Gare à la surenchère dans l'offre de services sociaux

Gare à la surenchère dans l'offre de services sociaux

Je travaille dans une association implantée au sein d’une ville moyenne. J’y ai constaté un phénomène qui semble récurrent dans ce type de villes : une certaine surenchère au niveau de l’offre de services dans le secteur social. Personnellement, il me semble que c’est quelque peu dommage, aussi bien en termes de réseau de travail qu’en ce qui concerne la relation au bénéficiaire, qui peut finir par se perdre dans un tel dédale de redondances.

Au sein de nos campagnes, il y a très souvent un problème au niveau de l’offre de services sociaux destinés aux habitants les plus fragilisés. En effet, de nombreux services y sont limités, voire inexistants, et il est très fréquemment compliqué de trouver des solutions pour des personnes à la fois isolées et financièrement démunies. A contrario, dans les agglomérations, mêmes moyennes, et malgré la volonté affichée d’instaurer un certain réseau de travail, on remarque le contraire : il existe une certaine surenchère au niveau de l’offre de services sociaux.

Surenchère, dans quel sens

Par surenchère, j’entends une multiplication du nombre de services / associations proposant le même type de services, à destination de la même population. Par exemple, une aide au déménagement à tarifs sociaux, ou encore diverses aides à domicile. Il est certain qu’en fonction de la taille de l’agglomération, et du type de population y résidant, plusieurs services faisant la même chose seront inévitablement nécessaires, si l’on veut espérer répondre aux besoins des personnes. Ceci dit, dans de nombreux cas, on peut observer une multiplication qui peut sembler anarchique et inutile, comme si aucun état des lieux de l’existant n’était réalisé avant de mettre en place le service concerné. Ce qui est d’ailleurs souvent le cas.

Pourquoi surenchérir ?

Concrètement, dans la ville où je travaille, qui est une commune d’environ 200.000 habitants, au taux de risque de pauvreté se situant dans la moyenne wallonne, ce ne sont pas moins de 5 services proposant une aide au déménagement social, dont un qui a ouvert très récemment. Les conditions d’accès y sont similaires, le mode de fonctionnement également. Est-il nécessaire d’avoir autant de propositions pour un même type d’aide ? D’expérience, la réponse me semble être non.

La coordination en question

Une telle surenchère se retrouve également pour d’autres offres de services. À mon sens, cela est préjudiciable à de multiples niveaux, aussi bien pour le professionnel que pour le bénéficiaire. Par le passé, j’ai travaillé dans des zones rurales, où l’offre était beaucoup plus limitée, en ce qui concerne ce qui ne relève pas de l’obligation minimale. Et justement, dans les milieux ruraux, il m’a semblé que la coordination des services était très forte, ce qui permettait d’être beaucoup plus efficients dans la mise en place de nouvelles initiatives.

De la responsabilité de chacun

Evidemment, plus une commune est petite, plus il est aisé de recenser les besoins et services existants, ainsi que de coordonner ces derniers. Des initiatives comme les Plans de Cohésion sociale facilitent ce travail. De cette manière, il devient possible de concentrer les forces et ressources afin de combler les manques de manière rationnelle. Dans une agglomération de taille plus importante, ce travail est particulièrement complexe. Qui plus est, il est inopérant si personne n’en prend connaissance, ce qui est très fréquent : combien de services et d’associations, existantes ou en devenir, prennent la peine de se renseigner réellement sur ce qui existe ? Ne fut-ce que pour ce fameux « annuaire des services d’aide à la personne », si nécessaire, et que nous semblons tous faire dans notre coin …

Une logique qui devient concurrentielle

Multiplier l’offre de services de manière anarchique revient un peu à créer un dédale compliqué pour le bénéficiaire, qui sera renvoyé vers tel ou tel interlocuteur, en fonction de la connaissance et de la sensibilité de la personne qui l’aiguillera. Pour le professionnel, ce n’est pas plus simple, car peu d’entre nous ont le temps d’approfondir les informations de base reçues sur le tissu local. Les services en question ne sont pas mieux lotis : à trop multiplier, il se crée une concurrence inutile et préjudiciable. En effet, tous doivent justifier la nécessité de leur existence auprès des bailleurs de fonds. Tout ceci pourrait être évité, ou à tout le moins limité, si chacun prenait le temps de faire un état des lieux de l’existant avant de mettre en place une proposition de services. De la sorte, il pourrait y avoir une réelle complémentarité au lieu de ce qui tend à devenir une logique concurrentielle.

MF - travailleuse social

[Du même auteur]
- Toujours en burn-out malgré les vacances...
- Vivre un deuil au travail
- De l’injonction à la résilience chez le travailleur social
- Éducateur spécialisé, le parent pauvre
- L’hypnose, un formidable outil pour le travailleur social
- Travailler en réseau : bénéfices et difficultés
- Les travailleurs sociaux sont-ils tous sur un pied d’égalité ?
- Travailleur social : gérer la lassitude professionnelle
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos bénéficiaires
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos collègues et notre hiérarchie
- Pourquoi nos métiers sont-ils si peu crédibles ?
- Eviter l’épuisement professionnel
- Les travailleurs sociaux et leur rapport à l’argent
- Travailleur social : cumuler plusieurs emplois pour ne pas s’épuiser
- Et moi, émoi... De l’importance des émotions dans le travail social
- Pauvreté et justice sociale : quand la colère gronde
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Travailleurs pauvres, les nouveaux bénéficiaires ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus