Travailler en équipe, une évidence ?

Travailler en équipe, une évidence ?

La plupart du temps, nous, acteurs du secteur social travaillons en équipe, parfois même en équipe pluridisciplinaire. Ce qui apparaît comme une évidence ne l’est pourtant pas. En effet, nous ne sommes pas tous égaux au niveau du travail en équipe et ce n’est pas toujours facile de composer avec les personnalités, manières de travailler et spécialités de chacun. Tous les contextes n’aident pas non plus à façonner ce fragile équilibre.

Rares sont les travailleurs sociaux qui ne fonctionnent pas en équipe. Pourtant, ce n’est pas ce à quoi notre société nous forme. Cette forme de collaboration si étroite n’est donc pas une évidence. Certains d’entre nous s’y adapteront et d’autres non. Lorsque le travail en équipe est possible pour le travailleur, certaines conditions doivent être respectées afin que cette collaboration révèle un tout qui est plus que la somme des parties qui le composent.

Un être social

La dénomination même du travailleur « social » semble vouloir tout dire : nous sommes censés être des êtres sociaux. L’être humain est d’ailleurs de base un être social et il a de tous temps eu tendance à vivre en communauté. Dans la plupart des boulots, il y a d’ailleurs un fonctionnement en équipe minimal requis. Que ce soit simplement partager la vie de l’entreprise ou travailler avec des collègues autour d’un projet pour lequel chacun s’acquittera (ou pas) de sa part de tâches.

Collaboration étroite

Au niveau des équipes sociales, cette vie est plus prégnante, en ce sens qu’il ne s’agit pas uniquement de travailler côte à côte dans la même organisation, mais de travailler ensemble autour de et avec un bénéficiaire. Des décisions doivent être prises conjointement, des orientations de travail doivent être décidées et des forces doivent s’équilibrer. En cela le travail d’équipe vécu par le travailleur social est plus complexe. Selon les équipes et les secteurs, la collaboration sera plus ou moins étroite, mais il y aura généralement toujours un seuil minimum.

Une société de compétition

Or, fonctionner de manière si étroitement collaborative n’est pas une évidence. En effet, notre système scolaire est principalement axé sur un mode individuel et compétitif. Il en va de même pour la plupart des activités sociales et sportives, même en ce qui concerne de nombreux sports d’équipe. La vie professionnelle est généralement du même acabit : nous sommes mis en compétition les uns avec les autres, que ce soit pour décrocher un emploi ou, parfois, pour le conserver.

Se connaître et s’accepter

Le travailleur social est donc plongé dans une « bulle coopérative ». Rien ne nous y prépare, si ce n’est, peut-être un peu nos études. Et encore. Certains vont s’y adapter plus aisément que d’autres et saisir la puissance de l’enrichissement mutuel apporté par le groupe. Pour d’autres, fonctionner à plusieurs sera source de grandes difficultés. Se connaître, ses forces, faiblesses et limites est essentiel. Encore plus essentielle est l’acceptation de ces mêmes forces, faiblesses et limites. En effet, cela n’a aucun sens de forcer l’adaptation dans un milieu qui ne nous convient absolument pas. Certaines personnes ont en effet beaucoup plus à offrir et à gagner en limitant le travail en équipe, qui sera beaucoup trop énergivore pour eux. Le savoir et agir en fonction est donc essentiel.

Bienveillance et transparence

Les choses seront plus aisées pour ceux qui évoluent dans un milieu professionnel qui leur con-vient. L’adaptation requise sera alors souvent tournée autour des modes de collaboration requis et des ajustements en termes de personnalité. Dans ces cas, le tout sera effectivement plus que la somme des parties qui le composent, mais à plusieurs conditions. La plus grande bienveillance doit être de mise, car on ne peut collaborer aussi étroitement lorsqu’on se sent mis en compétition avec ses collègues. Il est important aussi de pouvoir se rappeler des raisons pour lesquelles l’équipe travaille de cette manière. Le cadre doit donc être aussi clair et transparent que l’absence de compétition. Il n’y a pas de mystère, le management a, comme souvent, un rôle clé.

MF - travailleuse sociale

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