Coronavirus : quand nos hôpitaux en sont réduits à mendier...

Coronavirus: quand nos hôpitaux en sont réduits à mendier...

Récemment, j’ai répondu à l’appel à l’aide d’un hôpital en faisant un don, afin de leur permettre d’acheter du matériel médical. Je l’ai fait en totale opposition à mes convictions profondes, mais parce que l’heure est grave. Face à la pandémie de coronavirus, nos hôpitaux sont en pénurie de matériel. Nos soignants sont des soldats que l’on envoie au front sans armes. Nos hôpitaux en sont réduits à mendier du matériel de première nécessité. C’est révoltant, désolant et tellement dangereux.

Je ne donne jamais d’argent aux campagnes de dons qui s’apparente à du charity business. Pourtant, je travaille dans le secteur social depuis plusieurs années. Devrais-je dire, justement parce que je travaille dans ce secteur. Je trouve que ces opérations sont tout à fait condamnables et menacent, à terme, le principe même de la sécurité sociale et de la solidarité nationale. J’ai défendu ce point de vue dans un précédent texte. Pourtant, récemment, j’ai fait un don à un hôpital pour acheter du matériel médical de première nécessité. Alors que tout ceci est censé déjà être payé, avec nos impôts.

Une pandémie inédite

Nous faisons face à une pandémie inédite. Les sceptiques peuvent se plonger dans les images venues de Chine, de France ou d’Italie pour s’en rendre compte. Le nombre de cas confirmés chez nous ne cesse de croître, de même que le nombre de personnes hospitalisées. Nous savons qu’environ 20% des personnes contaminées nécessiteront une hospitalisation, et parmi elles un nombre certain aura besoin de l’aide d’un respirateur. Nous savons également que ce virus est extrêmement contagieux et que les mesures de confinement, très partielles, sont arrivées tardivement par rapport à la survenue des premiers cas sur notre territoire.

Aucune réelle préparation

Depuis le début de cette pandémie, de nombreux experts scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Ils ont tenté de faire prendre conscience à notre gouvernement qu’il était important de mettre en oeuvre des mesures préventives : filtrer les voyageurs entrant sur notre territoire, mettre en quarantaine des personnes ayant voyagé en régions suspectes, interdire de se rendre sur les territoires infectés. Rien n’y a fait. Nos concitoyens ont pu profiter des périodes de vacances pour se rendre dans des zones infectées. A leur retour, ils n’ont pas été mis en quarantaine et le virus a pu se répandre sur notre territoire. Pire encore. : on nous a affirmé que la Belgique était prête à faire face à l’épidémie.

Lorsqu’on refuse la parole des experts…

Les experts ont continué à tenter d’alerter le gouvernement, cette fois-ci par rapport aux mesures à prendre pour tenter de contenir cette épidémie sur notre territoire. Tests en masse. Confinement strict des malades et des personnes qu’ils ont approchées. Toujours aucune réaction. Enfin si, une première mesure restrictive, puis un confinement tout à fait partiel et pas forcément respecté. Arrivé tardivement, qui plus est. Et précédé de gigantesques fêtes. Il faut dire qu’elles ont eu le temps de s’organiser.

Et que l’on méprise leurs appels

Les sonnettes d’alarmes continuent à être tirées : il faut prévoir du stock de matériel médical, le nombre de personnes contaminées va augmenter de manière fulgurante. Les hôpitaux vont manquer de tout, à commencer par des équipements de protection, mais aussi des respirateurs. Toujours aucune oreille attentive à ces appels, pourtant émanant de personnes compétentes, qualifiées, expérimentées et travaillant sur le terrain. Au contraire, on leur oppose un certain mépris, en affirmant que les stocks sont suffisants. Il aura suffi de 15 jours pour en venir pratiquement à bout. Et maintenant, on prétend que les respirateurs sont en nombre suffisant dans le pays. Pour ma part, je crains le pire.

Choisir qui tenter de sauver et qui laisser mourir

Je crains que des médecins doivent choisir qui tenter de sauver et qui laisser mourir. Ils le craignent d’ailleurs également, ils ne cessent de le dire. Ils le craignent à ce point que face au silence de notre gouvernement, ils en sont réduits à faire appel à la générosité individuelle. Qui, évidemment, ne suffira pas ! Voilà déjà des années que nos hôpitaux sont démantelés et que les budgets de la santé sont rognés comme peau de chagrin. Aujourd’hui, cela se sent, plus que jamais.

Gouverner, c’est prévoir et agir pour le bien commun. Ce n’est pas adopter la politique de l’autruche. Comment peut-on à ce point ignorer les alertes lancées par des personnes expertes dans leur domaine ? Surtout lorsque ces alertes sont corroborées par les faits.

Nous n’avons rien appris de l’expérience des autres

Nous avions la chance de bénéficier de l’expérience de tous les autres pays confrontés à cette épidémie. Qu’en avons-nous fait ? Nous avons consciencieusement ignoré tout cela, nous réfugiant derrière l’idée que tout allait bien se passer, que nous n’allions pas être touchés de la même façon. Nous ne sommes pourtant pas faits autrement que les autres. Face à un virus incroyablement contagieux et à la configuration d’une économie mondialisée, où l’autre bout du monde est à quelques heures d’avion, il est criminel de faire semblant de ne rien voir. Gouverner, c’est prévoir et agir pour le bien commun. Faire preuve d’humilité. Ecouter les experts. Anticiper. Cette politique de l’autruche va provoquer des morts inutiles, aussi bien au niveau de la population que chez le personnel soignant, insuffisamment protégé. Cette politique de l’autruche va aussi forcer les médecins à laisser des gens mourir, faute de moyens. Cette politique de l’autruche n’est ni plus ni moins que criminelle.

Récemment, plusieurs experts ont mis en avant l’efficacité de différents médicaments dans la lutte contre le coronavirus. Des études sont en cours, et leurs résultats sont encourageants. Va-t-on encore ignorer cela, alors même que des laboratoires pharmaceutiques, pourtant peu généreux en temps normal, se proposent d’offrir des millions de doses de ce qui est un traitement valable, pour autant qu’il soit pris suffisamment tôt dans le développement de la maladie et de manière adéquate ?

MF - travailleuse sociale

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