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Éducateur spécialisé, le parent pauvre

04/11/19
Éducateur spécialisé, le parent pauvre

Je suis éducatrice spécialisée et je n’ai jamais eu l’impression d’exercer un métier ayant peu de valeur ou une utilité toute relative. Pourtant, c’est de cette manière que mon métier est souvent perçu, en ce compris par mes collègues du secteur socio-éducatif. Et c’est sans doute cela le pire : cette catégorisation entre professionnels du même secteur, cette hiérarchisation que nous nous infligeons à nous-mêmes.

Notre secteur est riche de professions diverses, supposées travailler en harmonie afin d’aider au mieux les bénéficiaires. La plupart du temps, cela se passe très bien et c’est particulièrement enrichissant. Ceci dit, parfois, souvent insidieusement, cette harmonie est subtilement hiérarchisée : tous les professionnels ne sont pas considérés comme des pairs, chacun ayant son expertise. Au contraire, certaines professions sont perçues comme plus expertes que d’autres. Malheureusement pour tous.

Spécialisation de l’éducateur

Prenons l’exemple de l’éducateur spécialisé. Notre formation est essentiellement pratique, on nous enseigne énormément de techniques d’animation, de gestion de groupes et de gestion de suivis individuels. Nous sommes également formés en législation, psychologie, psychopédagogie, sociologie, etc. Ceci dit, notre travail est de suivre les personnes dans leur quotidien, pour penser et mettre en place des accompagnements spécifiques, dans le but de les aider dans leur chemin de vie.

Injustement perçus

Les ateliers que nous animons, les projets que nous mettons en place, les actes du quotidien que nous aidons à réaliser ont tous un objectif social et pédagogique spécifique. Pourtant, nous sommes souvent perçus comme des animateurs chargés d’occuper les journées des bénéficiaires, des professionnels sans connaissances spécifiques. Malheureusement, souvent, nous parlons peu en notre propre faveur : nous sommes souvent plus pratiques que théoriques, moins dans le verbe et plus dans l’action, ce qui est souvent compris comme une carence en expertise de la part de collègues aux formations plus étoffées théoriquement.

Titre non protégé

Nos études ouvrent la porte à très peu de passerelles universitaires. Nous sommes souvent hiérarchiquement subordonnés à des collègues ayant suivi une formation au cursus de même durée que le nôtre. Le comble : notre titre n’est pas protégé. N’importe qui peut prétendre à un emploi d’éducateur spécialisé. On penserait bien que les employeurs feraient la différence et engageraient des éducateurs pour des postes d’éducateurs, malgré l’absence de protection du titre. En fait non. Ce sont régulièrement des non éducateurs qui sont engagés pour des postes d’éducateurs. Comme si le fait d’être assistant en psycho, assistant social ou logopède pouvait faire de vous un « meilleur » éducateur qu’un éducateur formé et / ou expérimenté. Dit comme cela, c’est d’une logique imparable.

Une réelle expertise et une plus value non négligeable

Pourtant, nous avons une réelle expertise à partager et une réelle plus value à apporter au sein d’une équipe pluridisciplinaire ou lors de partenariats. Nous sommes plus que de simples exécutants ou agents de liaison entre les différents mondes (social, médical, juridique, etc.) qui gravitent autour de la personne. Au même titre que chaque professionnel accompagnant, nous avons une connaissance spécifique du bénéficiaire. Nous le voyons dans son quotidien, sur son territoire et de manière répétée sur le long terme, ce qui est rarement le cas des autres professions.

MF - travailleuse social

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Commentaires - 9 messages
  • Bonjour, précisons que le niveau a3 n est pas Supérieur ! ? D ailleurs educateur a3 n existe pas rellement... on parlera juste d un niveau de secondaire inférieur réussi ou assimilé.

    Malgré tout, beau partage même si dans chaque secteur, parce qu'ils sont nombreux, le travail n est pas toujours axé sur le quotidien et que le ressenti de l educateur spécialisé n est pas le même partout.

    Ludod lundi 4 novembre 2019 09:58
  • Petite confusion?
    A1 = bachelier (bac + 3)
    A2 = études secondaires

    Ana Evangelista lundi 4 novembre 2019 12:30
  • bonjour,
    Je suis secrétaire de direction et vous comprend tout Í  fait! Nous sommes "remplacées" par des niveaux secondaires ou inférieurs parce qu'ils coûtent moins cher! Ajoutez Í  cela la multitude de personnes qui ne trouvent pas d'emploi dans leur formation initiale et qui font de l'administratif... plus les formations de quelques semaines qui se vantent de former des secrétaires et voilÍ  plus d'emploi pour les gens qualifiés! Je me demande pourquoi ces titres ne sont pas protégés! Pour moi, si on ne veut plus de gens qualifiés pourquoi ne supprime-t-on pas simplement les études? Chacun son boulot et puis c'est tout!

    aveyron jeudi 7 novembre 2019 12:19
  • DéjÍ  ce serait cool de faire la différence A3 et A1, je sais pas qui a écrit l'article mais il se plante. Ensuite il faudrait ne pas faire de généralité : le plus souvent on engage des A2 (humanités) plutôt que des A1 (Bachelier) pour des question de budget (salaire plus bas). Ce serait bien justement d'en finir avec ces vieilles distinctions. A1 = éducateur, A2 = assistant éducateur (ou une autre appellation mais pas éducateur!) et A3 (humanités inférieures) auxiliaire d'éducation. Cela revaloriserait notre diplôme.

    Marc7060 vendredi 8 novembre 2019 09:27
  • bonjour
    Je connais très bien toute cette situation.
    Je veux juste savoir si quelque chose est prévu ou mis en place juridiquement pour que le titre d'éducateur spécialisé devienne protégé.
    Bonne journée

    samedi vendredi 8 novembre 2019 10:30
  • Je rejoins dans les grandes lignes votre analyse. Soyons mitigé dans notre regard, j'ai depuis 26 ans connu des A2 très performant ainsi que des AS dans leur fonf fonction ES.
    Í? l'inverse, même formé des ES ont décroché peut-être n'étaient ils pas dans le bon secteur.
    L'aberration est, comme vous le dites, la non reconnaissance du titre. C'est un choix politique au moment où cette profession est de plus en plus représentée dans divers secteurs, avec des missions spécifiques et l'obligation d'un partage interdisciplinaire pour lequel l'edu spécialisé est formé.
    La faiblesse, peut-être je peux me tromper, l'écriture car l'educ reste un acteur de terrain, du vivant peut-être +
    Bav

    Eddy wery vendredi 8 novembre 2019 15:15
  • Pour répondre Í  la question de savoir si le titre est protégé, non il ne l'est pas et c'est un grand tort.
    Il me semble qu'il y a quelques années, une éduc A1 avait fait circuler une pétition pour que le titre soit reconnu et protégé mais cela n'a rien donné! Une volonté politique pour "que tout le monde (et surtout les moins diplômés) ait de l'emploi!!! et les A1, ils font quoi???

    aveyron vendredi 8 novembre 2019 19:03
  • Je me permettrai d'ajouter que ce ne sont pas les psychologues, assistants sociaux, logopèdes et autres qui vont contester cette situation inique qui leur permet de piquer le boulot d'un autre. Au contraire, ils vont nous nous déballer leurs sempiternels " c'est chouette" pour ne pas faire avancer le débat et pour maintenir une réalité favorable Í  leurs statuts. Ce n'est pas une pétition qui changera quelque chose mais une bonne mobilisation dans les rues.

    samedi mardi 12 novembre 2019 11:17
  • Cette "non reconnaissance" de diplôme se répète et se retrouve actuellement dans presque tous les secteurs liés Í  l'éducation, en Belgique.

    Actuellement, si j'ai bien compris quelques collègues ES dans le domaine de l'aide Í  la jeunesse, dans ce secteur-lÍ , les éducateurs A1 y sont toujours recherchés et avec ce diplôme-lÍ .

    Par contre, dans le domaine de l'accompagnement des personnes dites handicapées, les éducateurs A1 n'y seraient plus engagés que s'ils acceptent de travailler avec un barême salarial inférieur (barême d'éducateur A2). De plus en plus d'éducateurs dits A3 sont également recherchés dans ce domaine éducatif, formés sur le terrain par quelques formations sommaires - loin des 3 Í  4 années d'études et de stages pour des bâcheliers éducateurs (tout cela, question de coûts financiers nous dit-on).

    Le non marchand ne rapporte pas d'argent Í  l'Etat, il lui en coûte et l'Etat veut faire des économies, quitte Í  faire un bond en arrière en matière de prise en charge éducative de qualité.

    Yet dimanche 23 février 2020 14:58

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