UNE AUTRE VIE DE PSY - Épisode IX : les retrouvailles

UNE AUTRE VIE DE PSY - Épisode IX : les retrouvailles

Il parait que le hasard fait souvent bien les choses et ce nouvel épisode de la vie démentielle de T. Persons, l’illustre assez bien…

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite…

La vie est faite de hasards malencontreux… De fait, lorsqu’il fut question d’accueillir ma nouvelle collègue, j’étais à mille lieues d’imaginer que je l’avais déjà côtoyé dans le contexte particulier de mon ancien job. Finalement, de nous deux, je ne sais pas qui était le plus gêné : elle ou moi… A priori, j’aurais tendance à dire que même le sol du couloir semblait être embarrassé par la situation. Soit, on peut considérer que mon expérience de vie de ces derniers mois m’avait donné une certaine expérience dans la gestion des balourdises et autres gaucheries de mon cru, j’avais donc décidé d’en parler le plus vite possible avec Anaïs, ma nouvelle collègue. Sachant qu’en plus de devoir faire face au psy qui - tests à l’appui - l’avait traitée d’imbécile, elle allait devoir braver un service qui allait clairement le lui faire sentir, je m’étais pris d’une certaine compassion pour elle.

Autant vous le dire, je fus fortement surpris. Anaïs, bien qu’initialement troublée par le fait de me retrouver comme collègue, n’avait pas franchement l’air d’être plus perturbée par la situation. Je ne sais pas si c’était une sorte de contrôle ou si, pour citer l’Autre, l’adage « Bienheureux sont les simples d’esprit » pouvait prendre tout son sens dans ce cadre-ci, mais elle semblait traverser la journée avec un calme et un sourire à toute épreuve. Pour ainsi dire, cela la rendait fort sympathique. Puis, j’étais ébahi par la réaction de l’équipe. J’avais l’impression d’avoir essuyé les plâtres pour toute une génération de psy, tant pour elle, c’était inné et facile. Pas de rite initiatique, pas de moquerie, aucune humiliation. N’allez pas croire que j’en étais jaloux… À peine avais-je un léger ressentiment, lorsqu’une information vint diffuser mon attention vers quelqu’un d’autre : Christelle.

"Je n’avais en effet jamais songé que l’oncologie ne s’arrêtait pas au couloir du service"

Il y a des patients qui vous marquent. Christelle Lumpemba en faisait partie… En effet, j’étais résigné, dans mon ancien job, jusqu’à ce que cette jeune femme arrive, sans trop savoir pourquoi, avec une histoire de vie particulière, un cancer du sein métastasé et l’envie de faire un travail psychologique. Je m’étais jeté sur l’occasion, retrouvant le goût pour la relation d’aide avant de me faire virer et de ne plus pouvoir la suivre. Le hasard peut parfois bien faire les choses : en voyant son nom sur le tableau des admissions dans le service, j’ai tout de suite été frapper à sa porte. Je fus saisi par son état. De fait, en travaillant en oncologie, on est habitué à voir les gens quand ils ne vont pas bien. Dès qu’ils vont mieux, ils sortent. Ainsi de suite, généralement, il est rare de les voir quand ils sont au sommet de leur forme. J’avais l’impression d’avoir franchi cette frontière avec ma patiente. Je l’avais connue, maquillée, souriante, sans perfusion. Le contraste était choquant, au point d’en oublier le reste. Pour la première fois, la maladie était entrée de manière plus personnelle dans ma vie.

Troublé, je l’étais encore plus à la fin de la journée lorsqu’Anaïs est venue me trouver en me donnant des clés, ainsi que ce qui ressemblait à un téléphone. En huit heures de travail, elle avait réussi à nous dégoter un bureau de consultation et deux bipeurs portables. Je la regardai un peu bêtement, elle me sourit. Je plongeai dans ses yeux et j’y vis un vide abyssal. Ce jour-là, j’ai découvert qu’on avait beau ne pas avoir un QI de 120, ce n’était pas pour autant que l’on était dénué de toute efficacité. Que du contraire, avec mes doutes, mes remises en question, ma prise de distances, mes ruminations, je me rendais compte que finalement, le plus con des deux, c’était certainement moi.

En effet, en visitant le bureau que j’allais devoir partager avec Anaïs, je me suis senti tout bête. Je n’avais en effet jamais songé que l’oncologie ne s’arrêtait pas au couloir du service. Des services, il y en avait plein. Des patients atteints de cancer, également. La pièce était dans le fond d’un couloir administratif, loin de tout, mais c’était déjà ça… Je me suis donc assis sur ma chaise, j’ai branché mon bipeur sur son socle de chargement, j’ai fermé les yeux, j’ai revu l’air gravement malade de Christelle et là, j’ai pleuré. Cela a duré cinq minutes, puis un bruit strident est venu heurter mes tympans : le son du bipeur. Je décrochai et une petite voix hostile me renvoya : « Ici Docteur Berlioz, je peux savoir de quel droit vous avez été voir ma patiente ? ». C’est ainsi que je fis la connaissance de Justine…

T. Persons

[La première saison]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…
- Épisode VII : une question de choix
- Épisode VIII : le poids des secrets
- Épisode IX : la ligne rouge
- Épisode X : autour d’un verre
- Épisode XI : savoir dire non (partie I)
- Épisode XII : savoir dire non (partie II)
- Épisode XIII : un métier dangereux
- Épisode XIV : les idées noires...
- Épisode XV : l’effet papillon
- Épisode XVI : un état de choc
- Épisode XVII : une rencontre inopinée
- Épisode XVIII : démêler le vrai du faux
- Épisode XIX : un retour à la réalité
- Épisode XX : la disparition
- Épisode XXI : l’appel à l’aide
- Épisode XXII : la déposition
- Épisode XXIII : et soudain, la lumière…
- Épisode XXIV : l’amour fou

[La deuxième saison]

- Épisode I : en thérapie...
- Épisode II : l’art de coller des étiquettes
- Épisode III : au chômage...
- Épisode IV : prêt à l’emploi...
- Épisode V : à l’hôpital...
- Épisode VI : le premier jour…
- Épisode VII : faire son trou
- Épisode VIII : la meute



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