Le secteur social n'est pas épargné par le harcèlement au travail

02/04/21
Le secteur social n'est pas épargné par le harcèlement au travail

La problématique du harcèlement au travail existe depuis toujours. En parler est légèrement plus aisé qu’avant, mais cela reste un sujet relativement tabou. Le secteur social n’est pas épargné par ce phénomène, qui peut prendre une ampleur redoutable et avoir un impact considérable sur la santé des travailleurs. Dans ce secteur choisi par des personnes axées sur l’humain, pourquoi le harcèlement prend-il une place de plus en plus importante et quelles sont les solutions mises en place pour lutter contre ?

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Nombre d’entre nous ont connu des équipes dysfonctionnelles, des relations tendues entre collègues, voire avec des supérieurs hiérarchiques. Si nous ne l’avons pas connu directement, il y a fort à parier qu’au détour d’une conversation avec nos connaissances du secteur, de telles anecdotes apparaissent. Pour ma part, je l’ai vécu plus d’une fois et je l’ai entendu chez la plupart de mes connaissances du secteur. Il y a de quoi être interpellé...

Un contexte « favorable »

Certains phénomènes sont universels et sont également à l’oeuvre dans les cas de harcèlement au travail. Lorsque la violence psychologique est encouragée par l’autorité, que la peur d’en être à son tour la victime pousse à tourner la tête et qu’imposer une certaine forme de domination est légitimé, alors le terrain devient favorable au harcèlement. La pression à la rentabilité est de plus en plus présente dans le secteur social, tout comme l’est la diminution des fonds alloués, la précarisation de l’emploi et la raréfaction des postes. Tout ceci concourt à instaurer, voire à légitimer une certaine forme de violence psychologique envers les travailleurs. De plus, nous sommes dans un rapport de forces clairement en défaveur du travailleur, si l’on s’en réfère au taux de chômage et à celui de création d’emplois.

Instincts primaires

Au-delà de ça, notre nature humaine nous pousse à réagir d’une certaine façon lorsque nous sommes en groupe ou confrontés à une autorité. Il s’agit, à la base, de nos instincts grégaires, qui participent à notre instinct de survie. Sauf que dans le contexte précis du harcèlement au travail, cela peut avoir de lourdes conséquences. Rappelons-nous à cet effet le processus de soumission à l’autorité analysé par Stanley Milgram lors de ses expériences, qui sont encore aujourd’hui des références en la matière. Ce n’est pas tout. Notre Histoire est riche d’exactions commises par des individus comme vous et moi. Dans ces contextes, un nombre significatif de personnes se surprennent elles-mêmes à dévoiler les pires aspects de leur humanité. Injonction par l’autorité, normalisation, légitimation par la foule, mais aussi peur de devenir le persécuté. Nos instincts primaires sont à l’oeuvre, et cela se manifeste aussi, à plus petite échelle, dans le cadre d’un groupe comme une équipe de travail.

Caractéristiques d’une équipe sociale

Une équipe sociale est un groupe relativement fermé, où les interactions entre les membres sont fortes. Ces mêmes membres travaillent ensemble de manière plutôt rapprochée. Dans le même temps, les conditions de travail ne sont pas toujours optimales, aussi bien en termes matériels qu’en termes psychologiques. La nature du travail n’est pas facile : psychologiquement, la pression est parfois continue et il existe une certaine injonction à la résilience qui rend malaisés les échanges autour de difficultés d’ordre psychologiques dans l’exercice de son travail. En outre, les travailleurs du social ont généralement une sensibilité à l’autre particulièrement développée, qui va donc s’exercer aussi bien par rapport aux bénéficiaires que par rapport à leurs pairs. Ajoutons que ces équipes présentent souvent un déséquilibre en matière de genre. En clair, il y a là un terrain favorable en termes de pression et de stress.

Importance du choix du gestionnaire d’équipe

Qui plus est, gérer une équipe est un véritable métier, qui fait appel à des compétences différentes et qui nécessite un bagage particulier, bien différent de celui de travailleur social. Force est de constater que cela n’est pas toujours pris en compte au moment du choix d’un responsable. En effet, si un choix s’opère en interne, il le sera souvent vers la personne la plus ancienne ou la mieux introduite. En outre, le manque de reconnaissance endémique dans les professions du social peut parfois pousser certaines personnes à vouloir « monter les échelons », dans le but, souvent inavoué, d’occuper une fonction plus reconnue socialement et mieux rémunérée. Ce sont des motivations au management qui peuvent entraîner, si le climat de l’institution le permet, une tendance à dominer qui peut tendre vers l’humiliation et le harcèlement.

Quid des solutions

Malheureusement, trop souvent, le harcèlement n’est pas abordé comme une problématique institutionnelle, mais il est traité de manière individuelle, mettant l’accent sur les incompatibilités entre personnes et non sur des causes plus globales. Les conséquences en termes de santé sur les travailleurs sont telles que ces derniers abandonnent souvent la partie. Remettre en question un choix de personnel gérant ou une manière de fonctionner est très questionnant, parfois trop pour une institution qui préfèrera mettre un voile sur le problème au lieu de l’aborder en profondeur. Légalement, les solutions offertes sont lourdes à mettre en oeuvre pour la victime, et surtout, elles n’impliquent aucune démarche de supervision ou de réorganisation au niveau de l’institution. Le travailleur doit apporter la preuve du harcèlement dont il est victime et, au mieux, il sera déplacé dans un autre service ou obtiendra une compensation financière. Il n’est dès lors pas difficile de comprendre que le travailleur concerné optera le plus souvent pour la solution la moins usante pour lui, à savoir la fuite.

MF - travailleuse sociale

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