Educateur spécialisé : couteau suisse mal considéré

Educateur spécialisé : couteau suisse mal considéré

C’est trop souvent le cas dans certains milieux pluridisciplinaires : les éducateurs ont rarement voix au chapitre et sont souvent relégués au rang d’exécutants, alors que leur connaissance des bénéficiaires et leurs apports peuvent être extrêmement riches. Souvent considérés comme des couteaux suisses, les équipes gagneraient pourtant à leur reconnaître plus de valeur.

J’ai souvent constaté qu’au sein de certaines équipes pluridisciplinaires, principalement dans des milieux plus « techniques », comme le médical par exemple, les éducateurs spécialisés avaient rarement voix au chapitre. Souvent considérés comme de simples exécutants, ils ont pourtant une connaissance des bénéficiaires très intéressante et une réelle expertise professionnelle. Pourtant, cette dernière est peu valorisée.

Une place et un rôle …

Au sein d’une équipe pluridisciplinaire, chacun a sa place et son rôle, et c’est extrêmement important, afin que le service tourne correctement et que le travail soit fait de manière satisfaisante. Dans certains milieux, la place de l’éducateur est parfaitement claire et valorisée au même titre que les autres postes : il travaille au quotidien avec les bénéficiaires et permet à ses collègues de bénéficier de cette connaissance essentielle. Il enrichit dès lors les réunions et échanges de son expertise, de la même manière que les autres spécialités.

Pas toujours évidents !

Dans des équipes plus « techniques » ou des milieux traditionnellement plus hiérarchisés et où ce type de travail est moins ancré dans les habitudes, c’est une autre paire de manches ! L’éducateur y sera plus facilement perçu comme un poste « fourre-tout », qui viendra en renfort ou s’occupera d’activités annexes au « travail indispensable » : diagnostic, soins, gestion etc. Un fait assez révélateur est d’ailleurs le manque de participation des éducateurs aux réunions d’équipe : souvent ils n’y sont pas conviés, ou leur domaine d’expertise n’y est pas sollicité.

Une expertise peu comprise

La raison est malheureusement très simple : les traditions de formation de ces métiers plus techniques laissent peu de place au travail social, systémique, environnemental. Ces aspects commencent à être plus valorisés, mais pas encore suffisamment pour modifier en profondeur les habitudes de travail. Les éducateurs, qui ne peuvent démontrer d’une utilité technique claire et précise, peinent donc à y trouver leur place. On ne comprend tout simplement pas en quoi leur travail relève d’un domaine d’expertise : ils ne démêlent pas des imbroglios administratifs, ne participent pas à la rééducation, ne sont pas les garants de la sécurité …

Trouver sa place et faire entendre sa voix

Dans ce contexte, il est difficile de trouver sa place et de faire entendre sa voix : se contenter d’un rôle d’exécutant des tâches surnuméraires, voir son domaine de travail peu représenté et pas plus entendu peut devenir assez frustrant professionnellement. Sans parler du fait que la richesse potentielle de tous ces apports est mise de côté. J’ai vu beaucoup d’éducateurs spécialisés travaillant en milieu hospitalier ou carcéral se décourager et s’étioler professionnellement à cause de ce manque de considération.

L’importance du travail sur le quotidien

Ce sont pourtant des milieux qui gagneraient énormément à bénéficier des apports d’un travailleur social centré sur le quotidien des personnes. En effet, si l’on veut pouvoir aider durablement les bénéficiaires, et que les effets perdurent une fois ces derniers de retour dans leur milieu de vie, il faut un travail sur le quotidien … Dont l’éducateur spécialisé est le garant. Fort heureusement, il semblerait que l’on aille vers l’ouverture et le décloisonnement des pratiques. Espérons donc qu’à l’avenir l’expertise de l’éducateur spécialisé soit mieux reconnue.

MF - Travailleuse sociale

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