Soins psychiatriques à domicile : continuer le travail coûte que coûte

Soins psychiatriques à domicile: continuer le travail coûte que coûte

Ludovic Dahlem est président de l’association professionnelle des éducateurs spécialisés et éducateur spécialisé dans une équipe mobile de soins psychiatriques à domicile. Il nous raconte le quotidien chamboulé de ces structures de santé mentale. Entre la nécessité de soutenir, d’accompagner les bénéficiaires et la peur liée à la propagation du Covid-19. Interview.

Guide Social : Face à la crise sanitaire qui frappe actuellement notre pays, quelles ont été les modifications opérées sur le fonctionnement des équipes mobiles de soins psychiatriques à domicile ?

Ludovic Dahlem : La plupart de notre équipe est en télétravail. Nous avons fait le choix de nous déplacer uniquement pour des rendez-vous importants au niveau clinique. Humainement, nous ne pouvons pas faire autrement que d’aider nos bénéficiaires, nous n’avons aucune hésitation à poursuivre notre travail. En même temps nous avons peur de contaminer des usagers ou bien de nous-même attraper le virus. Nous essayons vraiment d’éviter au maximum les contacts mais certains cas nécessitent une présence à domicile. Dans ce cas-là, nous veillons à garder la distance nécessaire.

Guide Social : Bénéficiez-vous de matériel de protection pour vous rendre au domicile des usagers ?

Ludovic Dahlem : Notre secteur a reçu une série de recommandations dont notamment le port de masques. Nous sommes donc en attente d’en recevoir. Le souci est que le secteur hospitalier est déjà frappé par une pénurie… Nous ne sommes pas prioritaires. Pourtant, nous aussi, nous sommes en contact avec des bénéficiaires. Il y a donc des risques de leur transmettre le coronavirus et nous aussi d’être contaminés. Comme expliqué, certains membres de mon équipe mobile se rendent toujours au domicile de bénéficiaires et cela avec peu voire pas du tout de matériel de protection adéquat. Des collègues se sont donc arrangés pour confectionner eux-mêmes des masques en tissu. C’est toujours mieux que rien. En attendant…

"Certains de nos bénéficiaires vivent des moments terribles. La situation actuelle est une source d’anxiété"

Guide Social : Comment gardez-vous le contact avec l’ensemble de vos bénéficiaires ? Avez-vous recours à l’utilisation de la visioconférence ?

Ludovic Dahlem : Certains de nos bénéficiaires vivent des moments terribles. La situation actuelle est une vraie source d’anxiété, pour eux… Ils sont nombreux à souffrir d’isolement social. C’est un climat très anxiogène. Chaque équipe mobile accueille une équipe de crise, celle qui se rend encore sur le terrain ainsi qu’un service de suivi continu. Les travailleurs de ce dernier sont actuellement majoritairement en télétravail. Mais, pas question de couper le lien pour autant : les bénéficiaires peuvent nous contacter par téléphone tous les jours pour échanger. Nous leur téléphonons aussi régulièrement. Nous n’utilisons pas la visioconférence, par contre. Ce dispositif n’est pas accessible pour une partie de nos bénéficiaires. De plus, une question se pose également au niveau de la sécurité des données.

Propos recueillis par E.V.

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