Subsides par projets, comment leur donner du sens ?

Subsides par projets, comment leur donner du sens ?

De plus en plus d’emplois de travailleurs sociaux sont issus de subsides liés à la mise en place d’un projet particulier. Malheureusement, la plupart du temps, rien n’est concerté au niveau des équipes et le nouveau collègue arrive sans vraiment être attendu, et pour mettre en place un projet qui n’est pas toujours porté par le terrain. Comment, dès lors, y donner sens ?

J’ai connu cela dans le cadre d’un emploi : être engagée car l’institution avait répondu à un appel à projets. Sur papier, tout semblait bien préparé, et pourtant … Lorsque je suis arrivée pour ma première journée, ma direction ne semblait pas trop savoir quel allait être mon travail concret. Mes nouveaux collègues n’avaient pas non plus la moindre idée de ce que j’allais bien pouvoir faire, ni à quoi j’allais bien pouvoir servir … Autopsie d’un projet malmené.

Du haut vers le bas

Le travail en question était une nouvelle fonction créée dans l’institution, en réponse à un appel à projet émis par le ministère compétent. L’institution avait donc réfléchi son projet en amont et l’avait transcrit en termes d’objectifs et de moyens. Ce projet a été jugé cohérent avec la volonté du ministère et l’institution a reçu les moyens de le mener pendant l’année concernée. Plusieurs choses sont ici à remarquer : le projet a été pensé par un ministère, l’institution y a vu l’opportunité d’obtenir un emploi subsidié et de mettre en place un projet qui pourrait être porteur. Elle a donc essayé de créer un dossier qui « collait » au maximum aux volontés du projet de base. Les besoins du terrain n’ont pas réellement été analysés et l’équipe n’a pas vraiment été concertée.

Un flou opérationnel

Concrètement, la direction n’avait pas réfléchi à la mise en place de cette nouvelle fonction et aux objectifs opérationnels de ce nouveau travailleur. L’idée du ministère était de travailler autour de certains axes et pour atteindre certaines finalités, le tout étant resté suffisamment vague pour permettre à chaque institution de l’adapter à sa réalité. Dans les faits, au niveau opérationnel, les directions concernées se sont souvent reposées sur les épaules des travailleurs engagés. Nous, travailleurs concernés, nous réunissions en effet en plateformes, lors desquelles nous avons constaté vivre des situations similaires. Il nous fallait donc à chacun construire une fonction à partir de peu et souvent dans l’incompréhension, voire la méfiance.

« Ça ne sert à rien »

Nos collègues n’étaient en effet pas toujours au courant de nos arrivées, ni non plus de ce à quoi nous allions bien pouvoir servir ! Nos bénéficiaires non plus … Et la certitude que cette fonction n’avait aucune utilité revenait assez fréquemment dans les discours des uns et des autres. Comment donner un sens à un travail dont on ignore les modalités concrètes, qui n’est pas demandé au niveau du terrain et qui présente des objectifs assez peu, voire mal définis ? Pour ma part, le milieu hostile a eu raison de ma volonté et j’ai jeté l’éponge après avoir construit les bases. D’autres ont persévéré. Voici ce que je retire de cette expérience …

Y croire

Il faut y croire. C’est un peu comme celui qui monte son entreprise : il doit croire en son projet. Ici, nous sommes salariés, mais engagés pour mettre en place un nouveau projet. Nous devons donc croire à ce projet pour lequel on nous engage et dont nous serons les porteurs. Sans cela, ce sera difficile d’élaborer des objectifs opérationnels qui tiennent la route. Ce sera aussi compliqué de le défendre et de défendre son utilité au travail … Aussi bien vis-à-vis de ses collègues que de soi-même. Un conseil donc, si le projet vous semble incohérent ou en contradiction avec vos valeurs, fuyez. Vous trouverez un emploi ailleurs.

Prendre son temps …

Lorsqu’on se retrouve parachuté de la sorte, il importe de prendre la température. Certains réflexes pousseront vers l’action rapide, mais mieux vaut freiner et prendre le temps de se poser et de confronter le projet papier avec les attentes de la direction, implicites et explicites, celles des collègues et les demandes des bénéficiaires. De la sorte, il devient possible d’élaborer un projet qui ait du sens et qui justifie le subside reçu. L’idéal est de l’élaborer avec chacune des parties concernées, mais l’occasion est rarement donnée de procéder de cette façon. Sauf si la direction est particulièrement réceptive … Ou si elle se sent peu concernée. Le désintérêt peut alors devenir un avantage pour le travailleur.

Gérer les incohérences

S’il y a vraiment trop d’incohérences entre le projet subsidié et les besoins et demandes des bénéficiaires, il est souvent possible de composer et d’arranger le projet sur papier, tout en veillant à élaborer des indicateurs d’évaluation qui démontreront le bien fondé des actions mises en place. Là où le bât blesse, c’est lorsque les demandes de la direction sont peu ou pas cohérentes avec le projet subsidié … Et la situation est plutôt fréquente ! Elle est alors clairement révélatrice du fait que le projet a été utilisé comme un moyen d’obtenir un emploi supplémentaire. Reste au travailleur à comprendre ce qui est réellement attendu de sa part …

MF, travailleuse sociale

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