Coronavirus : "Nous craignons une hausse des violences conjugales !"

Coronavirus:

Le confinement instauré en raison de l’épidémie de coronavirus fait craindre aux associations, aux différents organes publics venant en aide aux personnes subissant des violences conjugales ainsi qu’aux responsables politiques, un scénario pour les prochaines semaines où flambent les violences intrafamiliales et conjugales. Les différents acteurs de terrain de ce secteur souhaitent alerter sur ce sujet tout en continuant à s’organiser pour octroyer de l’aide et agir le plus efficacement possible.

« Être confinée chez soi avec un homme violent est dangereux. Il est déconseillé de sortir. Mais il n’est pas interdit de fuir. Besoin d’aide ? Appelez-le 0800/30.030 ». Ce message visible depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, émane de l’Asbl « Femmes de droit » qui a traduit une campagne des associations féministes italiennes pour l’adapter à la Belgique. Comme pour les autres pays où le confinement a été mis en place, le risque de l’augmentation des violences conjugales ou intrafamiliales n’est plus une chimère. Celui-ci est bien réel.

La crainte du secteur face à l’isolement des victimes

C’est l’un des risques du confinement et une préoccupation légitime pour de nombreuses personnes : les violences conjugales pourraient fortement augmenter. Dans ce contexte de quarantaine, des craintes émergent concernant la recrudescence des cas de violence domestique liés à l’isolement forcé des personnes impliquées dans des relations toxiques. A l’accoutumé, il est déjà difficile pour le secteur de faire de la prévention et d’agir à grande échelle, mais avec l’arrêt quasiment total de la société, les associations redoutent un abandon dans cette bataille.

«  Une augmentation prouvée de la violence domestique a été enregistrée en temps de crise ou de catastrophe naturelle. Comme la vie normale s’arrête, les victimes — qui sont généralement des femmes — se retrouvent exposées à leur agresseur pendant de longues périodes et ne bénéficient plus d’un soutien social et institutionnel  », déclare Jurgita Pečiūrienė, experte à l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE).

Par conséquent, différentes associations, groupes de défense des droits des femmes et institutions publiques en Belgique tirent la sonnette d’alarme sur les zones d’ombre qui subsistent en la matière. Et les exemples de la Chine, de l’Italie et des Etats-Unis donnent raison à cette inquiétude. Elles demandent une réflexion politique, mais aussi collective pour remettre en place le plus vite possible des lieux d’écoute et d’accueils solides, mais aussi une réelle protection des victimes, qui bien souvent, ne peuvent avoir d’autres choix que de rester chez elles.

« Pour l’heure les associations ne souhaitent pas donner plus d’informations aux médias par peur de mettre plus en danger les victimes, il suffit qu’un agresseur lise l’article pour en savoir autant que la victime. Mais nous travaillons sur trois axes, le premier est celui de l’information large et la sensibilisation du public, le deuxième est de maintenir le lien avec les victimes et le dernier point concerne la sensibilisation des politiques », pointe Céline Caudron, coordinatrice nationale de l’association Vie Féminine.

Miriam, membre de l’association « Femme de droit », déplore la recrudescence des appels sollicitant de l’aide « Nous savons très bien que la situation va entraîner de l’angoisse, facteur aggravant des violences conjugales. Nous sommes une petite asbl dont la fonction première est d’apporter une aide juridique, une aide de droit à ces personnes, cependant, on a depuis quelques jours de nombreux messages, appels, qu’on redirige vers des associations comme « Vie Féminine » ou le Collectif contre les Violences familiales et l’Exclusion (CVFE) qui vont pouvoir apporter une aide plus adaptée. Mais en quelques jours, j’ai eu autant de messages et de sollicitations que durant une période d’un mois ».

Maintenir la parole : un enjeu crucial

Que faire ? Comment agir face à cette situation pour maintenir au mieux l’aide durement construite au fur et à mesure des années. Plusieurs associations féministes ont lancé un message d’alerte à ce sujet, comme à l’initiative de l’association « Femmes de droit ». De plus, elles doivent adapter leurs activités pour maintenir un lieu, une écoute, pour que les victimes puissent savoir qu’une porte de sortie reste là, malgré l’arrêt de la société. Pour les victimes comme pour le secteur, cela est crucial de maintenir l’aide. La Région wallonne a ainsi autorisé à l’association Vie Féminine d’effectuer ses permanences juridiques et sociales par téléphone, chose qui est impossible habituellement.

« Etant confronté à une situation totalement inédite, nous avons essayé de repenser la manière de garder le contact avec les femmes. C’est la raison pour laquelle nous avons rapidement mis sur pied des permanences sociales et juridiques par téléphone. Ce sont des juristes et des assistantes sociales qui répondent aux femmes. Elles peuvent dès lors obtenir des réponses à leurs questions, mais nous pouvons également les orienter vers des services spécialisés en cas de violences. Malheureusement, ces services sont déjà nettement insuffisants et doivent également suivre les mesures décidées par le gouvernement », explique Hafida Bachir, secrétaire politique de l’asbl Vie féminine.

Les différents numéros d’écoute sont accessibles 24h sur 24 assure le secteur qui compte bien, à l’instar du personnel soignant des hôpitaux, maintenir leurs actions vitales pour les très nombreuses victimes.

« Au CVFE, nous essayons de trouver des manières "connectées" pour fournir les mêmes services, comme c’est par exemple le cas pour le département d’éducation permanente. Concernant la ligne d’écoute, le nécessaire a été fait pour permettre aux travailleurs de travailler à domicile, une question de sécurité pour les collaborateurs qui permet de maintenir la ligne, ce qui nous semble essentiel », explique un membre du collectif contre les violences familiales.

Accueillir oui, mais il faut aussi trouver de nouvelles pistes

Comme pour les hôpitaux, les structures d’accueil de victimes sont frappées de plein fouet par le manque de moyens structurels et économiques. « Par ailleurs, on demande aux femmes de partir, mais pour aller où ? Les maisons d’accueil ne vont plus pouvoir recevoir de nouvelles personnes, nous sommes déjà en grand nombre dans un espace réduit, ce qui est déconseillé en ce moment. Nous fonctionnons avec du personnel réduit à cause de la pandémie et nous sommes donc au complet ! Nous ne pourrons pas les accueillir. Je me demande s’il ne faudrait pas insister auprès de la police et de la justice pour que la loi sur l’éloignement des auteurs de violences soit mieux utilisée. Elle stipule que c’est à l’auteur de partir, pas à la victime. Mais où iront ces hommes violents ? Et, si on se dirige vers un scénario comme en Italie ou en France, la police sera déjà bien occupée ailleurs », alerte Jurgita Pečiūrienė.

La question de l’accueil des victimes se pose encore plus qu’à l’accoutumée. Fuir d’accord, mais pour aller où ? C’est la question centrale qui résonne en parallèle à l’heure du confinement. Le secteur se prépare, remet en place ses aides et cherche de nouvelles solutions pour faire face à la recrudescence de ces violences et à la surcharge des établissements d’accueil et d’hébergement.

Hafida Bachir, secrétaire politique de l’asbl Vie Féminine, conclut : « Nous avons lancé un appel dans nos régionales pour connaître les initiatives qu’elles mettent sur pied. On va voir et réfléchir sur ce qui est possible d’appliquer à grande échelle. »

B.T.

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