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La boîte à outils du travail social : les mouvements oculaires en PNL

07/01/26
La boîte à outils du travail social : les mouvements oculaires en PNL

Dans nos entretiens, nous cherchons souvent à comprendre comment la personne organise ses pensées, ce qui la met en difficulté ou ce qui l’aide à avancer. En tant que travailleuse sociale, j’ai longtemps eu l’impression que certaines informations « m’échappaient » lorsque la parole ne disait pas tout. Puis, lorsque je me suis formée en PNL (Programmation Neuro-Linguistique), j’ai découvert un outil simple, mais particulièrement efficace : les mouvements oculaires, parfois appelés « indices d’accès ».

Sans être une vérité absolue – et encore moins un outil d’interprétation figée – ils peuvent devenir un repère utile pour éclairer le fonctionnement interne d’une personne et adapter notre posture d’accompagnement.

Lire aussi : La PNL : un formidable outil pour le travailleur social

Les mouvements oculaires : de quoi s’agit-il ?

Selon la PNL, les mouvements des yeux refléteraient la manière dont une personne « va chercher » de l’information à l’intérieur d’elle-même. De manière très simplifiée, il existe généralement trois grands canaux internes :

  • Visuel : on se représente des images.
  • Auditif : on se parle intérieurement ou on réentend des sons.
  • Kinesthésique : on se connecte à des sensations, émotions ou ressentis corporels.

Pendant un entretien, il n’est pas rare d’observer que la personne regarde spontanément dans une direction particulière lorsqu’elle tente de se souvenir, d’expliquer ou de comprendre quelque chose. La PNL propose un schéma indicatif :

  • Regard en haut : accès visuel. A gauche, construit et à droite, remémoré.
  • Regard sur les côtés : accès auditif. A gauche, construit et à droite, remémoré.
  • Regard en bas à gauche : accès kinesthésique. A droite, « dialogue interne ».

La mémoire, entre souvenirs et constructions

Lorsqu’on dialogue avec une personne et qu’elle se remémore un souvenir, son regard voyage de gauche à droite, car, en réalité, aucun souvenir n’est mémorisé à la manière d’un bloc. Il s’agit plutôt de fragments que notre cerveau va agencer, en y joignant des images ou sons construits afin de « boucher les trous » et de conserver un récit cohérent. La plupart du temps, cette construction est inconsciente. Observer les mouvements oculaires d’une personne permet de se rendre compte de cette « reconstruction » de souvenirs.

Attention toutefois que ces tendances ne sont pas universelles, ni toujours stables, notamment en ce qui concerne les mouvements vers la gauche et la droite. Si la majorité des gens fonctionnent selon le schéma présenté, certaines personnes se remémorent à gauche et construisent à droite. Dans un premier temps, il importe donc de vérifier le schéma oculaire de la personne par quelques questions simples.

En quoi cet outil peut-il aider en entretien ?

1. Comprendre le canal privilégié de la personne et ajuster notre langage

Certaines personnes fonctionnent beaucoup en images, d’autres en sensations, d’autres encore en discours internes. Identifier ce canal peut aider à adapter notre langage et ainsi à renforcer le lien avec la personne : « Qu’est-ce que vous voyez dans cette situation ? » (Canal visuel privilégié), « Qu’est-ce que ça vous fait ressentir ? » (Canal kinesthésique), « Qu’est-ce que vous vous dites quand cela arrive ? » (Dialogue interne).

Avec certains publics, peu à l’aise avec le langage, voire non francophones, cet outil peut également représenter une aide supplémentaire, car, jusqu’à présent, la pratique n’a pas démontré que les mouvements oculaires avaient un ancrage culturel.

2. Renforcer la posture d’écoute active

En tant que travailleur, observer les mouvements oculaires nous oblige à ralentir, à être plus attentif et à rester centré sur la personne plutôt que sur notre grille d’analyse. En ce sens, c’est un outil de présence, plus que d’expertise.

Ceci étant dit, une précision me semble essentielle : contrairement au mythe largement répandu, les mouvements oculaires ne permettent pas de savoir avec certitude si quelqu’un ment. En effet, comme énoncé plus haut, lorsque nous nous remémorons un souvenir, notre cerveau « bouche les trous » avec des données construites qui lui paraissent cohérentes avec les fragments mémorisés.

Le fait de voyager entre le construit et le remémoré n’est dès lors pas un indicateur de mauvaise foi. Les mouvements oculaires sont un outil d’observation qui peut enrichir nos entretiens en travail social ou éducatif et nous permettre de mieux nous ajuster à la personne, donc de créer un lien de meilleure qualité. Ils complète bien l’écoute active, l’empathie et la clinique du lien.

MF, travailleuse sociale

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Commentaires - 1 message
  • ALERTE DÉBUNK

    Les modèles de la PNL mobilisant les mouvements oculaires ne sont pas étayés empiriquement et peuvent donc exposer à des erreurs d'interprétation en entretien.

    Dans le travail social, il me semble plus rigoureux de s'appuyer sur des cadres d'entretien éprouvés (comme l'entretien motivationnel ou l'approche centrée sur la personne) et de cultiver une exigence de pensée critique sur les outils transmis.

    Pour aller plus loin, je vous invite à faire vos propres recherches et à consulter notamment :
    Potier, E. (2008). Critique de l'idéologie de la Programmation neurolinguistique.
    Pour, revue en sciences humaines (article disponible sur Cairn).
    Ce texte souligne que les études expérimentales testant la validité ou l'efficacité de la PNL sont rares, et que cette approche se présente comme une ingénierie humaine sans base scientifique clairement établie.

    shs.cairn.info/revue-pour-2008-4-page-22.htm

    _cogito_ jeudi 8 janvier 2026 12:23

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