Le libre arbitre, apparemment pas pour les pauvres…

Le libre arbitre, apparemment pas pour les pauvres...

Plusieurs communes belges ont donné, à leurs policiers, la consigne d’arrêter les personnes sans abris qui refuseraient de rejoindre un centre lors des périodes de grand froid.

Des ordonnances de police permettent l’arrestation des personnes sans abris qui refusent d’aller en centre d’hébergement. Au nom du devoir d’assistance, certains bourgmestres ont décidé qu’il valait mieux restreindre les droits élémentaires de personnes majeures et saines d’esprit. Ces dispositions tendent à indiquer que les citoyens fragilisés et précarisés n’ont pas les mêmes droits que les autres. De plus, il y a un côté chasse aux pauvres déguisée dans cette décision. Enfin, pour ne pas changer, c’est un choix pris unilatéralement par des autorités qui ne semblent pas vouloir concerter les spécialistes du secteur.

Criminaliser la précarité

C’est le retour des mentalités passées. Les personnes doivent accepter l’aide et la générosité qui leur est imposée. S’ils résistent, ils sont considérés comme des criminels, des inadaptés ou des malades mentaux. De ce fait, il devient légitime de les contraindre et de les enfermer. C’est cette logique qui permettait d’interner les catégories de personnes qui ne correspondaient pas aux normes de la société ou qui contrevenaient à ce qui était considéré comme « les bonnes mœurs ».

Et les travailleurs dans tout ça ?

Comme d’habitude, ce sont les professionnels de terrain qui doivent assumer ce type de décisions. Ils devront faire face à des personnes, peut-être, fort mécontentes d’avoir dû rejoindre un centre sous la contrainte. Ce sont les travailleurs qui devront recréer un lien déjà tellement ténu. Ces derniers œuvrent quotidiennement à atténuer la méfiance des personnes envers les autorités et à éviter la rupture. Ils sont conscients que le plus grand danger pour les personnes qui vivent dans la rue, c’est l’isolement social et psychologique. Ces ordonnances n’empêcheront pas les plus déterminés de dormir dehors (sans doute dans des conditions pires encore) et renforceront la rupture avec la société dans son ensemble.

Hypocrisie politique

Le discours faussement bienveillant montre son vrai visage dès les premiers arguments. Il est plus question de se couvrir que du bien-être des personnes. Les bourgmestres craignent que des décès viennent mettre à jour l’inadéquation des politiques d’accompagnement des personnes sans abris. En effet, les professionnels interpellent régulièrement les autorités sur le manque de places adaptées (couples, familles, animaux, etc.). Il est aussi question d’aides qui disparaissent avec l’arrivée des beaux jours alors que la précarité, elle, est toujours là. Pour exemple : Les politiques savent qu’il y a 10 fois plus de logements vides que de gens dans la rue mais ne prennent pas d’ordonnance permettant que la police ouvre ces habitations.

Les bonnes conditions

Lors de tels décisions, le débat tourne souvent autour de la volonté (ou non) des personnes à rejoindre un centre d’hébergement. Ce débat prend vite des airs accusateurs envers les structures existantes alors que celles-ci sont souvent tributaires des moyens mis à leur disposition. Accueillir des familles ou des couples demande des infrastructures particulières. Il en va de même pour proposer un hébergement qui ne soit pas soumis à de nombreuses règles contraignantes (horaires d’entrée et de sortie, accès aux douches, liberté de mouvement, etc.).

Non droits

Finalement, il est question des droits élémentaires des personnes. Dans la mesure où elles sont responsables de leurs actes et qu’elles peuvent changer d’avis à tout moment, il y a lieu de considérer que chacun est en capacité d’estimer s’il est en danger ou non. De plus il est possible de proposer un soutien concret porteur de sens et créateur de lien (boissons et repas chauds, couvertures, accès libre à des lieux chauffés, etc.). En définitive, cette ordonnance implique que les personnes précarisées sont des citoyens de seconde zone incapables de décider pour eux-mêmes. Sans oublier que cette règle communale vient supplanter ce qui assure à tous citoyen une liberté fondamentale et un traitement égal devant la loi.

Perceval Carteron, éducateur.

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