De l’injonction à la résilience chez le travailleur social

De l'injonction à la résilience chez le travailleur social

En tant que travailleur social, il est un terme que l’on entend très souvent : celui de résilience. Si elle peut être un incroyable allié, la résilience, ou plutôt le fait qu’elle soit attendue chez le travailleur social peut être source de difficultés, d’angoisse, et même d’épuisement professionnel, autrement dit, de burn-out. Tout l’inverse des apports de départ, donc.

La résilience est une merveilleuse capacité, qui permet à l’être humain de survivre à des événements traumatisants. Malheureusement, lorsqu’on érige cette capacité au rang d’exigence de savoir-être indispensable pour exercer une profession, elle peut devenir source d’angoisse pour les personnes de qui on l’exige, et qui ne peuvent pas forcément satisfaire à cette demande.

Rebondir après les épreuves de la vie

Boris Cyrulnik est connu pour ses travaux sur la résilience, qu’il a décrite, en résumé, comme la capacité à se reconstruire après avoir vécu un événement traumatisant. À la base, la résilience désigne, en physique, le retour à l’état initial d’un élément déformé. En psychologie, la résilience définit le fait de « rebondir » après les épreuves de la vie, même celles qui s’avèrent particulièrement traumatisantes. Il ne s’agit pas de nier ou d’enfouir le traumatisme, mais bien de « l’absorber » et de cicatriser de ses blessures.

Une formidable capacité

La résilience est donc une formidable capacité, que nous avons tous potentiellement et à des degrés divers. En effet, nos déterminants génétiques (notamment au niveau de la manière dont notre cerveau secrète dopamine et sérotonine, indispensables à notre équilibre psychique) et notre environnement affectif jouent un rôle primordial dans le développement de notre « force de résilience ». Nous ne sommes donc pas égaux dans la résilience, comme dans le développement de toutes les autres capacités humaines. Croire le contraire est un leurre dangereux qui peut mener à des attentes disproportionnées.

Travailleur social, un métier sous tension

En tant que travailleur social, nous vivons des situations professionnelles qui nous demandent d’être résilients si vous voulons continuer à exercer notre métier. En effet, nous sommes régulièrement, et de manière constante, exposés à des situations de détresse et de misère, nous voyons des maltraitances, des situations inextricables et des abus de toutes sortes. Nous sommes parfois aussi victimes d’abus, d’agressions physiques et psychologiques. Qui plus est, nos conditions de travail et le peu de soutien que nous recevons, en général, de nos directions, compliquent encore la gestion quotidienne d’un métier déjà complexe.

Lorsque la résilience devient un impératif

Nous sommes de plus en plus confrontés à l’impératif de « faire preuve de résilience » lorsque nous vivons des difficultés professionnelles, quelles qu’elles soient, un peu comme une version édulcorée du « Prends sur toi » qui avait parfois cours auparavant. C’est d’ailleurs un terme que l’on retrouve dans certaines descriptions de fonctions ou offres d’emploi.

Or, force est de constater que nous ne possédons pas de bouton « on / off » en ce qui concerne la résilience. Premièrement, comme exposé, nous ne sommes pas tous égaux au niveau de cette capacité. Deuxièmement, il semble un peu facile, pour ne pas dire complètement maltraitant, de reporter sur les seules épaules du travailleur la gestion de difficultés qui sont, la plupart du temps, directement liées au fonctionnement intrinsèque de notre système social. Individualiser les responsabilités collectives n’a jamais été une stratégie porteuse à long terme.

MF - travailleuse social

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