Plaidoyer pour la joie au travail

Plaidoyer pour la joie au travail

La joie n’est pas toujours bien vue, dans une société où il est de bon ton d’être débordé, stressé, overbooké. Pourtant, remettre de la joie au travail permet de l’aborder avec une légèreté parfois salvatrice et de lutter contre l’épuisement professionnel. Cela aide aussi à être plus épanoui, à la fois dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée. C’est aussi décider de travailler en pleine conscience.

[DOSSIER]
- Burn-out, la maladie du siècle qui ravage le milieu hospitalier
- "Le burn-out... Il m’aura fallu deux ans pour m’en remettre"

Toutes les professions présentent des aspects plus difficiles et tous les travailleurs connaissent des périodes creuses, c’est indéniable, au vu, ne fut-ce que de la durée d’une carrière professionnelle complète. Nos modes de travail, qui deviennent de plus en plus intenses, n’aident pas. En parallèle, il est relativement mal vu d’associer les termes « joie » et « travail ». Pourtant, en quoi est-ce si « non professionnel » que de vouloir être heureux dans l’activité qui nous prend le plus de temps de vie ?

Le travail est un dur labeur

Dans notre société, le travail est un labeur. Il doit être difficile, stressant, prenant pour être bien considéré. S’amuser en travaillant ôte une partie du mérite du travailleur, quel que soit le secteur dans lequel il exerce. Du moins, c’est le point de vue généralement adopté, de manière presque inconsciente, par la grande majorité, et ce, en raison, entre autres, de notre héritage judéo-chrétien.

Une volonté d’épanouissement récente

Au regard de notre civilisation, il n’y a que peu d’années que nous cherchons à nous épanouir au travers de notre activité professionnelle. Auparavant, le travail était une obligation alimentaire avant tout. Dans quelques cas, il devenait un vecteur de réussite sociale, une source de fierté, mais rarement un vecteur d’épanouissement, ou alors, pas de manière ouvertement revendiquée. L’idée de s’épanouir dans son travail est venue assez tardivement, et est à mettre en lien avec le soulèvement de 1968 et le plein emploi …

Importance de la sécurité

Il est, de fait, plus aisé de chercher à s’épanouir lorsqu’on a la certitude de pouvoir payer ses factures tous les mois. On observe d’ailleurs un recul de cette revendication à l’heure actuelle chez les étudiants, qui s’orientent plus aisément vers des filières « en pénurie » avant de chercher à s’épanouir dans leur futur métier. L’incertitude qui plane sur les contrats des jeunes travailleurs est un réel frein à l’épanouissement professionnel, et beaucoup quittent des carrières qu’ils avaient, au départ, choisies pour des raisons d’intérêt envers le métier, car les conditions ne leur permettent pas de vivre en toute sérénité. Difficile dans ces conditions d’aborder sa pratique professionnelle de manière joyeuse …

Aller à contre-courant

Opter pour la joie dans son activité professionnelle n’est possible qu’une fois que l’on est rassuré au niveau de la satisfaction par cette activité de ses besoins primaires. Concrètement, il faut que cette activité professionnelle garantisse notre sécurité à tous points de vue. Une fois cela fait, opter pour la joie, c’est un peu aller à contre-courant. C’est assumer que l’on peut allier travail et plaisir, tout en restant professionnel et consciencieux. Opter pour la joie au travail, c’est se placer dans une posture psychologique de spirale positive. Opter pour la joie au travail, c’est semer des graines dans son entourage et, qui sait, s’offrir un peu de légèreté parfois bienvenue.

Une spirale positive et contagieuse

Opter pour la joie au travail c’est aussi offrir une aura positive au bénéficiaire qui, si elle n’améliorera pas sa situation concrète, pourra peut-être lui rendre sa visite en nos locaux plus agréable. Opter pour la joie au travail, ce n’est pas faire l’autruche ou rire de la gravité de certaines situations. Ce n’est pas non plus nier nos déplorables conditions de travail. Opter pour la joie au travail, c’est, en conscience, décider de se réapproprier ce sur quoi nous avons du pouvoir d’action, en l’occurrence la manière dont nous interagissons avec tous ces facteurs.

MF - travailleuse social

[Du même auteur]
- Travailler en réseau : bénéfices et difficultés
- Les travailleurs sociaux sont-ils tous sur un pied d’égalité ?
- Travailleur social : gérer la lassitude professionnelle
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos bénéficiaires
- Gérer l’expression de nos émotions avec nos collègues et notre hiérarchie
- Pourquoi nos métiers sont-ils si peu crédibles ?
- Eviter l’épuisement professionnel
- Les travailleurs sociaux et leur rapport à l’argent
- Travailleur social : cumuler plusieurs emplois pour ne pas s’épuiser
- Conditions de logement de nos bénéficiaires : un facteur essentiel à prendre en compte
- Et moi, émoi... De l’importance des émotions dans le travail social
- Pauvreté et justice sociale : quand la colère gronde
- 1.200.000 excuses...
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Travailleurs pauvres, les nouveaux bénéficiaires ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus