Travailleur social : comment démotiver un collaborateur compétent et investi - 2e partie

21/10/21
Travailleur social : comment démotiver un collaborateur compétent et investi - 2e partie

Lorsque j’ai rédigé le texte "Travailleur social : comment démotiver un collègue compétent et investi", je ne pensais vraiment pas qu’il aurait un tel écho, qu’il parlerait à autant de lecteurs … Malheureusement, c’est le cas. J’ai donc décidé d’approfondir le sujet … Petit guide (plus) très ironique pour les responsables d’équipes et d’institutions en mal d’idées.

- Lire aussi : Travailleur social : comment démotiver un collègue compétent et investi

Sous payez le

Et expliquez-lui bien que s’il n’est pas content, il peut prendre la porte. Après tout, il y en a des centaines qui attendent après sa place. Mieux encore, et beaucoup plus subtil, faites appel à son sens de l’auto dépréciation en lui expliquant que les barèmes sont ainsi faits et qu’il n’est vraiment pas possible de le payer plus. De la sorte, il finira par croire que son travail ne vaut pas plus et qu’il est normal d’être payé des clopinettes pour le faire…

Ne l’écoutez pas

N’écoutez pas ses doléances et ses propositions. Voire même, toujours dans la subtilité, faites semblant de les écouter, mais n’en tenez pas compte. Variez les techniques, c’est plus déstabilisant. En tout cas, l’idée est que votre collaborateur ait l’impression de se heurter à un mur à chaque fois qu’il vous parle. Que ses propositions et plaintes ne sont pas entendues. Et réellement, n’écoutez rien. Vous épargnerez ainsi vos oreilles et votre cerveau.

Ne l’impliquez pas

Cela rejoint le point précédent. Par exemple, lors des réunions d’équipe, ne faites aucun cas de ses propositions ou de ses idées. Restez buté et borné dans vos principes, ne vous remettez pas en question. Ne l’impliquez dans aucune décision, même celles qui le concernent directement. Faites de lui un simple exécutant, surtout s’il s’agit de choses qu’il ne comprend pas ou pour lesquelles il est important qu’il soit en accord avec ses valeurs.

Multipliez les petites vexations quotidiennes

Attention toutefois à ne pas franchir le pas du harcèlement, cela pourrait vous causer des problèmes. Par contre, vous pouvez franchement multiplier les petites vexations quotidiennes, telles qu’oublier de saluer, vous montrer hargneux, lui prouver à travers un ensemble de petites choses qu’il n’a aucune valeur à vos yeux et au sein de l’équipe : déranger ses affaires, oublier de tenir compte de ses réservations de locaux, ne pas lui attribuer de matériel convenable, etc.

Faites-lui croire qu’il n’est pas à sa place

Lorsqu’il vous fait part de problèmes rencontrés sur le terrain, ne soyez pas à son écoute. Ne faites pas preuve d’empathie, n’essayez pas de vous mettre à sa place. Au contraire, accablez-le et faites-lui croire que son ressenti est anormal, qu’il n’est pas à sa place dans son travail. Qu’il finisse par penser que les conditions dans lesquelles il l’exerce sont normales et que c’est lui qui a un problème, aussi indignes que lesdites conditions soient (et, entre nous, on sait très bien qu’elles sont moches).

Ne lui montrez aucun respect

Ni pour ses idées, ni pour sa personne. En fait c’est l’essence même de ce guide. Vivez dans votre tour d’ivoire et ne montrez surtout aucun respect, aucune considération envers vos collaborateurs. Ne voyez pas leur enthousiasme, leur motivation, n’essayez pas de les entretenir, de les développer, de faire votre travail, à savoir permettre à votre équipe de grandir, et ainsi à votre institution d’évoluer. Après tout, vos collaborateurs ne sont que des mouchoirs jetables, n’est-ce pas ? Il y en a plein qui attendent sur le pas de la porte pour prendre leur place…

MF - travailleuse sociale

[De la même autrice] :
- Coronavirus : à la recherche de notre humanité perdue
- Précarité du travailleur social : et si on en parlait
- Travailleurs sociaux : non prioritaires ?
- Educateur spécialisé : toujours mal considéré...
- Travail social : déceler un manipulateur et s’en protéger
- Travailleur social : (se) motiver au changement
- Le non-marchand, encore et toujours oublié de la crise
- Travailleur social : astuces pour mieux communiquer, malgré le masque
- "Être éducateur dans une société en crise"
- Le non-marchand, oublié du (dé)confinement
- Patients psychiatriques, détenus, personnel : les oubliés de la crise
- Coronavirus : travailleur social en télétravail ?
- Coronavirus : quand nos hôpitaux en sont réduits à mendier...
- Gare à la surenchère dans l’offre de services sociaux
- Toujours en burn-out malgré les vacances...
- Vivre un deuil au travail
- De l’injonction à la résilience chez le travailleur social
- Éducateur spécialisé, le parent pauvre
- L’hypnose, un formidable outil pour le travailleur social
- Travailler en réseau : bénéfices et difficultés
- Les travailleurs sociaux sont-ils tous sur un pied d’égalité ?
- Travailleur social : gérer la lassitude professionnelle



Commentaires - 7 messages
  • J'ajoute :
    - pratiquez les "chauds - froids" dans vos évaluations quotidiennes pour le déstabiliser !
    - ne l'informez pas des objectifs de l'institution et de la place qu'il y occupe

    FrancoisPl samedi 23 octobre 2021 12:00
  • Dans le monde de l'associatif, beaucoup de ces points comptent aussi... Des gens passionnés, ça accepte beaucoup de choses... Merci pour ces 2 articles ;)

    grungyheca samedi 23 octobre 2021 18:58
  • Je viens de lire l'article qui me parle +++ étant depuis 6 semaines en arrêt pour Burn Out . Ce que vous décrivez est appliqué au sein de ma structure de façon exemplaire ????
    Comment faire pour que cela change ? J'ai peu d'espoir pour trouver une issue favorable... quand à la direction de nos structures associatives sociales sont nommés des ex cadres de banque ou de mutuelle et que le but est de clairement faire du chiffre et des économies !! Humanité 0 Empathie 0 connaissance du terrain 0000

    Crochette dimanche 24 octobre 2021 11:47
  • Bonjour
    Vous n'incluez jamais les assistants familiaux dans vos commentaires. Ce ne sont pas des travailleurs sociaux ?

    Skool dimanche 24 octobre 2021 14:04
  • j'ai subi 5 ans un duo d'oppresseurs aux techniques en tous points semblables à celles décrites,(1 c'est déjà dur , alors 2....); j'ai même l'impression que c'est une façon d'établir un pouvoir qu'ils n'ont et ne peuvent avoir sur les bénéficiaires , finalement le travailleur est bien moins protégé qu'eux et faut pas compter sur les syndicats pour s'y opposer , le meilleur moyen est probablement de devenir représentant syndical soi même , les harceleurs passeront à quelqu'un d'autre ...dommage !

    thierry-Ol dimanche 24 octobre 2021 18:00
  • A défaut d'être transmis aux autorités de subvention ou aux fédérations locales qui sont censées réunir vos responsables stratégiques-hiérarchiques, on pourrait penser que vos deux articles puissent tout de même être diffusés auprès des organisations de formations continuées, qui elles aussi ont des devoirs de transmettre le "ce-qui-se-passe-sur-le-terrain-à-qui-veut-l'-entendre".... Bravo pour cette expression courageuse et authentique

    Gomarin vendredi 29 octobre 2021 18:49
  • Tellement véridique...

    Valentine Verdin mardi 2 novembre 2021 12:08

Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus