Santé, bien être, éducation ? Ça coûte cher !

Santé, bien être, éducation ? Ça coûte cher !

Nos secteurs sont souvent identifiés comme des coûts auxquels s’opposent les plus-values (médicales, sociales, etc.). Rien de bien nouveau, si ce n’est que certaines logiques politiques ne permettront ni des services de qualité ni de réelles économies.

La marchandisation des services, les politiques à court terme, la réduction des moyens pour l’aide aux personnes (etc.) ne sont pas des phénomènes nouveaux. Cependant, il me semble que les discours actuels sont totalement décomplexés et surtout, ils essayent de nous faire croire que c’est dans notre intérêt (en tant que travailleurs ou en tant que citoyens). La politique du ministère de la santé en est un parfait exemple.

Lorsqu’on entend les discours de Mme De Block, on a le sentiment que les thérapeutes sont des charlatans, que la plupart des professionnels profitent du système et que tout ce qui n’est pas calculable ou vérifiable n’existe pas (et n’a donc pas lieu d’être). Derrière un discours prétendant défendre l’intérêt des citoyens, l’argument de la rentabilité revient encore et encore, mais sans vision globale ou à long terme.

Pour reprendre des termes « économiques », il faut comprendre que le social, l’éducation et la santé (mentale comprise) ne sont pas des coûts, mais des investissements. En effet, une personne mal soignée devra être ré-hospitalisée, un jeune adulte insuffisamment formé coûtera en aides à l’emploi, etc. De plus, des manquements en termes de suivi peuvent se répercuter dans d’autres secteurs. « Investir dans un produit de qualité, c’est économiser sur les entretiens, les réparations et le rachat. ». C’est l’adage de nombreux techniciens et de responsables d’achat et il pourrait être adapté à nos secteurs.

Ce qui m’inquiète, c’est que ce discours économique froid et inhumain semble le seul qui puisse (peut-être) encore toucher certaines personnes. Voir les citoyens uniquement comme un potentiel de pertes et profits, c’est se couper des subtilités qui font la richesse de l’humanité. De plus, ce vocabulaire sied mal à nos pratiques. Pour exemple, il est difficile de défendre financièrement l’accès à la culture sans développer une réflexion sociétale qui présente les plus-values de l’art, de l’expression, de la rencontre, etc.

Ce qui me fâche, c’est cette vision minimaliste et à court terme. Je n’arrive pas à comprendre que des personnes, dont la fonction est de gérer un état, puissent se contenter de politiques au rabais, d’objectifs par mandat, de demi-mesures et d’effets de style. C’est l’exemple type des politiques de contrôle/sanction qui coûtent plus chères qu’elles ne rapportent. Elles permettent, parfois, une économie au sein d’une enveloppe, mais déclenchent une dépense ailleurs (comme pour l’effet de vase communiquant entre CPAS et chômage).

Ce qui m’attriste, c’est la tendance à opposer les personnes, les services et les pratiques. Pendant qu’une partie des thérapeutes est satisfaite qu’on ait défendu son bout de gras, l’autre se retrouve à devoir batailler pour défendre sa pratique (en simplifiant). Nous nous battons pour les restes tombés de la table de banquet. Parfois, ce n’est pas le fait des travailleurs, mais des citoyens comme dans le cas des sages-femmes et des gynécologues. Comme si les premières étaient toutes adorables ou ignorantes (selon le camp) et les seconds, des tortionnaires aveugles ou les seuls spécialistes compétents.

Cette tendance à tout opposer permet à certains politiciens de ne pas avoir de front uni face à leurs projets bassement financiers. Ils n’ont même plus besoin d’argumenter vu qu’ils peuvent laisser les différents camps s’affronter et perdre en crédibilité. Le pire étant que les tensions sont aussi le fait des travailleurs et des citoyens. Nous (je n’oublie pas de m’inclure dedans) avons une tendance à voir le désaccord comme une source de conflit et comme une attaque personnelle. De plus, nous stigmatisons des groupes entiers de personnes selon leur appartenance (comme je peux le faire avec les personnalités politiques si je n’y prends pas garde).

Ce qui me rassure, c’est d’entendre des professionnels parler de « value based practice » ou de voir des rapprochements entre secteurs. J’aime aussi avoir tort en voyant que certains ministères soutiennent leurs secteurs au delà des possibles mandats ou d’en voir organiser des concertations. Je vois, aussi, de plus en plus de professionnels qui s’intéressent, s’inquiètent ou s’informent quant à leurs pratiques.

Pour finir, je crois qu’il est possible d’avoir des soins de qualité, des services sociaux utiles aux citoyens ou des écoles qui émancipent et préparent à la vie d’adulte, sans que cela ne représente un coût impensable pour l’état. Je pense même qu’une vision globale (peut-être différente de la gestion par enveloppe) permettrait même des bénéfices sur le long terme. Prenons le temps d’identifier les bénéfices et les plus-values possibles. Dans mon parcours, j’ai vu énormément de potentiel au sein des maisons de jeunes, des services citoyens, des écoles et du travail de rue. Ce potentiel pourrait être valorisé et servir de base pour une autre conception du service aux citoyens.

Perceval Carteron. Éducateur.

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