Chronique d’un psy : "Le remboursement des soins psychologiques"

Chronique d'un psy:

Alors qu’il est annoncé en fanfare par l’ensemble des médias du pays, T. Persons revient sur cet accord historique concernant le remboursement des soins psychologiques qui réjouit autant qu’il inquiète de nombreux psychologues cliniciens.

[Notre dossier] :
- "Un accord historique pour les psychologues et orthopédagogues cliniciens"
- L’accès aux soins de santé mentale élargi : une aubaine pour les psychologues cliniciens
- Une meilleure rémunération pour les psychologues et orthopédagogues

Ah ! Le mois de septembre ! Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la rentrée est invariablement l’occasion de revivre des réminiscences d’un traumatisme bien ancré : la boule au ventre, à attendre la sonnerie des classes, en t-shirt dans le froid du matin qui laisse malgré tout présager une journée de fin d’été assez agréable. Le stress de reprendre, les fournitures à aller chercher et l’anxiété sociale de se retrouver face à d’autres gens, qui eux aussi, ont la frousse mais font semblant que tout va bien. Oui, tout va bien se passer ! C’est ce que je me dis à chaque rentrée, sauf que là, je n’ai plus de raison d’avoir peur. Pas de caïd qui se moquera de mon acné, de mes cheveux ondulants ou de mon cartable désuet. Et pourtant, en voyant les médias annoncer les changements de la rentrée, tout à coup, ça m’est revenu.

Onze euros la consultation, nom d’une pipe ! C’est la seule chose que les médias retiennent et balancent dans la tête de nos patients, de nos médecins traitants et du quidam. Le reste, l’opérationnalisation, le comment, le pourquoi, qui sera conventionné et à quels conditions, personne n’en parle. Du coup, moi, petit indépendant non conventionné, ça me fait un peu flipper. Alors, j’essaye de me renseigner. Les associations professionnelles, le site de l’INAMI et en dernier recours, les groupes Facebook reprenant mes pairs. Tout est bon pour avoir une information. Le problème ? Aujourd’hui, on ne sait rien.

Il y a toutes les raisons d’avoir peur, tant les enjeux sont énormes

Pourquoi ne sait-on rien ? Parce qu’à l’heure actuelle rien n’est décidé, pratiquement. Mais, du coup, pourquoi est-ce que tous les médias communiquent là-dessus ? Eh bien, c’est une excellente question ! Face au paradoxe de donner une information qui n’en est pas une, il y a plusieurs manières de réagir. L’humain a besoin de donner du sens à ce qu’il vit, il entrevoit la nécessité de comprendre, d’avoir une explication, son explication. À ce titre, j’ai lu que certains professionnels se retranchaient derrière une critique d’un État corrompu qui nous cache tout, qui ne nous dit rien. Il y a des complotistes partout, même chez les psy… Cette peur, je la comprends et d’une manière bienveillante, j’ai envie de leur donner une petite tape dans le dos, en leur disant que ça va aller, ce n’est qu’une mauvaise journée à passer. Le problème, c’est qu’à force de communiquer sur le fait qu’on a pas d’information et qu’on nous cache quelque chose, que Big Brother nous instrumentalise et qu’en plus il nous veut du mal, on laisse peu de place pour l’information, quand elle arrivera, dans les prochaines semaines.

Certes, ne pas savoir, c’est anxiogène. Et il y a toutes les raisons d’avoir peur, tant les enjeux sont énormes. Malgré tout, ne pourrait-on pas s’arrêter un instant juste pour regarder les grandes lignes de cet accord : de l’argent pour la santé mentale. Une considération, un vrai budget, une rentrée des psychologues cliniciens à l’INAMI, autrement que par un projet pilote de psychologue de première ligne bancal. On ne sait peut-être pas comment cet argent sera utilisé, mais ce qui est certain, c’est que pour la première fois, cet argent existe. Pour nous, pour nos patients et ça, on ne peut que s’en réjouir. Le reste, j’ai peut-être une piste pour calmer nos angoisses. Et si, plutôt que de voir l’État comme un monstre sanguinaire, on le considérait pour ce qu’il était : une lasagne institutionnelle mal fichue qui tourne encore sous Windows XP et qui communique comme un bipolaire sous cocaïne ? Certes, tous les psychologues du Royaume vont payer le prix d’une communication désastreuse et devoir prendre leur mal en patience pour expliquer à leurs patients, qu’à l’heure actuelle, personne ne sait rien. Non pas parce qu’on nous cache quoi que ce soit, mais surtout parce que tout reste à faire…

En conclusion...

Amis psychologues cliniciens, je ne sais pas si je dois avoir peur ou pas. D’expérience, je peux vous dire que j’ai survécu à de nombreux mois de septembre, aussi pénibles pouvaient-ils être, et il en sera certainement de même pour cette nouvelle année. Finalement, à la place de nourrir mes angoisses en scrutant les réseaux sociaux à l’affût d’une information, d’une critique ou d’un avis éclairé d’un confrère qui déverse ses frustrations comme on vidait son pot de chambre à la rue au XVIIIe siècle, j’ai décidé de regarder le profil Facebook du caïd de mon enfance qui est maintenant laid comme un pou, obèse et chauve. C’est efficace, ça calme et ça permet de patienter, en attendant de voir à quelle sauce on va être mangé !

T. Persons

[Les autres chroniques d’un psy] :



Commentaires - 2 messages
  • Pourtant les mesures sont très claires. Je suis travailleur, de santé mentale, de terrain et j ai reçu les informations claires sur le comment, pour qui et pour quoi. Et pourtant je ne suis pas psychologue. Je suis donc assez surpris de vous lire.

    ludovicdahlem mardi 7 septembre 2021 08:52
  • Bonjour Ludovic Dahlem,

    Concrètement, pouvez-vous clairement répondre aux 3 questions: comment, pour qui, pour quoi ?

    D'avance merci

    Quentin Vassart

    quentinvassart jeudi 9 septembre 2021 10:50

Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus