Travailleurs sociaux en milieu hospitalier : "Le service social fait du soin !"

Travailleurs sociaux en milieu hospitalier:

Parmi les experts du groupe de travail du déconfinement, aucun représentant ou presque du secteur psycho-médico-social… Face à cette absence de concertation, une série d’acteurs de terrain vont livrer leurs priorités et leurs recommandations pour l’après. Aujourd’hui, c’est au tour de l’association francophone des travailleurs sociaux en milieu hospitalier. Pour Hospisoc, une des leçons à tirer de cette pandémie est l’importance d’investir dans les métiers de l’humain.

Constats liés à la pandémie

  • La dimension psychosociale est indispensable aux soins ; la déshumanisation des soins a des effets délétères qui ont pu être identifiés. Nous avons, à plusieurs reprises, mis en évidence cette tendance, notamment dans le cadre des logiques "Durée Moyenne de Séjour". Dans le contexte de Covid 19, ce sont l’isolement, les mesures de protection, la technicité des soins et la mise à distance de l’entourage qui ont alimententé le risque de déshumanisation. Mais en dehors de cela, nous observons malheureusement souvent ce même type de dérive, vu le manque de temps ou d’intérêt pour une prise en charge globale qui place le patient et son entourage au centre des préoccupations.
  • Les difficultés liées à la disponibilité d’oxygène.
  • Les difficultés d’admission en MR/MRS.
  • La reconnaissance du rôle de lien vers l’extérieur pour le travailleur social, relais indispensable avec l’entourage du patient.
  • L’INCERTITUDE à de nombreux niveaux fut la grande difficulté dans l’organisation des soins : les métiers hospitaliers ont perdu leurs repères, l’improvisation s’est invitée au jour le jour.
  • Le fait de couper le patient de toutes relations (dont les relations familiales rassurantes) a pu favoriser le syndrome de glissement.
  • L’élaboration des projets de soins/de sortie a dû se faire avec un strict minimum de contacts (parfois sans contact) avec le patient.
  • L’aspect humain a été contraint de sortir des murs hospitaliers : les patients se sont retrouvés seuls face à la maladie, à la mort…Quelle société peut priver de liberté et abandonner ses mourants ?
  • La nécessité de faire appel à des services de transports adaptés type ambulance par manque d’autre solution ou par précaution sanitaire (désinfection du véhicule nécessaire). Les familles, l’entourage du patient ainsi que les chauffeurs volontaires habituellement sollicités pour les transports des patients, notamment dans le cadre des maladies chroniques (dialyse, oncologie,..) étaient soit confinés, soit ne souhaitaient pas prendre le risque de "fréquenter les hopitaux". Cela représente un surcoût énorme à charge du patient. Nous sommes une fois de plus, confrontés à la complexité des réglementations en manière de remboursement des transports des patients (remboursement des transports non urgents en RW). Le contexte de cette pandémie a encore mis en évidence la nécessité d’intégrer les logiques de transport des malades aux trajets de soins.

Recommandations d’Hospisoc

  • Priorité à l’humain : investissement dans les métiers de l’humain. Reconnaissance et valorisation des fonctions qui permettent l’intégration de la dimension psychosociale du soin. Le service social est identifié comme personne qui lie l’intérieur avec l’extérieur : le service social fait du soin ! Hospisoc a déjà pu s’exprimer quant au souhait des travailleurs sociaux que l’acte intellectuel centré sur l’écoute, la communication et l’information soit valorisé afin que la rencontre entre le professionnel de la santé et le patient ne soit réduit à sa plus simple expression. Dans le même ordre d’idées, nous souhaitons que les visites au sein des hôpitaux puissent s’organiser dès que possible tout en garantissant la sécurité des patients, des familles et du personnel soignant. Pour la prochaine pandémie, il doit y avoir un point " accompagnement de la fin de vie". Par exemple, penser le volume de matériel nécessaire tant pour les soignants que pour les familles !!! C’ est un élément très concret mais nos politiques doivent mettre des guidelines aussi pour la gestion de la mort ( des fins de vie à l’hôpital jusqu’au deuil des familles).
  • Vidéo-conférence : Cet outil a été déployé dans l’urgence afin de pallier au plus vite à l’absence de contacts entre le patient et son entourage. Ce dispositif doit, à l’avenir, faire partie des outils à disposition des soignants mais il est nécessaire de fixer un cadre, de cibler les applications les plus cohérents ... Les travailleurs sociaux devront être intégrés à la réflexion. En dehors de ce contexte du covid-19, nous recommandions déjà d’encourager les hôpitaux à améliorer les conditions d’utilisation de la vidéo-conférence, notamment dans le cadre de l’interprétariat.
  • Télétravail : Les services sociaux hospitaliers ont dû s’adapter et, tout comme les autres professionnels, faire preuve de créativité. Le télétravail a été expérimenté au sein de certaines institutions. Bien que cette approche n’ait jamais été envisagée auparavant, elle a permis d’assurer la continuité de la prise en charge psychosociale tout en respectant les consignes de limitation du nombre d’intervenants au sein des unités de soins et des services supports. Ce dispositif n’a pu être déployé qu’au sein des structures qui ont été en mesure d’externaliser les outils nécessaires à la continuité des soins (déviation des lignes téléphoniques, accès au dossier patient informatisé, …). Une réflexion sur le travail social en situation d’urgence, de crise devra être menée dans le contexte plus général du recours de télétravail, télémédecine, notamment afin de garantir que ces dispositifs techniques ne renforcent pas une forme de déshumanisation des soins que nous dénonçons et combattons régulièrement.
  • Technologies numériques : Depuis sa création, Hospisoc tient à avoir une attitude proactive quant à l’implication des travailleurs sociaux hospitaliers dans le déploiement des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La pertinence sociale des technologies numériques en santé est apparue comme une évidence dans ce contexte de pandémie. En effet, divers dispositifs ont été déployés ou renforcés en vue de mettre en relation les patients et les prestataires de soins (ex : Safelink). Qu’en est-il réellement des informations collectées, partagées ? La sphère psychosociale du soin est-elle prise en compte ? Les travailleurs sociaux hospitaliers et les travailleurs sociaux des secteurs de la santé doivent également pouvoir entrer en relation entre eux et intégrer la communication avec le patient au travers de ces dispositifs. Il est nécessaire de valoriser les évaluations (psycho)sociales dans les hôpitaux mais également dans le cadre des politiques de soins intégrés où le numérique prendra de plus en plus de place.
  • Temporalité de la prise en charge des patients : Sortie de la logique DMS (Durée Moyenne de Séjour) ? Cette crise a mis en évidence l’importance de la relation et du temps nécessaire pour développer celle-ci. Les travailleurs sociaux réclament depuis longtemps une prise en compte des indicateurs sociaux qui expliquent souvent la sévérité́ de certaines pathologies et la nécessité́ de prolonger les séjours hospitaliers au-delà̀ ce qui est prévu par la norme de financement.
  • Structures « tampons » : Hospisoc a déjà exprimé être favorable à la création de structures « tampons » entre l’hôpital et le domicile. Ces mesures pourraient minimiser les risques d’une sortie précipitée de l’hôpital. La situation actuelle a mis en évidence la nécessité de telles structures. Les quelques initiatives annoncées ont malheureusement tardé à se mettre en place. Des solutions de ce type doivent être développées afin d’anticiper la diminution de la capacité d’absorption des structures d’aval avec la reprise de l’activité hospitalière (hors covid-19) —> exemple centre de revalidation. Nous avons trop assisté à la scission des Ministres de la Santé et des lieux de vie ! Il y a eu un manque de cohérence entre les lieux de vie et les lieux de soins ! ( SPF/RW). Nous réclamons une meilleure coordination quant aux dispositions à prendre vis-à-vis des lieux d’hébergement indépendamment des pouvoirs organisateurs dont ils dépendent.
  • Tracing  : La dimension psychosociale doit impérativement être évaluée dans le cadre des enquêtes tracing. Les enquêteurs doivent disposer d’outils de screening susceptibles d’identifier les situations qui nécessitent d’activer un dispositif psychosocial. Les enquêteurs doivent être capables d’activer ces dispositifs. Quid de la coordination, centralisation des demandes psychosociales ?
  • Transport  : Envisager des solutions de remboursements spécifiques pour la continuité des la prise en charge ambulatoire des patients s’ils ne peuvent plus faire appel à leur entourage ou aux chauffeurs volontaires (confinement). De manière plus générale (hors crise), Hospisoc revendique une meilleure intégration des coûts du transport aux circuits de soins du patient. Nous souhaitons une simplification et une harmonisation des modes de remboursements.

Hospisoc

[Dossier déconfinement : la parole est au terrain]



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