De prévention en médiation, les chemins de la répression ?

De prévention en médiation, les chemins de la répression ?

Prévenir, réprimer ou réguler sont trois actions distinctes qui peuvent perdre en utilité une fois qu’on les confond ou qu’on les mélange.

Prévention, médiation et répression sont trois approches différentes pour répondre (prétendument) au sentiment d’insécurité, aux désirs de cohésion et aux besoins des personnes fragilisées/précarisées. Chaque méthode à ses spécialistes et ses propres intervenants supposément indépendants les uns des autres. Là où la répression a montré son inefficacité face aux effets des problématiques sociales, la prévention doit agir en amont des incidents et la médiation ne peut être utile que si les parties sont pleinement consentantes. Dès lors que les éducateurs de rue (par exemple) font de la médiation de conflit, que les médiateurs font de la justice de paix et que les policiers font de la prévention, il faut peut-être questionner la place de chacun et le sens de leurs actions.

Trois concepts différents

En quelques mots (et sans doute quelques raccourcis) la prévention sert à éviter les incidents et les prises de risques, la médiation à (ré)concilier les parties d’un conflit et la répression vient sanctionner celui qui enfreint la loi. Dans tous les cas, l’objectif final est de permettre aux individus de vivre en société. Chaque discipline le faisant par un biais différent avec une efficacité relative. Il n’est pas rare que celui qui réprime, qui prévient et qui triangule soit le même. Par exemple, un professeur intervenant dans un conflit entre deux élèves ne peut pas en même temps amener les parties à s’exprimer en toute confiance puis sanctionner celui qu’il estime fautif (voire les deux dans le doute) et enfin, se déresponsabiliser quant à ce qui a été mis en place en amont.

« Réprévenssion »

Un des mélanges hasardeux est celui entre prévention et répression. En effet, là où la prévention demande un lien solide avec les individus et une relation de confiance, la répression demande une impartialité absolue et une distance avec le citoyen que l’on veut sanctionner. Généralement, lorsque des éducateurs sont missionnés pour intervenir auprès d’un groupe de citoyens (souvent des jeunes), le discours est vite le même : « Si ça ne s’améliore pas, c’est la police qui s’en chargera ».L’éducateur, sans forcément le vouloir, utilise la menace de manière à servir l’intérêt des personnes concernées. Du coup, la coopération qu’il obtient par ce biais n’est pas pleinement consentie.

« Médivantion »

Lorsque des voisins s’en prennent les uns aux autres et qu’ils appellent un service extérieur c’est souvent pour que celui-ci prenne parti.Les travailleurs de première ligne sont régulièrement amenés à trianguler les interactions entre les individus. Dans l’espoir de prévenir un conflit (généralement déjà existant), certains s’improvisent médiateurs (souvent sans même s’en rendre compte). Cependant, la médiation demande quelques pré-requis pour espérer être utile : chaque partie doit être demandeuse, le médiateur doit être formé, etc. Si la médiation reste un exercice délicat avec des personnes compétentes et dans un cadre sain, c’est mission impossible dans le flou ou en pleine crise.

Chacun sa place

En définitive, prévention, médiation et répression ne sont pas les étapes d’un même chemin. Chaque action vient servir des objectifs à court terme très différents et œuvre avec des personnes et dans des situations qui le sont tout autant. Cela n’empêche pas les échanges ni les collaborations, mais il faut que chacun reste à sa place, dans son rôle et avec ses propres méthodes. Il est légitime pour un travailleur de renvoyer chacun à ses responsabilités et de mettre les limites quant aux méthodes et aux enjeux.C’est même primordial, le risque étant de légitimer la répression sans se remettre en question ou même s’en rendre compte.

Perceval Carteron, éducateur.

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