« On verra ça à la rentrée » : chronique d’un été dans le travail social
Chaque année, le même scénario se répète. Les agendas se vident, les réponses automatiques fleurissent dans les boîtes mail et les phrases « on verra ça à la rentrée » deviennent omniprésentes. Pendant ce temps, les travailleurs sociaux continuent de jongler avec les situations complexes, les imprévus et les préparatifs de septembre. Chronique d’un été pas tout à fait comme les autres.
La fin d’année scolaire, c’est un peu ce temps suspendu, où la tête est déjà en vacances, où le corps a du mal à rester en pilotage automatique et où, malgré tout, il y a de vrais impératifs professionnels que, il faut bien l’admettre, on peine à rencontrer.
Juin, le début de la fin
Juin est officiellement le mois où tout le monde commence à parler de vacances. Les usagers demandent : « Vous êtes ouverts cet été ? ». Les partenaires répondent : « Oui, enfin… jusqu’au 27 juin. Après, il faut voir avec ma collègue qui revient le 18 août. ». C’est le début des phrases mythiques : « On verra ça à la rentrée », 3 mois plus tard donc...
Les travailleurs sociaux, eux, tentent de sécuriser trois mois de situations complexes avant que la moitié des interlocuteurs habituels ne disparaissent derrière un message automatique d’absence du bureau. C’est aussi le moment des inquiétudes pour les familles à risque, les enfants et jeunes qui s’apprêtent à passer les vacances « chez eux », etc. Le tout en étant soi-même en pleine phase finale d’organisation des vacances et de gestion de la logistique scolaire familiale. Oui oui, travailler en juin relève parfois du sport de haut niveau.
Juillet : le grand jeu de piste
En juillet, le monde ralentit. Sauf les problèmes. Les difficultés financières ne prennent pas deux semaines en Espagne. Les conflits familiaux n’activent pas leur répondeur automatique. Les urgences sociales n’ont manifestement jamais entendu parler des congés payés. Tout ça avec la moitié des collègues absents et l’autre moitié psychologiquement en vacances. Ou en tout cas en plein dans l’organisation pratique des vacances. Trouver le bon interlocuteur pour, mettons, une urgence, relève de la haute voltige : « La personne qui s’en occupe est absente. » « Son remplaçant ? » « Il n’y en a pas. » « Et comment fait-on ? » « Rappelez fin août ou envoyez un mail. »
Août : survivre jusqu’à la rentrée
Août est un mois étrange. Les bureaux sont silencieux. Les rues sont calmes. Les agendas semblent enfin respirer. C’est précisément le moment où surgissent les situations les plus improbables et les urgences difficiles à gérer, en l’absence du rythme habituel. C’est le moment où l’accumulation des tensions de l’été, chaud et confiné, se fait sentir au sein des familles en difficulté. C’est aussi celui de la préparation de la rentrée, des réinscriptions, des recherches de logements qu’il faut entamer, même s’il ne fait pas encore froid. C’est le moment où le rythme indolent des chaudes journées rencontre celui, plus saccadé, de l’administratif qui reprend ses droits.
Fin août, quand tout s’accélère
Après le 15 août, les choses s’accélèrent. L’été touche à sa fin, les journées raccourcissent, l’automne commence à pointer le bout de son nez. Et on résiste. On ne veut pas de ce retour à la réalité, on veut garder cette atmosphère de vacances, malgré les collègues qui reprennent petit à petit le boulot, les partenaires qui recommencent à répondre au téléphone, le rythme des activités qui redevient habituel.
Et pourtant… il est temps de reprendre ses (bonnes) habitudes. Et de recommencer à penser aux prochaines vacances… Bien entendu, ce calendrier n’est totalement pas valable si vous travaillez, par exemple, avec un public de jeunes. Auquel cas, bonne chance, ici commence votre période la plus chargée de l’année et le temps du grand décalage avec votre entourage qui, lui, a les orteils en éventail.
MF - travailleuse sociale
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