L’analyse SWOT au service du travail social
L’analyse SWOT est, au départ, un outil très utile en entreprise, lorsqu’il s’agit, par exemple, de développer un nouveau projet. Personnellement, je trouve que, légèrement détourné, il peut s’avérer très intéressant lorsqu’on accompagne des personnes dans le cadre du travail social. Petit décryptage.
Faire une analyse SWOT, c’est faire un état des lieux des Forces (Strenghts), Faiblesses (Weaknesses), Opportunités (Opportunities), et Menaces (Threats) autour d’une structure ou d’un projet. Dans le monde de l’entreprise, c’est un moment nécessaire, préalable au lancement d’une activité. Une telle analyse est normalement réalisée de manière très visuelle, à l’aide d’un schéma en croix, similaire à une toile d’araignée, et permettant de repérer aisément les éléments. Ces mêmes éléments peuvent être écrits ou représentés par des pictogrammes.
Adapté au travail social, un tel outil peut être un précieux aide mémoire, et un document de travail très visuel et extrêmement puissant, pour construire et étayer notre accompagnement, que ce soit d’un public enfant ou adulte, alphabétisé ou non.
Les Forces
L’état des lieux des forces fait référence aux ressources internes de la personne, à ce sur quoi elle peut s’appuyer. Ses ressources personnelles, ses capacités, compétences, les éléments de sa personnalité qui peuvent l’aider. Ce point est certainement le plus difficile pour les personnes qui, généralement, n’ont pas conscience de leurs capacités et ressources personnelles.
Nombre d’entre elles manquent cruellement de confiance en elles et d’estime d’elles-mêmes. Aussi, lors d’un entretien classique, elles ne vont généralement pas lister leurs forces. Par contre, vous pourrez les apercevoir au travers d’anecdotes qu’elles vous raconteront, d’épisodes de vie où vous vous rendrez compte des ressources qu’elles ont pu déployer. A vous de les pointer et de venir compléter la toile d’araignée.
Les Faiblesses
Ici, en général, les personnes n’ont aucun souci pour en trouver, et même plus qu’il n’en faut ! Il s’agit des lacunes internes, du manque de ressources, des freins qui peuvent nuire. Certaines faiblesses sont très simplement identifiables, comme par exemple le fait de ne pas avoir de permis de conduire lorsqu’on cherche un emploi. Pour d’autres, c’est un peu plus compliqué, mais bien souvent, elles apparaissent et des solutions peuvent être mises en place. Les faiblesses font partie des éléments sur lesquels la personne peut avoir prise, qui sont dans sa sphère d’action, qu’elle peut, avec plus ou moins d’efforts, contrôler.
Les Menaces
Les menaces sont, quant à elles, des éléments externes à la personne. Donc, des éléments que la personne ne peut pas contrôler et qui peuvent nuire à son projet. Ce sont les risques externes et les obstacles, prévisibles ou non.
Ces éléments peuvent revêtir différents aspects et être plus ou moins denses et importants. Par exemple, il peut s’agir de rapports de voisinage difficiles, d’un logement insalubre, de liens familiaux entravants, etc. La personne a peu de pouvoir d’agir sur les menaces, en ce sens qu’elle ne peut pas contrôler l’autre. Ça aussi, c’est un élément difficile à entendre et à comprendre. Replacer les menaces à leur juste place, c’est aussi aider la personne à comprendre que son pouvoir d’agir s’arrête à elle-même. Parfois, le manque de capacité d’action sur les menaces est utilisé comme prétexte pour justifier un certain immobilisme (par exemple : « Mes voisins sont bruyants la nuit, je ne dors pas bien, donc je ne parviens pas à me lever le matin »).
Les Opportunités
Aussi difficiles à verbaliser que les forces, les opportunités sont les ressources externes, les facteurs externes favorables, les anges gardiens et les coups de main. Souvent, les personnes se sentent seules au monde et ne réalisent pas toujours qu’elles ont un réseau. Même minime, il existe. Ça peut être la voisine sympa qui va garder l’enfant quelques heures ou aider pour les devoirs. Ou encore les colis alimentaires. L’assistante sociale en qui on a confiance. Là aussi, en général, les personnes ne listent pas d’elles-mêmes les opportunités, mais ces dernières se dévoilent lorsqu’elles narrent des épisodes de leur vie.
Et après ?
Transcrire sur papier en un schéma simple ces 4 points revient à développer un outil puissant pour la personne. Seuls 4 ou 5 mots par catégorie suffisent en réalité. Après, on peut jouer. Que se passerait-il si on utilisait des Forces pour saisir des Opportunités ? Ou encore si on exploitait des Opportunités pour corriger des Faiblesses ? Au lieu d’un discours, d’un entretien classique, on peut utiliser le support visuel de la matrice réalisée (la toile d’araignée) et y ajouter flèches et autres fils tendus entre les éléments. Cela devient concret tout en étant ludique. Léger mais puissant.
MF - travailleuse sociale
À retenir
- L’analyse SWOT (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) est un outil stratégique qui peut être adapté au travail social pour soutenir l’accompagnement individuel.
- En intervention sociale, les forces correspondent aux ressources, compétences et capacités personnelles sur lesquelles la personne peut s’appuyer pour construire son projet.
- Les faiblesses désignent les freins internes sur lesquels la personne peut agir, avec un accompagnement adapté et des objectifs réalistes.
- Les opportunités regroupent les ressources extérieures (proches, services sociaux, associations, dispositifs d’aide) susceptibles de favoriser le parcours de la personne, tandis que les menaces renvoient aux obstacles externes sur lesquels elle dispose de peu de contrôle.
- Représentée sous forme de matrice visuelle, l’analyse SWOT permet de mieux comprendre une situation, de valoriser le pouvoir d’agir de la personne et de construire des stratégies d’accompagnement concrètes.
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