Travailler en réseau : bénéfices et difficultés

Travailler en réseau: bénéfices et difficultés

Nul n’est une île … Maxime bien connue. Et d’autant plus vraie dans notre secteur, où nous ne pouvons pas travailler seuls. Aucun service ne peut prétendre à une prise en charge globale de la personne, ne fut-ce que parce qu’il est impossible pour un seul et même service de développer une expertise dans tous les domaines d’accompagnement nécessaires. Travailler en réseau est devenu une évidence, mais comporte aussi des difficultés et des écueils. Petit tour d’horizon.

Travailler en réseau, c’est mutualiser les tâches et faire appel à différents services en fonction de l’expertise de chacun, afin d’optimiser la prise en charge de la personne ou de la famille. Au niveau du travailleur, le point supposé bénéficier le plus de ce type de fonctionnement est la communication entre les services. La personne ne devrait dès lors plus être « ballottée » de service en service, comme c’est parfois le cas pour les (rares) institutions ne fonctionnant pas en réseau. Malheureusement, ce fonctionnement comporte des inconvénients : parmi les plus évidents, nous pouvons citer la réunionnite. Ce n’est pourtant pas le seul.

Réunionnite, quand tu nous tiens

Nous avons tous connu cela : l’impression de passer la majorité de sa journée en réunion, pour une efficacité relative. Malheureusement, c’est une des dérives du travail en réseau. Cet inconvénient est, à la base, tout à fait compréhensible et acceptable. En effet, la réunion, le fait de voir et de parler en direct entre tous, ou majorité d’intervenants, reste le moyen le plus pratique et le plus démocratique d’avancer dans le travail, surtout au niveau social. C’est un moyen de communication privilégié, même s’il suppose d’accepter une certaine lenteur, parfois difficile à gérer, surtout dans une société qui est de plus en plus celle de l’immédiat. Ceci dit, souvent, les réunions se multiplient, sans que se multiplient les prises de décision, entraînant la lassitude des participants … Attention donc à la manière dont ces réunions sont gérées, clé de leur succès.

Discrimination et cadenassage

Une autre dérive du travail en réseau, bien plus subtile, est la discrimination à l’encontre des services ne faisant pas partie du réseau. Parfois, un réseau est constitué de plusieurs associations regroupées en une interrégionale, ou de plusieurs services regroupés en intercommunales, etc. D’autres réseaux sont constitués de services ou associations indépendants les uns des autres … mais pas toujours ! En effet, la plupart du temps, le fonctionnement en réseau est défini par une convention de partenariat, et le choix des partenaires de cette convention est décidé en haut lieu. Dans tous les cas, ces réseaux bénéficient aux travailleurs et aux bénéficiaires, mais parfois, ils sont cadenassés et empêchent les travailleurs de faire appel à un service non repris dans les partenaires « officiels », alors que les prestations proposées y sont tout à fait intéressantes, voire plus que celles des membres du réseau « officiel ».

Des choix politiques

On le constate assez vite, en règle générale, le choix des partenaires d’un réseau obéit à des préférences d’ordre politique, ce qui est plutôt dommageable dans certains cas. En effet, des partenaires potentiels sont mis de côté au profit de certains partenaires « historiques » ou « naturels ». Ceci dit, cet écueil, s’il est regrettable d’un point de vue éthique, ne présente souvent pas d’inconvénient majeur pour le travailleur, si ce n’est une certaine restriction au niveau de sa marge de manoeuvre. Lorsque cette restriction empiète trop sur la qualité du travail, la plupart des travailleurs décident de passer outre les consignes et de faire appel à leur réseau « personnel » de services et associations, pour le bénéfice de tous. Et souvent, cela n’est pas suivi de conséquences fâcheuses.

Une bouffée d’oxygène

Travailler en réseau présente de multiples avantages. Outre le fait de mutualiser la prise en charge et de bénéficier de l’expertise des services partenaires, le travailleur se sent moins seul. En effet, certaines situations peuvent être lourdes à gérer et sembler inextricables. Dans ces cas, faire intervenir un réseau de partenaires permet de se sentir moins démuni et d’ôter un peu de la charge qui pèse parfois sur les épaules du référent. De plus, travailler en réseau, c’est aussi rencontrer des collègues d’autres horizons, tisser des liens différents, sortir un peu de son quotidien, aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Travailler en réseau permet donc, lorsque le réseau est efficace et solide, d’apporter une réelle bouffée d’oxygène aux partenaires.

MF - travailleuse social

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