Chronique d’un psy : "L’art de communiquer comme la Compsy"

Chronique d'un psy:

Dans la tourmente depuis quelques jours, la Compsy tente de ne pas sombrer sous le poids des décisions branlantes de ses instances disciplinaires. Retour sur une communication désastreuse, commentée par T. Persons.

[DOSSIER]
- La réaction de la Commission des Psychologues !
- "Qui bafoue la dignité des psychologues cliniciens ?"
- Chronique d’un psy : "Trop sexy pour être psy ?"

Y a-t-il un·e psy pour sauver la Compsy ? Quelqu’un qui a fait des études pour comprendre, être bienveillant, proposer des outils ? Savoir quand parler ? Quand se taire ? Il faut dire, dans les 15 000 psy qu’elle est censée représenter, il doit bien y avoir un ou deux olibrius capables de s’exprimer en toute transparence ? A priori, oui. Et pourtant…

Pour les quelques rares psychologues qui sont passés à côté de l’actualité, voici un résumé de ce qui s’est tramé cette semaine. En premier lieu, on apprend par la presse que nos instances disciplinaires ont condamné d’un avertissement une consœur pour avoir – entre autres – atteint à la dignité de notre profession en publiant des photos d’elle sur Instagram. Première réaction de la Compsy par communiqué à ses membres et à la presse : nous ne commenterons pas ! Séparation des pouvoirs oblige, silence radio. Puis, trois jours plus tard, en pleine nuit, un e-mail apparait dans nos boites mail : la Compsy fait du rétropédalage. En fait, on s’en masse de la séparation des pouvoirs et on donne notre avis, sur une autre sombre affaire, sans donner les détails, tout en se disant qu’on ne cancane pas vraiment sur une affaire en cours mais, en soi, on le fait quand même. Là, par contre, l’indépendance, la neutralité, on s’en fout. On aura confirmation dans la presse au matin, que la Compsy a - d’un commun accord – suspendu un membre de son conseil disciplinaire. Un de ceux qui a jugé qu’une photo sexy en 2021, c’est mal. Pourquoi ? Une plainte à son encontre. Celui-ci aurait eu une relation sexuelle avec une de ses anciennes patientes, prostituée, qu’il aurait suivie durant plus de deux ans de thérapie.

Ah oui. Sur l’échelle du malaise, on est entre les propos négationnistes de votre oncle bourré et les tweets de Donald Trump. Du coup, on est en droit de s’attendre à quelque chose d’un peu plus authentique venant d’un organe publique. Eh bien, non. Soit, comme visiblement, l’art de communiquer fait défaut à la Commission des Psychologues, j’ai pris la décision de m’auto-proclamer porte-parole éphémère de la Compsy, histoire de montrer humblement la voie.

Plus ou moins 90 % des psy n’ont pas voté

Tout d’abord, ce qui s’impose, ce sont des excuses. On est franchement désolé de vous ponctionner de 95 euros par an. Si l’on avait été sincère depuis le début, on vous aurait dit que cette somme, c’était avant tout pour nous éviter la banqueroute. On a été maladroit, on a mal géré nos finances. Il faut dire, on est un peu déconnecté de la réalité, pas très au clair avec nos missions et puis, n’être compétent que pour le port du titre sans avoir son mot à dire sur l’exercice de la psychologie, c’est fort limitant. Bref, pour tout ça, mille fois : pardon.

Ensuite, en ce qui concerne les organes disciplinaires, on est fort embêtés. On vous a bassiné avec nos chiffres, le nombre de plaintes que l’on traite, mais si l’on devait n’en ressortir qu’un seul, ce serait celui de la participation aux dernières élections pour élire les garants de notre déontologie : plus ou moins 90 % des psy n’ont pas voté. Alors, on en prend note. De fait, le Conseil Disciplinaire a déconné, mais on ne le dira pas franchement et on gardera toujours la même ligne de conduite. On a compris votre colère, votre incompréhension et on ne fera pas dans la niaiserie en vous disant que l’on va y réfléchir en interne. Non, ce que l’on veut, c’est vous représenter à 100 %. C’est pourquoi, on va se réformer. Tout va changer et vous avez votre mot à dire. On ne veut pas uniquement votre argent. On a compris qu’il va falloir prendre un virage dans la mise en œuvre de nos missions, mais on a peur, parce qu’on se sent seuls, illégitimes, parce qu’on n’est pas forcément des plus compétents et que contenter des psy, c’est aussi simple que d’arriver à un accord de paix au Proche-Orient.

Bref, si je devais bosser la communication de la Commission de Psychologues, je dirais quelque chose dans le genre, en mieux torché et présenté à une heure décente. En attendant, on est reparti dans la tourmente médiatique, à l’heure où l’avenir du financement de notre profession se joue. Mauvais timing ou occasion inespérée pour faire table rase du passé ? Cela dépendra de la Compsy. Puis, à défaut de savoir communiquer, peut-être sait-elle écouter radicalement ? Pour un psy, ça aide…

T. Persons

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Commentaires - 1 message
  • Grand merci pour cet éclairage T.Persons!
    Etre clair et transparent est un de mes credos...

    TL

    psyberty jeudi 21 janvier 2021 10:49

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