Entre déresponsabilisation et culpabilisation, ces stratégies politiques qui nous emmêlent

Entre déresponsabilisation et culpabilisation, ces stratégies politiques qui nous emmêlent

N’avez-vous pas remarqué que ces dernières années, le report de la responsabilité collective sur les seules épaules de l’individu est devenu la norme en matière de politiques, quelles qu’elles soient ? Cela est encore plus flagrant avec la gestion de l’épidémie de coronavirus, mais en réalité, c’est une pratique qui existe depuis un certain temps et concerne de multiples niveaux politiques.

On le constate de manière frappante avec la gestion de l’épidémie de coronavirus : si les cas repartent à la hausse, ce sera à cause du citoyen irresponsable. Les décisions politiques prises en amont, ainsi que la gestion de la crise proprement dite ne seront pas abordées. J’ignore s’il s’agit d’une stratégie élaborée en tant que telle, mais nous parlons bien ici de déresponsabilisation politique, du basculement d’une société envisagée de manière collective vers une somme d’individualités, pratique dangereuse s’il en est.

Activation des chômeurs versus inclusion de tous

Un autre terrain au niveau duquel on peut clairement voir ces orientations politiques est celui de « l’activation des chômeurs ». Le terme en dit long à lui tout seul. En effet, à l’heure actuelle, la responsabilité de la (re)mise à l’emploi repose entièrement sur les seules épaules de chaque chômeur. Et une telle formulation choque de moins en moins. Exit la réflexion sur la concordance entre les profils recherchés et ceux qui sont disponibles. Exit également la réflexion sur la réelle inclusivité de l’enseignement, sur son niveau en tant que tel, ou encore sur l’accompagnement social et scolaire des familles les plus vulnérables. Qui plus est, malgré les efforts déployés pour accompagner les personnes en recherche d’emploi, on ne peut nier que la méthode de la carotte et du bâton est encore trop souvent employée.

Considérer les dysfonctionnements sociétaux

Un taux de chômage élevé est révélateur de nombreux dysfonctionnements au sein d’une société, que l’on ne peut pas entièrement imputer aux seuls individus. La problématique est bien plus complexe. Il s’agit de considérer la qualité de l’enseignement, son niveau, son inclusivité, la manière dont sont accompagnés les jeunes les plus vulnérables et leurs familles, l’attractivité de certaines professions, les incitants au travail, l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi, etc. Et donc de se pencher sur les moyens qui sont attribués à ces secteurs et les volontés politiques qui y sont impulsées. Reporter cette problématique sur les seules épaules des personnes revient non seulement à se déresponsabiliser politiquement parlant, mais aussi à ôter à notre société son caractère collectif pour la réduire à une somme d’individualités. Un basculement dangereux qui s’opère à d’autres niveaux, notamment celui de la sécurité sociale.

Un processus qui est répété en ce qui concerne la gestion de l’épidémie

Il en va de même en ce qui concerne la gestion de l’épidémie de coronavirus. Si les cas repartent à la hausse, le citoyen est immédiatement pointé du doigt : il n’a pas respecté les règles du jeu, multipliant à outrance les contacts. Pas un mot sur la cacophonie politico-sanitaire, la multiplicité des règles parfois contradictoires et souvent changeantes, certaines décisions qui semblent bien arbitraires et dénuées de fondement, etc. Et ce n’est pas tout : le financement des hôpitaux et autres structures de soins, le renforcement des équipes, la gestion du matériel … rien de tout ça ne sera abordé. Seul le citoyen apparaît coupable, dans toute son individualité. Le fait qu’il y ait une grande perte de confiance et d’adhésion de la population envers ses dirigeants ne sera jamais envisagé, pas plus que les raisons de cette perte. Outre toutes les implications en termes de gestion politique, cela en dit long sur la capacité de nos dirigeants à faire preuve d’humilité et à se remettre en question.

Diviser pour mieux régner

Sans vouloir être démesurément cynique, il semblerait bien que l’adage « diviser pour mieux régner » s’applique parfaitement à nos politiques. À force de marteler ces discours individualisants depuis tant d’années et à tous les niveaux de politiques, il n’est pas étonnant que de plus en plus de personnes y adhèrent. Un des dangers de tout cela est bien entendu la perte du sens de la responsabilité collective. C’est la société toute entière qui est responsable de l’inclusion, du bien-être et de la bonne santé de tous ses membres, à tous niveaux. Sinon, que nous reste-t-il comme avantages à faire partie de cette société ?

MF - travailleuse sociale

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