prolongée, à une charge de travail trop lourde, ou encore à des pressions psychologiques. Nos aspirations évoluent également avec le temps, aussi, parfois nous nous retrouvons en inadéquation avec la fonction que nous exerçons. À d’autres moments, nous pouvons nous retrouver dans des organisations qui évoluent dans une direction qui ne nous convient plus.

Attention à la sur-adaptation

Ces situations sont plus délicates à gérer, car la lassitude qui en découle est le symptôme d’un mal être ou d’un déséquilibre profond. Appliquer une stratégie de « défoulement » ou de « délassement » peut fonctionner, si cela permet de prendre du recul par rapport à l’élément créant le déséquilibre. Parfois, ce n’est pas suffisant, et un véritable travail sur soi est nécessaire. Attention toutefois à la sur-adaptation, in fine encore plus néfaste. À d’autres moments, notre environnement professionnel est néfaste et, tout simplement, ne nous convient pas. À nous de décider ce que nous faisons de cette donnée. En effet, il est possible d’essayer de faire pousser un olivier en Norvège, mais ce sera au prix d’un lourd travail d’adaptation de l’espèce, et pour un résultat incertain.

MF - travailleuse sociale

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Commentaires - 1 message
  • Je suis interessee

    lola58 jeudi 6 juin 2019 19:55

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