Travailler en équipe, un défi responsable !

Travailler en équipe, un défi responsable !

Travailler en équipe représente de beaux défis : on y partage ses compétences avec celles de l’autre, tout en tenant sa place. Un fonctionnement qui peut être riche, mais comporte aussi le risque de se perdre dans les méandres de la (dé)responsabilisation.

C’est étonnant tout de même, ce qui se joue en équipe. Depuis que j’ai rejoint la mienne il y a quelques mois, je n’ai de cesse que de m’émerveiller devant les fonctionnements qui lui sont propres, et qui sont si différents de ceux que j’ai connus avant. J’ai longtemps travaillé seule, capitaine unique d’un bateau rempli de dossiers tous plus complexes les uns que les autres. C’était une sacrée responsabilité que de mener ma barque, en collaboration avec « mes » jeunes et leur famille. C’en est une autre que de naviguer dans l’océan plus vaste et cadré d’une équipe.

Deux poids deux mesures

D’un côté, il y a cette sensation inconfortable d’être quasiment le seul responsable professionnel de situations en crise, et de l’autre, il y a le sentiment de ne pas trop savoir jusqu’où s’arrête notre marge de manœuvre (et donc là où commence celle de l’autre).

Cela dit, en équipe, il est un facteur dont on ne peut forcément pas faire fi : les collègues ! Et selon l’institution, pour peu qu’elle soit bien hiérarchisée et codifiée, les rôles de chacun peuvent être définis de manière très rigoureuse. Ainsi, la case « psychologue » ne renvoie pas aux même attentes que celle de la case « assistant social », lesquelles, mises de bout en bout, constituent le travail « multi-disciplinaire ».

Chacun sa casquette ?

Lorsqu’on travaille seul dans une situation, on est vite tenté (obligé ?) de porter plusieurs casquettes : tantôt celle du psychologue, puis celle de l’assistant social ou encore de l’autorité. Une manière de globaliser le travail, au bénéfice de l’usager. Cela dit, quand on travaille seul, il est aussi plus difficile d’assurer un travail spécialisé, mission que l’on confère davantage aux services multi (ou pluri) disciplinaires. A l’inverse, le travail en équipe au sein de structures très codifiées (comme les hôpitaux par exemple) implique que notre mission se cantonne aux compétences propres à notre diplôme.

Ma ou mes responsabilité(s) ?

De ce système, il émerge une logique de « l’engagement » qui diffère et pourrait se résumer à la question suivante : « Ma responsabilité s’arrête-t-elle là où celle de l’autre commence » ? J’ai parfois le sentiment que, pour peu que la réponse à cette question soit « oui », il y a un risque de déresponsabilisation de chacun.

Et ce risque se situe à plusieurs niveaux : qu’il s’agisse de la responsabilité inhérente aux travailleurs d’un même domaine (par exemple, tous les assistants sociaux se répartissent le suivi des patients, ce qui implique qu’ils n’aient que très peu de connaissances des situations suivies par les autres) ou de la responsabilité relative à la fonction en soi (par exemple, il est attendu de l’éducateur qu’il gère l’argent de poche du jeune qu’il suit, ce qui implique que personne d’autre n’y prêtera regard).

Équipe et risques

Au quotidien, je constate que plus on a de travail plus on compte sur l’autre pour répondre à une tâche qui pourrait nous être adressée. L’exemple typique du mail auquel personne ne répond est sans doute le plus parlant : chacun s’imagine que l’autre se saisira de la mission et prend alors une position passive, laissant celui qui demande face à un silence peu constructif.

Vigilance éclairée

Pour se prémunir de ce risque il y a lieu, comme toujours, de se référer constamment à l’éthique : qu’il s’agisse de l’éthique institutionnelle ou personnelle, elle comporte autant de garde-fous nécessaires à l’élaboration d’un travail « à plusieurs » efficace et respectueux de l’usager.

Dans son article sur l’éthique et la responsabilité au travail, Brigitte Bouquet nous rappelle qu’ Au sein de l’institution employeur, l’exercice de la responsabilité est le fait de tenir son poste de manière optimale, et la responsabilité éthique partagée est à la fois dans l’institution envers la personne, et de l’institution envers la société, et d’orienter notre réflexion sur la base du système de pensée élaboré par Max Weber : il s’agit de poser l’éthique de responsabilité (quels sont les enjeux de la situation, les responsabilités aux quelles fait face l’institution ?) et l’éthique de conviction (le fonctionnement et les objectifs solutions sont-ils compatibles avec les valeurs personnelles ) ?

Code éthique

Avoir conscience du risque que constitue une « responsabilité diffuse » dans le travail en équipe est, à mon sens, déjà une étape pour l’endiguer. Comme pour tout ce qui constitue le domaine de l’aide, il s’agit, une fois de plus, de se référer constamment à une éthique de travail portée vers l’autre, et trouvant son équilibre entre ses valeurs personnelles et celle de l’institution où on travaille.

L.T. assistante en psychologie

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