Suractivité, le mal du siècle ?

Suractivité, le mal du siècle ?

Course à la distraction, à la perfection, à l’ambition, à la réalisation : après quoi courent nos patients ? Et nous, sommes-nous indemnes de cette frénésie ?

La vitesse est à la mode. La passion aussi, la performance, le « bien rempli ». Nos patients arrivent parfois épuisés dans notre cabinet. Et nous sommes poussés du même côté, de plus en plus. Or, le travail psychologique s’inscrit dans une toute autre approche. Un professeur de théâtre au Conservatoire nous disait souvent : «  On ne fait pas pousser des fleurs en tirant dessus » ! C’est encore plus vrai dans le domaine de la santé mentale…

La vie trépidante est de mise

Il faut tout faire passionnément. Le tiède n’est plus de mise et sans un agenda de ministre, c’est l’estime de soi qui en prend un coup. On se gargarise d’une agitation effrénée ou on porte la honte d’une vie en demi-teinte. Dans les deux cas, la souffrance finit par se dire. Et le rapport au temps et aux exigences de soi et des autres peut enfin se travailler.

Les femmes : une subtilité en plus

La patientèle au féminin rapporte davantage de pression encore. Plus de rôles, plus d’attentes, des identités qui ne s’harmonisent pas toujours, une définition de soi qui ressemble à la quadrature du cercle. Le désarroi de certaines patientes s’articule souvent autour de ces injonctions (reçues ou construites) qui les font vaciller chaque jour davantage.

Les enfants : dans la même course

Comme un écran où projeter les manques, les désirs ou les frustrations parentales, les enfants devront eux aussi payer leur tribut et jongler avec des horaires minutés. Ce qu’ont fait leurs parents, ce qu’ils n’ont pas fait, ce qu’ils auraient voulu faire, ce qu’ils feraient bien (mais c’est trop tard pour eux) : les enfants vont reprendre le flambeau de toutes ces insatisfactions parentales. Ou alors, ils se défendront dans une apathie totale où même le poids de la télécommande semble une épreuve terrible. Chaque excès porte bien sûr son risque psychologique, qui peut parfois faire irruption avec violence.

La profession : même topo !

Notre profession n’est pas épargnée, ce qui peut résonner de façon inconfortable avec les problématiques de notre patientèle. Les indépendants surveillent leur chiffre d’affaire et, en institution, la course aux consultations devient quasiment obligatoire. Pas le temps de s’arrêter, de réfléchir. Juste une supervision coincée ça et là dans l’agenda. Et des guidelines s’il vous plaît, pour gagner du temps, pour faire en prêt-à-porter ce qui se tissait autrefois en sur mesure !

Les autres voix/voies

Méditation, pleine conscience, relaxation, visualisation positive, d’autres voix s’élèvent et nous rappellent des outils tellement indispensables, des clés en or pour nos patients, mais aussi pour nous, thérapeutes. Il suffit d’y goûter pour comprendre qu’il y a là un chemin généreux en termes de bien-être, d’estime de soi, de gestion du stress.  

La thérapie, un autre espace-temps indispensable

Les creux, les moments où le patient se dit « Je n’avance pas », « Je n’ai rien à dire », ou même ceux où le thérapeute lui-même se dit que « Rien ne se passe » sont pourtant des jalons cruciaux du travail thérapeutique. Une patiente a énoncé des banalités pendant des semaines et puis, un jour, elle s’est magistralement mise au travail. Parce que son rythme, rien qu’à elle, avait été respecté. Nous nous sommes offerts ce temps-là, d’abord, ce temps « inefficace » mais tellement précieux, indispensable. Gardons-nous de l’air ambiant qui nous pousse dans le dos si nous voulons travailler sérieusement.

DB, psychologue

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