Secteur non-marchand : balayer devant sa porte...

28/09/22
Secteur non-marchand : balayer devant sa porte...

Avez-vous déjà remarqué que dans le secteur non-marchand, y compris parfois lorsqu’il est militant, les revendications quant aux conditions de vie des bénéficiaires ne s’appliquant pas forcément aux conditions de travail des travailleurs ?

C’est quand même particulièrement ironique, lorsqu’on y pense. Le non-marchand, qui prend à cœur la défense des droits humains, aussi bien au sens large que selon les angles spécifiques abordés par les institutions, selon les secteurs dans lesquelles elles travaillent, et qui ne prend pas forcément la peine de balayer devant sa porte.

Avoir force d’exemple

Interpeller le monde politique, les dirigeants économiques est d’une importance fondamentale et je ne remets nullement ça en cause, bien entendu. Notre société est profondément inégalitaire et a bien besoin de toutes les forces désirant rétablir l’équilibre, afin qu’à tout le moins, elle ne le devienne pas encore plus. Ceci dit, entreprendre ce genre de démarche, salutaire et socialement nécessaire, implique une grande responsabilité : celle d’avoir force d’exemple.

Quelle crédibilité ?

En effet, à quelle crédibilité peut-on prétendre lorsqu’on n’applique pas soi-même les principes que l’on prône par ailleurs ? Lutter pour de meilleures conditions de vie pour les personnes bénéficiant d’allocations sociales et offrir des conditions de travail parfois pitoyables ou encore risibles à ses propres travailleurs, quel message cela envoie-t-il ?

Petits détails et grands manquements

Je ne parle pas ici des rémunérations, tributaires de commissions paritaires et de subventions et qui donc, en grande partie, ne sont pas sous la responsabilité de l’employeur, mais bien de « petites » choses : du matériel de travail correct, voire du matériel de travail tout court, des locaux adaptés, etc. Sans oublier, dans certains cas, le « simple » respect de la législation du travail. Concrètement, éviter de demander, de manière implicite ou explicite, à ses travailleurs de faire des journées de 12 heures et plus, de travailler le dimanche sans aucune compensation, etc.

Monnaie courante dans un secteur qui devrait balayer devant sa porte

Ne nous leurrons pas, c’est monnaie courante dans le secteur. Et c’est peut-être aussi un effet pervers d’un système qui veut que chaque subvention accordée soit justifiée par encore plus de projets, nécessitant encore plus d’heures de travail, et entraînant de la sorte un cercle vicieux. Mais c’est peut-être simplement un effet pervers d’un secteur n’investissant pas suffisamment son argent dans ce qui fait son pilier : le personnel. Comptant ainsi sur une main d’œuvre « volontaire », « militante », « engagée », « investie ». Et oubliant au passage qu’avant de prétendre s’occuper des manquements des autres, il faut balayer devant sa propre porte.

MF – travailleuse sociale

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