Chronique d’un psy : "Les vacances de Noël"

29/12/21
Chronique d'un psy :

Alors que les vacances de Noël s’invitent dans notre quotidien, T. Persons revient sur son expérience douloureuse des congés de fin d’année.

Tout était planifié. C’était carré, parfait. J’avais barré les deux semaines dans mon agenda, j’avais préparé le petit mot d’absence pour mon adresse mail, prévenu mes collègues, partenaires et autres personnes avec qui je collabore. J’avais quasi tout prévu, c’était parfait comme une chanson de Noël de John Lennon. Tout était en musique. Le couplet a commencé, c’était doux, un peu subversif. Mesdames et Messieurs : T. Persons prend des congés. Puis, le refrain est arrivé et la compagne de John a tout massacré avec sa voix nasillarde qui passe outrageusement au-dessus de l’harmonie d’une chorale d’enfants. Vous me direz : mais qui donc est la Yoko Ono du quotidien de T. Persons ? Mes patients…

Le mot d’ordre, c’est de tenir bon. Garder ces deux semaines vides de consultations. Les imaginer pures, comme la neige qui tombe dans une plaine désertique. De l’innocence : je les mérite ces vacances ! Le problème, c’est que très vite, le doute s’installe. Deux semaines. C’est long, non ? Ils vont faire quoi mes patients ? La plupart comprennent. La majorité est également en congé, mais il y a toujours une minorité, celle qui vous donne du fil à retordre, celle qui annule au dernier moment, celle qui se trompe d’heure, celle qui n’est pas contente parce que le cabinet est trop loin, qu’il n’y a pas de place de parking et qu’en plus, la consultation est beaucoup trop chère. Bref, il y a ces gens qui vous font culpabiliser.

Culpabiliser, c’est une chose, mais craquer, non

Du coup, on fait comment ? Souvent, il s’agit de petits commentaires anodins comme : « Ah, pas avant janvier ? Bon… », voire le très populaire « Vous n’avez pas de place avant trois semaines ? » ou encore le classique : « Vous avez de la chance d’être en vacances, vous… » Vous faire culpabiliser parce que vous avez l’opportunité de travailler mais que vous choisissez de ne pas le faire, c’est un poil vicieux, ça, non ? Qu’à cela ne tienne, on reste stoïque, courtois et bienveillant. Souvent on s’abstient de tout commentaire même si l’envie de les envoyer paitre se fait sentir. Prendre du temps pour soi, pour prendre du recul, pour se reposer, pour déconnecter, c’est essentiel.

Certes, des tas de personnes n’ont pas l’opportunité de prendre du repos et cela est préoccupant. Il y a bon nombre de situations où les gens ne demandent pas mieux que de pouvoir travailler et qu’ils soient contraints à ne pas le faire me désole profondément, mais comparer les situations me parait tellement incongru… Du coup, je me pose la question : est-ce que je devrais signaler que ce type de commentaires me casse les pieds ? Sont-ils capables de comprendre mon point de vue ? Est-ce qu’ouvrir la bouche, c’est sacrifier une potentielle alliance thérapeutique ? Le souci étant que les personnes qui, généralement, sont capables de comprendre ma situation sont souvent celles qui s’abstiennent de tout commentaire… Bref, un épineux problème auquel j’ai décidé cette année de ne pas trouver de solution, si ce n’est de tenir bon. Culpabiliser, c’est une chose, mais craquer, non. Yoko Ono ne me flinguera pas mes congés, qu’on se le dise !

En conclusion, une année de dingue s’achève. Je pense à tous mes collègues, à tous les professionnels de la santé qui ont vécu une année qu’on ne souhaiterait à personne. Je pense à vous tous en général et je vous souhaite le meilleur pour cette nouvelle année. Du travail, des congés, des décisions politiques cohérentes et surtout, une consultation vierge de tous ces gens qui vous font culpabiliser !

T. Persons

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