Coronavirus : à la recherche de notre humanité perdue

19/03/21
Coronavirus: à la recherche de notre humanité perdue

Ces derniers moments, j’ai observé et vécu des situations qui n’auraient pas existé en d’autres temps, du moins, c’est ce qu’il me plaît de croire. Et je m’interroge de plus en plus : qu’advient-il de notre humanité ? Comment en est-on venus à accepter le genre d’épisodes décrits plus bas et qu’en temps normal nous n’aurions pas du tout géré de la sorte ? Sommes-nous donc à ce point adaptables et malléables ?

Il n’est même pas question ici du fait d’accepter depuis un an les diverses restrictions décidées de manière non démocratique et, bien souvent, arbitrairement et sans que leur efficacité ne soit réellement prouvée. Il n’est pas non plus question de toutes ces personnes empêchées de travailler, et qui, pour certaines, voient se profiler des jours bien sombres, au milieu d’une indifférence de plus en plus marquée. Il est question ici de petites scènes d’humiliation, témoins de cette déshumanisation qui semble gagner du terrain, à la faveur ou au prétexte d’une crise sanitaire qui semble, elle aussi, s’installer dans la durée.

Exemples d’humiliations

Pas plus tard que la semaine dernière, l’accès aux toilettes d’un musée m’a été refusé, au prétexte des mesures sanitaires. Le musée est au milieu d’un parc public fort fréquenté et il n’y a pas d’autres sanitaires à proximité. Je suis enceinte de 8 mois et demi. Lorsque j’ai fait remarquer au vigile que je n’avais pas l’intention de faire mes besoins au milieu du parc, il n’a pas sourcillé. La règle est la même pour tous, je n’ai qu’à prendre mes précautions … J’ai renoncé à lui rappeler quelques notions anatomiques de base et ai tout simplement forcé le passage jusqu’au précieux petit coin. Le tout au vu et au su de plusieurs personnes, qui n’ont tout bonnement pas réagi.

Répétées

Quelques temps auparavant, je n’ai pas eu autant de chance. C’était cette fois-ci dans une grande enseigne de jardinerie, qui dispose de toilettes publiques, fermées depuis le début de la crise sanitaire. La gérante avait, cette fois-ci, catégoriquement refusé de les ouvrir, me proposant de me soulager dans le parking du magasin, au vu et au su de tous les clients et des passants donc. Point de possibilité de négociation, et à nouveau, aucune réaction des spectateurs de la scène. J’ai dû trouver une autre solution, sans que cela semble choquer qui que ce soit.

Maltraitance

Autre lieu, autre vigile, qui, cette fois-ci, en vient presque à rudoyer une personne âgée, ayant visiblement de grosses difficultés à marcher, lesquelles ont certainement été accentuées par le fait d’avoir dû faire la file debout durant une quinzaine de minutes à l’extérieur. L’objet du délit ? Cette personne n’avait pas compris qu’elle devait retourner dehors faire la file pour accéder à un distributeur. La file qu’elle venait de faire était pour les guichets. Que la personne soit âgée, ralentie et manque de tomber en manipulant seule les lourdes portes importe peu. Lui proposer une chaise ? Il n’y en a plus. Lorsque j’interviens, on me rétorque à nouveau que les règles sont les mêmes pour tous.

Dénonciations, exacerbation des tensions, haine

D’autres phénomènes s’observent, tout aussi effrayants : il y a quantité de dénonciations, de voisins bien souvent, car il y a un peu trop de bruit chez eux, ou encore du coiffeur qui travaille en noir, de celui-ci ou de celle-là, qu’on soupçonne de ne pas respecter telle ou telle règle. Sur les réseaux sociaux, le nombre de commentaires haineux à l’encontre des personnes qui font ou ne font pas ceci ou cela explose. Des propos presque violents, incitant à la dénonciation, au rejet, à l’emprisonnement, traitant ces personnes de criminelles … Des mots forts pour des empoignades virtuelles intenses et des points de vue polarisés, manichéens.

Obéissance aveugle à l’autorité et abus de pouvoir

Je vois là se dessiner un point commun affligeant et quelque peu effrayant. Des individus à qui l’on confère à la fois un certain pouvoir, une autorité sur les autres, et à qui on demande d’obéir aveuglément à des règles, sans chercher ni à les comprendre ni à les contextualiser. Le tout en présence d’une majorité silencieuse, comme c’est souvent le cas en période de grands changements sociétaux. L’encouragement de certains comportements, comme la dénonciation. La polarisation de l’opinion, l’exacerbation des tensions par les médias, l’utilisation des médias d’une manière partiale. Le bombardement en continu d’informations, qui empêche la saine prise de recul. Cela ne vous rappelle rien ?

Quel monde pour demain ?

Je m’interroge et j’ai peur de la direction que prend notre société. Où sont passés la nuance, l’analyse, l’esprit critique ? Qu’est devenue notre humanité ? Que sommes-nous devenus, à accepter chaque jour d’assister, de cautionner, d’avaliser ce genre de situations ? Comment pouvons-nous utiliser une situation sanitaire comme justification à de tels comportements ? Comment pouvons-nous accepter de tels abus de pouvoir, qu’ils émanent d’hommes politiques se permettant de passer outre aux voies de la démocratie ou de vigiles qui ne réfléchissent pas plus loin que la règle à appliquer ?

MF - travailleuse sociale

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Commentaires - 1 message
  • Merci pour cette expression et prise de position qui nous rappelle d'être attentifs aux glissements possibles...
    En effet il faut réagir à cette sidération et lourdeur ambiante ! De nombreuses personnes n'arrivent pas à bien analyser les choses, à réagir comme des humains empathiques.
    Pour tempérer votre propos, je vois autour de moi des personnes qui réagissent comme moi et revendiquent une humanisation des relations, une solidarité entre nous.
    Ces personnes et moi même ne pratiquons pas un respect aveugle de ces règles absurdes, arbitraires et non fondées quant aux conséquences pour les personnes plus fragiles. A quand l'éclairage par des personnes et des scientifiques dont on n'entend pas la parole et qui prônent autre chose que confinement, enfermement, isolement ... et mort.
    Anne

    Medianne jeudi 25 mars 2021 11:34

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