UNE VIE DE PSY - Épisode XXII : la déposition

UNE VIE DE PSY - Épisode XXII : la déposition

À quoi faut-il s’attendre lorsque l’on quitte sa posture de psychologue pour rompre le secret professionnel ? Ce nouvel épisode de la vie cauchemardesque de T. Persons vous donnera certaines clés… À vous de juger…

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite… -

Il est particulier pour un psychologue de se retrouver dans la position de celui qui doit parler. Non pas que j’avais l’habitude de mener mes entretiens comme des interrogatoires, mais je retrouvais dans le discours de l’inspecteur certains de mes tics. Ses silences, par exemple… L’inspecteur Hervé Pinson avait compris que, parfois, la meilleure manière d’obtenir une information, c’était de fermer sa bouche et d’attendre que le silence fasse effet.

Avais-je la moindre idée de l’identité de la personne qui avait enlevé mon fils ? Non. Je connaissais ces fichues statistiques. Je savais que je devais côtoyer mon ravisseur. Puis, l’inspecteur insista : qui d’autre que mon épouse et moi-même possédait un double de nos clés ? Personne. Le troisième jeu de clé se trouvait dans un tiroir de notre cuisine avec le double des clés de mon cabinet. En étais-je certain ? J’avais envie de dire à l’inspecteur que ma priorité en apprenant que mon fils avait disparu n’avait pas été de plonger dans ce fichu tiroir pour voir s’il me restait toujours un jeu de clés supplémentaire… À vrai dire, je n’en savais rien. De plus, personne ne venait jamais chez nous…

Bref, assez vite, l’inspecteur me fit patienter dans le couloir, se disant que mon épouse pourrait éventuellement l’éclairer. Il devait partir du principe que les personnes les plus susceptibles d’avoir commis un acte répréhensible, c’était nous… Je faisais le tour de mes pensées quand une odeur vint fouetter mes narines. Un parfum doux et fruité qui ne m’était pas du tout étranger… Plus loin, à 50 mètres de moi, recroquevillée sur elle-même, comme un enfant que l’on a puni, se trouvait Marthe, qui semblait tout aussi désemparée que moi. Lorsque nos regards se croisèrent, je sus tout de suite que quelque chose nous liait. Assez vite, elle vint à ma rencontre : son mari, Georges, avait disparu. Je ne sais pas pourquoi mais je me trahis. Peut-être était-ce l’inquiétude ? Le ras-le-bol de devoir sans cesse être sur mes gardes et mentir ? L’envie d’être entièrement honnête avec elle ? En soi, elle ne réagit pas négativement lorsque je lui dis que Georges venait me consulter. À vrai dire, je crois qu’elle s’en contre-fichait. Elle était inquiète. De mon côté, une alerte rouge vint cogner un coin de ma tête. Il fallait que j’en parle à l’inspecteur Pinson.

« On a rarement une bonne occasion de rompre le secret professionnel en tant que psy… »

Lorsque Marion sortit de la salle d’interrogatoire, j’insistais donc pour parler seul à seul avec un inspecteur on ne peut plus circonspect. De prime abord, j’avais des informations capitales à lui communiquer sur Georges et Marthe. Le problème, c’était que j’étais soumis au secret professionnel. Un dilemme me direz-vous ? On a rarement une bonne occasion de rompre le secret professionnel en tant que psy… Je fis part de mes craintes à l’inspecteur Pinson, qui me regarda avec beaucoup de détachement. Il ne comprenait pas que je venais lui parler en qualité de psychologue dans le cadre de la disparition de Georges. Bref, je repensai à Yves, à Georges, à Marthe, à Anita… Puis, je pris une décision simple. Je commençai à parler, sans m’arrêter. Je lui déballai tout. Il me regarda, comme un imbécile. Il me jugeait, certainement. Cela me faisait un bien fou. Je pris le temps de lui expliquer que Georges se sentait épié et qu’il y avait de bonnes chances que cela soit par Anita qui, elle-même avait disparu…

Il me demanda si toute cette histoire avait un quelconque point d’ancrage avec la disparition de mon fils et je lui répondis, avec toute l’honnêteté qui me caractérisait, que je n’en savais strictement rien. La seule chose que je pouvais suspecter, c’était qu’Anita était une patiente assez particulière qui, visiblement, pouvait être violente et semblait épier Georges depuis un certain temps. Le reste, finalement, ce n’était plus trop mon boulot…

On ne peut pas passer sa vie au commissariat. Très vite, Marion et moi nous sommes retrouvés à la maison, vidée des cris de notre fils. Nous nous sentions complètement nuls. Nous n’arrivions même plus à parler. Quand le téléphone retentit, j’avais espoir d’avoir des nouvelles, une rançon, ou quoi que ce soit. Il n’y a pas pire que le manque d’information… Peu importe ce que l’on allait me dire, j’étais prêt à l’encaisser… En entendant la voix blafarde de l’inspecteur, je compris qu’il avait quelque chose de sordide à m’annoncer… Anita… De fait, les informations que j’avais donné étaient correctes, et celle-ci avait disparu depuis 48 heures, tout comme Georges… Un seul détail l’interpellait : j’avais parlé de grossesse, or, en discutant avec son médecin-traitant, il avait découvert qu’Anita était stérile et qu’il était donc impossible qu’elle puisse être enceinte…

T. Persons

[Du même auteur]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…
- Épisode VII : une question de choix
- Épisode VIII : le poids des secrets
- Épisode IX : la ligne rouge
- Épisode X : autour d’un verre
- Épisode XI : savoir dire non (partie I)
- Épisode XII : savoir dire non (partie II)
- Épisode XIII : un métier dangereux
- Épisode XIV : les idées noires...
- Épisode XV : l’effet papillon
- Épisode XVI : un état de choc
- Épisode XVII : une rencontre inopinée
- Épisode XVIII : démêler le vrai du faux
- Épisode XIX : un retour à la réalité
- Épisode XX : la disparition
- Épisode XXI : l’appel à l’aide



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