Le travail avec un public non demandeur

Le travail avec un public non demandeur

En tant que travailleur social, nous serons tous confrontés au moins une fois au travail sous la contrainte, avec un public non demandeur. La contrainte est un élément qui complique considérablement le travail, en particulier le travail social. Pourtant, il est possible de faire un moteur de cet élément problématique.

Le travail sous la contrainte est de plus en plus courant chez les travailleurs sociaux. Outre l’aspect éthique, travailler avec un public non demandeur présente de nombreuses difficultés au niveau du quotidien pour le travailleur social. Est-il possible de surmonter ces difficultés et de transformer la contrainte en moteur ?

La contrainte : une nouvelle norme ?

La contrainte en travail social est de plus en plus présente : que ce soir dans le milieu de l’aide à la jeunesse, de la psychiatrie, de l’insertion socio-professionnelle, du logement etc. De plus en plus d’aides sont conditionnées et veiller au respect de ces conditions fait partie du travail social. D’aucuns pourraient se poser la question de la philosophie qui sous-tend une conditionnalité si importante. Tous les contextes sont différents et si, dans certains cas, la contrainte peut poser question et conflit éthique au travailleur qui doit l’appliquer, même dans les cas où elle lui semble acceptable et raisonnable, des difficultés sont inévitables.

Résistances et évitement

La principale de ces difficultés est la résistance opposée par le bénéficiaire, qui mettra en place des stratégies d’évitement plus ou moins directes, avec lesquelles le travailleur social va s’efforcer de composer. Lorsqu’il n’est pas ou plus possible d’éviter la contrainte, des stratégies de sabotage peuvent émerger, rendant le travail quotidien parfois acrobatique. Dans ces cas, la tentation peut être grande de faire appel à l’autorité dont on dispose, que ce soit dans le cadre de son mandat ou via la position de son institution dans le paysage social. Agir de la sorte revient souvent à enclencher un rapport de force inutilement dommageable aux deux parties.

Revenir au sens

La contrainte a une raison d’être. Il peut s’agir de ce qui est demandé aux familles, concernant la sécurité et le bien-être de leur enfant ; aux personnes représentant un danger pour elles-mêmes ou pour autrui ; à ceux qui, en attente de travail, reçoivent une aide financière de l’Etat etc. Le contexte et les raisons d’être de la contrainte doivent être clairs pour le travailleur qui doit, idéalement, pouvoir donner sens à cette contrainte, en termes de valeurs.

Établir un contrat

À partir du moment où le contexte et où le mandat sont clairs, le contrat peut s’établir. Cette étape est essentielle, car elle permet aux deux parties de verbaliser leurs attentes et de définir le contexte de l’aide. Clairement, dans la plupart des cas, la contrainte imposée au bénéficiaire n’est pas entièrement négociable et ce contrat peut sembler un jeu de dupes. Il n’en est pourtant rien. Une marge de liberté subsiste généralement … C’est dans cette marge que la créativité du travailleur peut s’exprimer. D’où l’importance pour lui de connaître précisément le contexte et les raisons d’être de la contrainte, ainsi que son mandat en particulier et les attentes et besoins du bénéficiaire. De la sorte, il pourra tenter de trouver un pont entre les deux. Les règles du jeu doivent être claires, connues de tous les joueurs et non modifiables en cours de partie, afin que le travailleur social y ait sa place.

Responsabilisation

La chose qui semble la plus évidente, afin d’éviter les écueils liés au travail sous contrainte est la responsabilisation du bénéficiaire. Cette étape du travail est nettement moins aisée lorsque les personnes ont l’impression de ne pas avoir le choix et de subir une injustice. La difficulté pour le travailleur réside alors dans le fait de conserver une posture de travail « égale » et de ne pas verser dans des jeux relationnels du type « triangle dramatique », où il endosserait tour à tour le rôle du sauveur, du persécuteur ou de la victime. Repérer ces jeux est extrêmement important, afin de pouvoir éviter d’y entrer, ou en sortir le plus rapidement possible.

Triangulation

Lorsque le cadre de travail a été correctement défini et le contrat clairement établi, la triangulation est possible. Dans les cas où la responsabilisation est moins évidente, elle permet d’aider les personnes sous contrainte sans verser dans les difficultés abordées. On peut trianguler par rapport à l’objectif de la personne, ses craintes, ce qui est important pour elle, les sanctions éventuelles, etc. Afin de ne devenir ni persécuteur, ni sauveur, le travailleur social doit alors veiller à laisser aux mains de la personne chacune des étapes du processus, en lui rappelant les conséquences éventuelles de ses choix.

Pouvoir d’action

Ce travail est possible et prend tout son sens lorsque le cadre et le contexte sont clairs, connus de tous et que les règles du jeu ne changent pas en cours de partie. Le travailleur peut alors identifier la marge de liberté existante et l’exploiter, afin de permettre au bénéficiaire de retrouver du pouvoir d’action dans une situation qui semble au départ cadenassée. Ce pouvoir d’action et cette marge de liberté sont les clés d’une relation d’aide apaisée, où les jeux relationnels pourront plus aisément être déjoués.

MF, travailleuse sociale

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