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Le consentement de l’usager : réel ou théorique ?

01/07/26
Le consentement de l'usager : réel ou théorique ?

Dans le champ du travail social, le consentement de l’usager devrait être un principe incontournable. Il est au cœur des droits fondamentaux des personnes accompagnées et constitue un marqueur essentiel des pratiques professionnelles respectueuses de l’autonomie. Pourtant, entre les textes et la réalité du terrain, une question demeure : le consentement de l’usager est-il toujours réel ou reste-t-il parfois théorique ?

Un principe fondamental de l’accompagnement

Le consentement renvoie à la capacité d’une personne à accepter ou à refuser librement une intervention, après avoir reçu une information claire et compréhensible. Il s’inscrit dans une logique de participation active de l’usager à son parcours d’accompagnement. Les législations relatives aux droits des usagers ainsi que les référentiels professionnels rappellent l’importance de recueillir l’accord de la personne concernée avant toute démarche, orientation ou transmission d’informations la concernant. Cette exigence vise à reconnaître l’usager comme acteur de sa propre vie plutôt que comme simple bénéficiaire d’un dispositif.

Les limites du consentement dans la pratique

Si le principe paraît simple, sa mise en œuvre est souvent plus complexe. De nombreux facteurs peuvent limiter la liberté réelle de choix de l’usager.

D’abord, la relation d’accompagnement est rarement totalement égalitaire. Le professionnel détient des connaissances, maîtrise les dispositifs et peut être perçu comme une figure d’autorité. L’usager, de son côté, peut se trouver dans une situation de vulnérabilité sociale, financière, psychologique ou administrative qui influence sa capacité à exprimer un refus. Par ailleurs, certaines interventions s’inscrivent dans un cadre contraint. C’est notamment le cas des mesures judiciaires, de certains accompagnements liés à l’insertion ou encore des dispositifs conditionnant l’accès à des droits ou à des prestations. Dans ces situations, l’usager peut donner son accord sans réellement disposer d’une alternative. Le consentement risque alors de devenir une formalité administrative davantage qu’une véritable adhésion.

Informer ne suffit pas toujours

Le consentement suppose une compréhension effective des enjeux. Or, l’information transmise par les professionnels peut parfois être difficile à appréhender. Les barrières linguistiques, les difficultés de lecture, les troubles cognitifs ou encore la complexité des dispositifs peuvent empêcher une compréhension complète des conséquences d’une décision. Une signature sur un document ne garantit donc pas nécessairement un consentement éclairé. Le rôle du travailleur social consiste alors à adapter sa communication, à vérifier la compréhension de la personne et à lui laisser le temps nécessaire pour réfléchir et poser ses questions.

Consentement et pouvoir d’agir

La notion de consentement est étroitement liée à celle du pouvoir d’agir. Plus une personne dispose de ressources, d’informations et de marges de manœuvre, plus son consentement a de chances d’être authentique. À l’inverse, lorsque les choix sont limités ou que les conséquences d’un refus apparaissent trop importantes, le consentement peut relever davantage de l’acceptation contrainte que d’une décision libre. Cette réflexion invite les professionnels à s’interroger régulièrement sur leurs pratiques : l’usager a-t-il réellement le choix ? Comprend-il les implications de sa décision ? Peut-il exprimer un désaccord sans craindre de perdre l’accès à l’accompagnement proposé ?

Vers une culture du consentement ?

Plutôt que de considérer le consentement comme un acte ponctuel, de plus en plus de professionnels l’envisagent comme un processus continu. Le consentement peut évoluer au fil du temps, être réévalué et faire l’objet d’échanges réguliers. Cette approche implique de créer un climat de confiance où la parole de l’usager est reconnue et respectée, y compris lorsqu’elle remet en question les propositions du professionnel. Elle suppose également d’accepter que certaines personnes ne soient pas prêtes à adhérer immédiatement à un projet ou à une orientation.

Le consentement de l’usager ne peut se réduire à une signature ou à une validation formelle. S’il constitue un principe fondamental du travail social, sa réalité dépend des conditions dans lesquelles il est recueilli. La qualité de l’information, l’existence d’un véritable choix, la prise en compte des vulnérabilités et l’équilibre de la relation d’accompagnement sont autant d’éléments qui déterminent son authenticité. Pour les travailleurs sociaux, il importe de ne pas se leurrer. Lorsqu’il est question d’accès à des prestations telles qu’une allocation ou toute autre aide financière ou matérielle, le consentement ne saurait qu’être théorique, tant le rapport est inégal.

MF - travailleuse sociale

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