Chronique d’un psy : « Quand les patients s’en vont… »

20/10/22
Chronique d'un psy : « Quand les patients s'en vont... »

Dans la vie professionnelle d’un psychologue, quasi tout tourne autour de nos patients. À cet égard, T. Persons s’interroge plus particulièrement sur les fins de suivi et sur le devenir de ceux qu’il a longtemps accompagnés…

Pour certains - à l’exception de la filmographie de Fabien Onteniente - il n’y a rien de pire qu’une fin. Ces moments où l’on sent que le patient est là, qu’il va mieux, qu’il n’a plus trop de choses à dire, que l’objectif est atteint ou qu’il s’est résigné à accepter qu’il ne l’atteindra jamais. De mon côté, c’est pas tellement que ça me rend anxieux, c’est juste que je n’aime pas ces moments. Il y a comme une sensation de vide, d’abandon, de néant, de mort.

Du coup, je ne sais pas si mes patients le ressentent ou si c’est moi qui évite de m’y confronter, mais bon nombre de mes suivis n’ont pas une fin nette, belle, propre où on se salue, où on se dit que c’était bien le temps que ça a duré, mais que notre thérapie se conjugue au passé. La plupart du temps, quand les gens vont mieux, ils annulent, promettent de reprendre rendez-vous, sans le faire. Il y a comme une pudeur à ne pas se dire adieu, qui génère une impression d’inachevé, d’incomplet. Clairement, si d’une certaine manière cela ne m’arrangeait pas tant, je pourrais taxer mes patients d’ingrats, à déserter ma salle d’attente quand ils retrouvent leurs ressources, leur sourire, leurs envies…

"Savent-ils seulement qu’on pense encore à eux, de temps à autres ?"

À bien y réfléchir, il y a une sorte de curiosité qui s’installe, peu importe que le suivi soit clôturé comme un dossier administratif dans une maison communale ou non. En effet, je ne peux pas m’empêcher de me demander à quoi doit bien ressembler leur vie maintenant. A-t-elle après tout quitté son crétin de mari ? Est-il toujours abstinent ? Sait-elle finalement prendre l’avion sans se bourrer de petites pilules roses ? A-t-il enfin compris que ce n’est pas en rejoignant la troupe des Enfoirés qu’il va se sentir moins coupable d’usurper les oreilles de tous ces gens ? Comme dans une mauvaise chanson française, est-ce qu’on ne se donnerait pas rendez-vous dans dix ans même jour, même heure, même tarif, pour assouvir ma curiosité et mon besoin de contrôle ?

Non, les patients s’en vont en nous laissant se quitter, comme ça… Avec un demi sentiment de victoire, un doute sur notre pertinence, une envie d’en savoir plus, qu’il va falloir s’ôter de la tête. Savent-ils seulement qu’on pense encore à eux, de temps à autres ? Et puis, ce n’est pas comme si on pouvait se permettre de revenir vers eux. A-t-on seulement le droit de prendre des nouvelles ? Un sms ? Une carte postale ? Pas vraiment pour leur dire que de notre côté tout va bien, mais juste pour nous rassurer, un peu comme un service après-vente, ou dans une moindre mesure comme les smileys allant du vert au rouge dans les toilettes des aéroports, pour juger de la qualité du service. Ai-je été suffisamment propre ?

En conclusion, certes, on peut se dire que T. Persons devrait consulter à propos de ses angoisses d’abandon. Et promis, je le ferai tout en prenant soin de continuer à donner des nouvelles à ma ou mon psy, le jour où j’arriverai péniblement à me détacher du manque de celles de mes anciens suivis.

T. Persons

[Les autres chroniques d’un psy] :



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus