Chronique d’un psy : "Un effort pour aider les psychiatres"

24/09/21
Chronique d'un psy:

Suite à l’appel d’une cinquantaine de psychiatres au Ministre de la Santé le priant de prendre en considération leur action au service des situations de santé mentale plus lourdes, T. Persons s’interroge sur la manière d’amener le Cabinet du Ministre à poursuivre son effort.

[Notre dossier] :
- "Un accord historique pour les psychologues et orthopédagogues cliniciens"
- L’accès aux soins de santé mentale élargi : une aubaine pour les psychologues cliniciens
- Une meilleure rémunération pour les psychologues et orthopédagogues
- Chronique d’un psy : "Le remboursement des soins psychologiques"
- Masterplan Santé mentale : les psychiatres sur la touche
- "Non à une mise sous tutelle des psychologues cliniciens !"

Ils l’ont dit à maintes reprises et de manière univoque : nos psychiatres saluent avec enthousiasme la volonté de prendre plus en compte la santé psychique de notre population par le biais d’une nouvelle convention avec les psychologues cliniciens et orthopédagogues. D’une manière générale, tous s’accordent sur l’avancée historique annoncée en fanfare et qui, pour le moment, reste un chouia floue.

Là n’est pas la question. Dans une lettre ouverte au Ministre Frank Vandenbroucke, ils dénoncent le manque de considération et la sous-estimation de leur travail. Sur ce point, ils trouveront certainement un écho chez leurs collègues psychologues cliniciens, qui comprennent ce que c’est de ne pas être reconnu, ni valorisé. En effet, je pense qu’on est pas mal à soutenir l’idée d’une meilleure prise en charge des pathologies psychiatriques lourdes. J’irais même plus loin, je suis persuadé que l’ensemble des psychologues cliniciens appuieront cette demande auprès du Ministre tant elle est sensée.

Une revendication plus que légitime mais l’argumentaire...

Malgré tout, il y a un hic, quelque chose qui me chipote comme un caillou dans une godasse ou un titre de Roch Voisine dans ma playlist Spotify. C’est pas tellement la revendication qui, à nouveau, est plus que légitime, mais l’argumentaire posé qui, d’une manière très maladroite, pourrait supposer qu’en soit, il faudrait comparer les psychologues et les psychiatres de la même manière que l’on choisit son melon chez le maraîcher.

De fait, se dire qu’il est positif d’augmenter le prix d’une consultation chez le psychologue mais que, du coup, on y serait plus remboursé que chez le psychiatre et que c’est illogique, c’est une manière de dire que le psychiatre, sur l’échelle du melon, est plus mûr, de saison, plus goûteux et donc, devrait être plus cher que son homologue flétri et gorgé d’eau. Invoquer qu’un psychiatre, lui, a plus de responsabilités, une charge administrative bénévole le soir et le week-end, c’est une façon malavisée de dire que les psychologues ont moins de devoirs, voire d’obligations et qu’il est inadéquat qu’ils soient rémunérés pour leurs nombreuses tâches administratives. Et puis surtout, avancer qu’un psychiatre, ça a fait plus d’années d’études qu’un psychologue, pourrait être considéré comme une manière condescendante et puérile de clamer qu’un psychologue est moins bien formé, bien que, virilement, si l’on doit sortir l’ensemble de nos formations, bout à bout, je ne sais pas qui a la plus longue.

On se concentre sur la forme et non sur le fond

J’ai lu bon nombre de psychologues s’étonner de cette lettre ouverte, tentant de contre-argumenter en disant qu’une consultation chez le psychologue, ça prend plus de temps, que l’ensemble des psychologues n’auront pas accès à un conventionnement et que le nombres de séances seront limitées, là où nos homologues psychiatres sont pleinement autonomes. J’ai vu un mur s’ériger et très franchement, cela m’agace au plus haut point.

Concrètement, si mon neveu se plaint d’avoir faim parce qu’il n’a pas été suffisamment nourri, j’aurais tendance à l’écouter. Par contre, s’il pleurniche en disant que son biscuit est plus petit que celui de son frère, je vous le confesse, ma première réaction sera de penser qu’il s’agit d’un sale mioche, même s’il a toutes les raisons du monde d’avoir la dalle. À cette image, en développant un argumentaire où l’on oppose les psychologues et les psychiatres, personne n’en sort gagnant, tant on se concentre sur la forme et non sur le fond qui lui, est tout à fait défendable.

En conclusion, ami·e·s psychiatres, je soutiens pleinement l’idée d’une meilleure considération de votre travail quotidien, peu importe combien vous pesez à l’INAMI, vos années d’études ou le parfum de votre melon. Allez chercher cette valorisation que vous méritez et faites-le en comptant sur la bienveillance des psychologues cliniciens, mais de grâce, soignez l’argumentaire pour éviter de passer pour les sales mioches qu’à l’évidence, vous n’êtes pas.

T. Persons

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Commentaires - 3 messages
  • Bravo, vous avez presenté tous les points sur les quels je pense les dernieres jours. Rien à ajouter. Merci beaucoup!

    Oaky vendredi 24 septembre 2021 11:47
  • Bravo, bien dit. Il faut arrêter de se faire maltraiter, humilier. Ce gouvernement ne fait rien d'autre que DIVISER pour MIEUX REGNER !! Quand est ce que vous allez sortir de ce jeu pervers, et créer le nouveau monde ??

    citoyenne belge jeudi 30 septembre 2021 22:36
  • Merci pour ce texte plein d'intelligence, de finesse, d'humour et de respect pour tout un chacun.

    mélina17 mercredi 6 octobre 2021 19:47

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