Crowdfunding associatif, je t’aime, moi non plus

Crowdfunding associatif, je t'aime, moi non plus

Le crowdfunding est entré dans les moeurs. Tellement, à vrai dire, qu’on y trouve de tout, et qu’il est de plus en plus difficile pour les projets d’être remarqués. Le secteur associatif n’y échappe pas, et nombreuses sont les associations à tenter d’y trouver un financement supplémentaire. Personnellement, je trouve le principe vraiment intéressant, s’agissant d’aider de jeunes entrepreneurs à se lancer. En ce qui concerne le travail social et associatif, je suis un peu plus mitigée …

Le crowdfunding est devenu une réelle alternative au financement de projets, qu’ils soient de nature commerciale, sociale ou associative. Ce type de financement prend tellement d’essor que sa réussite conditionne parfois l’octroi de certains prêts bancaires à de jeunes entrepreneurs. Pour un entrepreneur, il peut être une alternative intéressante à un lourd financement à rembourser. Le secteur associatif y voit parfois une meilleure source de financement que la voie plus traditionnelle des subsides publics.

Le crowdfunding, un financement direct

Pour ceux qui l’ignoreraient, le crowdfunding est une financement participatif, lors duquel le porteur de projet sollicite l’aide de la communauté pour mener à bien son projet. En échange de participations financières, les contributeurs peuvent même recevoir des contreparties. Evidemment, cette pratique est encadrée : le porteur de projet doit définir un montant à atteindre, faute de quoi les contributions seront restituées aux donateurs. De plus, la plateforme hébergeant le projet en devenir exerce un certain contrôle sur la manière dont les fonds seront utilisés, ne fut-ce que pour que l’argent serve bien à ce à quoi il est supposé servir.

Compétences et réseau

Pour un entrepreneur, une campagne de crowdfunding bien menée peut remplacer un financement bancaire, parfois lourd à porter, surtout si l’entreprise est jeune. Une association pourra y voir une manière plus directe, simple et efficace de recevoir une partie ou la totalité des fonds nécessaires à mener à bien un projet, ou simplement à fonctionner. Le souci est que mener une campagne de crowdfunding n’est pas si simple. Ces campagnes pullulent littéralement et il faut sortir du lot. De nombreuses stratégies sont à mettre en oeuvre pour réussir sa campagne et atteindre ses objectifs. À un point tel que mener une campagne de crowdfunding devient presque un métier à part entière. Il faut donc y consacrer du temps, de l’énergie, des compétences et des moyens. Il faut également avoir un solide réseau, car c’est ce dernier qui sera le plus sollicité, que ce soit pour les contributions ou pour la diffusion du projet.

Temps, énergie et activation du réseau

Le temps et l’énergie sont des denrées qui manquent souvent dans les équipes associatives, du moins chez les plus petites, qui sont souvent celles qui ont le plus besoin de financements. Quadrature du cercle, quand tu nous tiens … Les compétences digitales manquent parfois aussi, sauf chez les plus jeunes travailleurs. Les moyens font souvent défaut dans les associations. Pour mener une campagne de crowdfunding réussie, il faut impérativement tourner une ou plusieurs vidéos de qualité, présentant le projet et son avancée. Il faut aussi animer la campagne sur les réseaux sociaux, en créant du contenu visuellement attractif. Heureusement, de nombreuses applications et programmes gratuits existent … Par contre, mettre tout ceci en oeuvre nécessite du temps, autrement dit, des moyens humains compétents. Ne nous leurrons pas, il faut impérativement un solide réseau, car c’est ce dernier qui financera le projet et le diffusera.

Crowdfunding ou crowdgiving

Un des principes du crowdfunding est la contrepartie : les contributeurs en reçoivent une en fonction de leur contribution. Pour être rentable, le coût des contreparties doit faire partie du budget du projet. Les associations n’ont pas toujours la possibilité d’offrir des contreparties à leurs contributeurs. Qu’à cela ne tienne, il leur est possible de mettre en place des campagnes de « crowdgiving », version 2.0 d’une campagne de recherche de donateurs. De telles campagnes permettent de toucher plus de monde et de faire connaître son projet, sans contreparties aux dons reçus.

Générosité individuelle versus solidarité nationale

L’associatif a toujours fonctionné en grande partie grâce à la générosité de donateurs privés. La solidarité s’y exprime d’ailleurs de différentes manières, que ce soit via le bénévolat ou via les dons, financiers ou matériels. Ne vous méprenez pas, je suis admirative devant les expressions de solidarité citoyenne que je rencontre dans le secteur associatif. Là où je m’interroge, c’est lorsque ces appels à la solidarité sont le reflet d’un désengagement des pouvoirs publics, alors là même que le secteur associatif remplit des missions essentielles à la société et que chaque citoyen paye des impôts censés servir à financer la sécurité sociale, et donc la solidarité entre tous et l’aide aux plus démunis. (lien vers https://pro.guidesocial.be/articles/opinion/charity-business-et-travail-social-une-mascarade.html ) Si les associations doivent recourir au crowdfunding pour exister, c’est une preuve de plus que notre système social est en danger.

MF - travailleuse sociale

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