UNE AUTRE VIE DE PSY - Épisode IV : prêt à l’emploi...

UNE AUTRE VIE DE PSY - Épisode IV: prêt à l'emploi...

Dans ce nouvel épisode de la vie fringante de T. Persons, on comprendra aisément que lorsqu’on est con, on est con.

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite… -

Au début, je dois bien vous l’avouer, j’ai souri. C’était comme si le soleil venait transpercer la grisaille de mon quotidien. Marie, mon ex-femme, me proposait un job en tant que psychologue clinicien dans un hôpital. Un contrat à temps plein, renouvelable en CDI. Bref, le Graal pour un psy au chômage… Je me voyais déjà, fier comme un paon, aller travailler dans un cadre - certes aseptisé - mais complètement sécure, sans aucune pression pécuniaire. Fini le stress de l’indépendant ou la culpabilité du chômeur, j’allais bientôt pouvoir me noyer dans la sueur de la masse des salariés qui s’activent le matin, dans leur voiture, dans leur métro ou sur leur vélo, leur trottinette ou que sais-je. J’étais heureux. Pas vraiment l’extase non plus, juste bien. Un peu comme peuvent l’être les figurants dans un clip de Christophe Maé, le sourire figé en moins. Puis, quelques points sont venus assombrir le tableau.

Avant tout, il n’était pas question de m’offrir un job, mais de me donner l’opportunité d’avoir un tête-à-tête avec la personne qui pourrait potentiellement me l’accorder. Présenté de la sorte, j’avais l’impression qu’au lieu de recevoir une boîte de chocolats, on me refilait un échantillon gratuit… Il faut le dire, la praline avait un goût amer : c’était juste un entretien d’embauche. Et surtout, pas avec n’importe qui. Pour être précis, je devais rencontrer le mari de la collègue de mon ex : Patrice. Voyez-vous, quand dans le Dîner de Cons, François Pignon parle du gars qui est fan de planche à voile et qui s’est éclipsé avec son épouse ? Je ne saurais mieux décrire Patrice. C’est un con, et comme la plupart de ses acolytes, il l’ignore.

Bref, en passant le portique de l’hôpital, j’étais assez anxieux. Le courant n’était jamais vraiment passé avec Patrice. Il était du genre à savoir mieux que moi ce que je faisais ou pensais, en toutes circonstances. Je m’attendais à devoir rentrer dans son jeu, à acquiescer lorsqu’il me débiterait ses certitudes sur le mythe du réchauffement climatique ou le futur prospère des énergies fossiles. J’allais devoir rire à ses blagues misogynes de mâle alpha qui voit le mouvement #MeToo comme l’athée voit la religion. Je me sentais déjà sale, lorsqu’une élégante dame m’appela. Je lui souris poliment, laissant paraître toute ma compassion pour la fonction qu’elle devait occuper. Devoir être la secrétaire d’un balourd qui n’était même pas fichu de venir m’accueillir lui-même, au quotidien, ça devait être dégradant à souhait. Elle maintenait un sourire légèrement crispé face à mon attitude du gars qui se veut de connivence et qui -lui non plus- ne peut pas dire à quel point son patron est une quille. Puis, elle rentra dans un petit bureau et s’assit dans le siège face à moi.

"Moi qui m’attendais à être fiché"

Face à mon incompréhension, elle m’expliqua que Patrice, son secrétaire, lui avait gentiment remis mon C.V. J’ai directement dévissé le sourire de ma figure, tout en piquant un phare. Il y avait deux options. Soit elle allait comprendre que je pensais qu’elle était la secrétaire de Patrice, ce qui faisait de moi un bougre de con bourré de stéréotypes. Soit, pire, elle allait croire que mon rictus et mes clins d’œil étaient une manœuvre de drague et me prendrait pour un gros pervers… J’allais donc commencer à justifier mon comportement, puis, en un éclair d’une lucidité rare, je me suis rendu compte que rien ne pourrait l’exempter. J’avais passé la matinée à considérer Patrice comme un imbécile, sans me rendre compte que, finalement, comme disait l’autre, si on mettait les cons sur orbite, je n’aurais pas fini de tourner.

L’avantage, c’est que lorsque l’on commence un entretien de la sorte, on ne peut pas forcément aggraver la situation. Heureusement pour moi, la directrice des ressources humaine n’avait pas été gratter sur les raisons de mon échec en qualité de clinicien indépendant… Moi qui m’attendais à être fiché et à devoir justifier les éléments de mon passé parus dans la presse, je me rendis compte qu’en fait, tout ce qui comptait, c’était ma compétence, ma capacité à lier des liens avec l’équipe soignante et une disposition à l’empathie…

En sortant de l’entretien, je m’étais dit que mon attitude de beauf du début d’entretien allait certainement jouer en ma défaveur… En appelant mon ex, pour lui expliquer la manière dont l’entrevue s’était déroulée, elle ricana. Pour elle, en plus d’être un con, j’avais la naïveté de croire que mon comportement était singulier et qu’elle serait aussi stupide que moi pour me juger sur ma bêtise… Et encore une fois, Marie avait raison. À peine avais-je tourné la clé dans la serrure de la porte de mon appartement, que mon téléphone vibra. C’était la directrice des ressources humaines qui m’annonçait qu’elle voulait me revoir en compagnie des chefs de service d’oncologie, et, si cela se passait bien, je pourrais commencer à travailler au début du mois prochain.

T. Persons

[La première saison]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…
- Épisode VII : une question de choix
- Épisode VIII : le poids des secrets
- Épisode IX : la ligne rouge
- Épisode X : autour d’un verre
- Épisode XI : savoir dire non (partie I)
- Épisode XII : savoir dire non (partie II)
- Épisode XIII : un métier dangereux
- Épisode XIV : les idées noires...
- Épisode XV : l’effet papillon
- Épisode XVI : un état de choc
- Épisode XVII : une rencontre inopinée
- Épisode XVIII : démêler le vrai du faux
- Épisode XIX : un retour à la réalité
- Épisode XX : la disparition
- Épisode XXI : l’appel à l’aide
- Épisode XXII : la déposition
- Épisode XXIII : et soudain, la lumière…
- Épisode XXIV : l’amour fou

[La deuxième saison]

- Épisode I : en thérapie...
- Épisode II : l’art de coller des étiquettes
- Épisode III : au chômage...



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